François Hollande en "sauveur de la Grèce", les dessous d’une négociation

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<span lang="fr">Le président français François Hollande lors d'une conférence de presse après une réunion des chefs de la zone euro d'Etat au bâtiment du Conseil de l'UE à Bruxelles le lundi 13 Juillet , 2015. </span></pre>
Le président français François Hollande lors d'une conférence de presse après une réunion des chefs de la zone euro d'Etat au bâtiment du Conseil de l'UE à Bruxelles le lundi 13 Juillet , 2015.
(AP Photo/Michel Euler)

«Cet accord, la France le voulait…». A Bruxelles ce lundi matin, au sortir d’une longue nuit de négociations, le président français a fermement défendu l’accord obtenu. Retour sur une semaine de pourparlers à hauts risques entre Paris, Bruxelles et Athènes

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La Grèce ne sera pas, mardi, l’invitée d’honneur du défilé militaire du 14 juillet à Paris. L’hôte de la France, pour la Fête nationale, est le Mexique. Mais lors de son intervention télévisée, mardi à 13 h, le président français parlera bien plus d’Athènes que de Mexico. Analyse.

«Cet accord, la France le voulait…» Vrai ou faux ?

Vrai. Il suffit de parcourir la presse française ce lundi et lire les nombreuses interventions d’économistes à propos du maintien de la Grèce dans la zone euro pour comprendre qu’un «Grexit» était, vu de Paris, la pire des solutions. Le revirement de l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui, après avoir appelé «à ne pas céder» au premier ministre Grec, Alexis Tsipras, a finalement affirmé qu’il fallait tout faire pour «trouver un compromis», est emblématique.

Hormis la position singulière de l’ancien premier ministre et présidentiable Alain Juppé, qui a plaidé pour une sortie ordonnée de la Grèce de la monnaie unique, la seule formation politique favorable à ce scénario est le Front national. La donne est plus compliquée à l’extrême gauche, partagée entre son rejet de la monnaie unique et de l’austérité à l’allemande, et son soutien à Syriza. François Hollande peut donc se targuer d’avoir défendu, à Bruxelles, une ligne largement partagée par la classe politique française. Il donne, avec cet accord européen obtenu à l’arraché, à la fois l’image d’un défenseur de l’intérêt national, d’un défenseur du projet européen – «Garder la Grèce était un argument de civilisation», a-t-il dit – et d’un négociateur acharné. Carton plein.

La France a défendu cet accord pour sauver la Grèce et sauver l’Europe. Vrai ou faux ?

Vrai. «Tous les pays membres de l’Union européenne et de la zone euro n’ont pas le même rapport à la monnaie unique et au projet communautaire, nous expliquait la semaine dernière en «off» un ministre français. Certains, surtout parmi les nouveaux membres, le voient comme un bouclier protecteur. Pour la France, l’Europe demeure une mission.» Cette présentation de la donne européenne est, sur le fond, assez juste. La France a fait du projet communautaire l’épicentre de son action politique et diplomatique, manière de s’affirmer aussi face au leadership économique incontesté de l’Allemagne sur le continent.

L'idée d'un "Grexit temporaire", avancée ce week-end par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, n'est plus à l'ordre du jour, a déclaré lundi  Martin Schulz.
L'idée d'un "Grexit temporaire", avancée ce week-end par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, n'est plus à l'ordre du jour, a déclaré lundi  Martin Schulz.
(AP Photo/Geert Vanden Wijngaert)

A bien y regarder toutefois, cette défense acharnée de la Grèce dans l’euro est aussi, pour Paris, à usage national. Maintenir des pays plus faibles dans la monnaie unique, et apparaître comme leur défenseur, est un très bon moyen politique de préserver ses intérêts face à Berlin et à une Europe du Nord peu convaincue par les réformes françaises. La France est «puissante» parce qu’il y a dans l’euro des pays mal en point, et l’on se souvient que l’idée d’un front méditerranéen a toujours été caressée par Paris. Autre réalité: un «Grexit» aurait immanquablement amené les agences de notation et les marchés financiers à regarder du côté de la dette souveraine française, avec un risque de relance à la hausse des taux obligataires, aujourd’hui au plus bas. Un scénario qui n’aurait pas du tout fait l’affaire de l’économie française, alors que la reprise se dessine. Sans parler du boulet que cela aurait constitué pour François Hollande en vue de l’élection présidentielle de 2017.

Le fossé entre la France et l’Allemagne est désormais béant. La confiance n’est plus au rendez-vous entre Paris et Berlin. Vrai ou faux ?

Faux. Les tensions sont évidentes. Les frictions se sont accrues. Mais l’Allemagne et la France ont, au sein de l’UE et de la zone euro, besoin l’une de l’autre. L’accord concédé ce matin à Bruxelles, avec tous les garde-fous qui demeurent (sa mise en œuvre par la Grèce, les votes des parlements nationaux, etc.) n’est pas une victoire de Paris sur Berlin, d’autant que l’Allemagne n’était pas le pays le plus hostile à un compromis.

La Finlande ou la Slovaquie ont, lors des débats, été semble-t-il bien plus véhémentes. Il est clair par contre que la France, désormais, va devoir rendre des comptes à l’Allemagne sur la Grèce. François Hollande est, en quelque sorte, le comptable en chef des efforts helléniques et il ne serait pas surprenant que le futur mécanisme de contrôle des réformes et des privatisations soit confié à un tandem franco-allemand.

Outre les convulsions politiques à attendre de l’autre côté du Rhin, le plus problématique pour le couple franco-allemand est le risque d’une montée du sentiment anti-français. Paris va devoir faire des gestes, dans les prochaines semaines, pour rassurer son partenaire. Le discours de François Hollande, le 14 juillet, sera à coup sûr une occasion de redire l’attachement hexagonal à la relation privilégiée avec l’Allemagne, en insistant aussi sur les efforts faits par la France sur le plan stratégique et militaire pour la sécurité de l’Europe. Ce qui ramène à une équation: celle des réformes… en France, deuxième économie de la zone euro, dont la santé est bien plus importante pour les industriels allemands que celle de la Grèce.

Article paru sur le site du quotidien "Le Temps"