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France/élections : les inquiétudes de la presse internationale

Abstention record et percée du Front National
Abstention record et percée du Front National

“Choc”, “sanction” : deux mots qui résument ce premier tour des élections municipales françaises dans la presse internationale. Les éditorialistes évoquent la progression du parti d'extrême droite de Marine Le Pen dans les urnes… et les esprits.
La faute, selon eux, au “climat délétère” qui règnerait en France. Le taux d’abstention record (38,5 %) témoignerait du terrible discrédit dont souffre sa classe politique, engluée dans “les affaires”, incapable d’exprimer le moindre “regret” et souffrant d’une désolante surdité face à ce “message d'exaspération populiste

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En route pour l’Élysée ?

Pour le journal libanais “L'orient le jour ”, cette élection agit comme un révélateur. Joe Mezher veut y voir " un simple exutoire des frustrations des Français » et il écrit : " Détournements de fonds publics, trafic d'influence, blanchiment de fraude fiscale, achats de voix, révélations de presse retentissantes, attaques personnelles virulentes, écoutes téléphoniques controversées... Les affaires et autres scandales n'en finissent plus de ternir l'image de la classe politique française, à tous les échelons de la hiérarchie, gênant la gauche et embarrassant la droite. C'est dans ce climat délétère (…) que se prépare déjà la campagne présidentielle de 2017 ".
Mais ce premier tour des élections municipales en France annonce-t-il d’autres surprises électorales?  Dans "The Daily Beast ",le doute n’est pas permis. Et Christopher Dickey de s’interroger : " Après les municipales, Marine Le Pen en route pour l’Élysée ? Le score historique du Front National au premier tour des municipales consacre la stratégie de sa présidente, qui a abandonné la rhétorique raciste de son père.”

“une force de frappe redoutable“
“une force de frappe redoutable“
Une "baffe" pour le président

Le  quotidien allemand  de centre gauche la "Süddeutsche Zeitung " relativise ce succès électoral de Marine le Pen mais souligne la force désormais incontournable de son parti : "On peut douter que ce choc apportera quelque guérison à la classe politique française. Ceux qui tiennent à enjoliver la situation pourraient se consoler en se disant qu'au niveau national, les ultras [le Front national] n'ont obtenu que 7%. Mais cette interprétation est erronée. Marine Le Pen a transformé son parti en une organisation d'une force de frappe redoutable qui méprise le système démocratique mais qui sait s'en servir en même temps. Elle est déjà sur son prochain coup : les élections européennes en mai où elle compte devenir la première force dans le pays."
L'hebdomadaire "Der Spiegel " est plus brutal. Selon lui, "Le Front National s'auto-célèbre en tant que troisième force", une "baffe" pour le président français"

“Les nuages noirs pour l'Europe arrivent encore de France“
“Les nuages noirs pour l'Europe arrivent encore de France“
Le triomphe de la dame en noir

En Belgique “Le Soir” met la " forte poussée du FN" : "Il n'y aura pas eu de surprise. Les deux craintes que l'on pouvait nourrir depuis des semaines se sont vérifiés. L'abstention et l'extrême droite sont les deux grands vainqueurs du premier tour des municipales".
La journaliste Joëlle Meskens se demande si les élus de droite "céderont à la tentation de pactiser avec le Front national". "Perdre des villes est une chose. Prétende les gagner dans le déshonneur en serait une autre, bien plus grave encore", conclut-telle.
En Suisse, “Le Temps ” fait dans la sobriété. Tout en évoquant la "Spectaculaire poussée du FN dans l’Hexagone", le quotidien genevois affirme que  c'est "le pouvoir socialiste en place qui est clairement sanctionné”. Son confrère milanais, Corriere della Sera, veut voir dans les villes raflées par le Front National un signe inquiétant pour l’avenir et emploie la métaphore médicale : "Comme dans d'autres moment cruciaux de l'histoire récente, les nuages noirs pour l'Europe arrivent encore de France. Le succès du Front national de Marine Le Pen […] est un message d'exaspération populiste, de rejet de la politique, de peur de l'Europe, renforcé par un taux d'abstention record. Si près de quatre citoyens sur dix décident de ne pas participer à l'élection de leur maire, cela veut dire que la maladie transalpine est grave et que la contagion — déjà très répandue dans les sociétés européennes — pourrait s’étendre." Selon le journal, Marine Le Pen "a accompli le chef d’œuvre politique que son père avait échoué à réaliser. Elle a atténué l'argumentaire xénophobe et raciste et su rejoindre les inquiétudes des citoyens face à une Europe lointaine, méconnaissable par rapport aux idéaux qui l'ont fondée", commente le journal.
"Le triomphe de la dame en noir ouvre la voie aux eurosceptiques", titre la Stampa.
En Espagne,  El Pais,le plus grand quotidien du pays, consacre sa une au décès d'Adolfo Suarez, le chef de gouvernement qui a mené la transition démocratique de l'après-Franco dans les années 1970, et titre sobrement  "Le Pen réussit une grande progression" tout en constatant : "Le nouveau discours populiste et anti-système de Le Pen, qui avait déjà obtenu 18 % lors de la présidentielle de 2012, continue d’attirer de plus en plus de Français".