François Hollande à l'épreuve du grand oral

François Hollande pendant le direct
François Hollande pendant le direct
(capture d'écran)

Une heure et demie pour convaincre, expliquer mais aussi écouter les Français. Deux ans et demi jour pour jour après son élection à la présidence de la République, François Hollande  passait le grand oral ce jeudi soir sur TF1. Face à lui, plusieurs journalistes mais surtout quatre Français symbolisant chacun quatre forces vives du pays : un "jeune diplômé qui entre dans la vie active", un "senior au chômage", un "chef d'entreprise d'une grosse PME" et un "rural".
Retour sur les moments forts de la soirée

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"Je me cramponne"

En arrivant sur le plateau, François Hollande donne le sentiment d'une personne crispée. Pense-t-il être dans une arène ?  Il sait sa côte de popularité au plus bas et les chiffres, mauvais, qu'on ne manquera pas de lui rappeler. 
Il y a d'abord le chômage. Fin septembre, la France comptait 3,4 millions de personnes sans aucune activité : ils étaient 2,9 millions en mai 2012. Il n'ignore rien de la croissance moribonde : le pays a connu un trimestre de récession et deux de croissance nulle depuis deux ans et demi. Il sait également que le budget de l'Etat est plus déficitaire que prévu. La Commission européenne  chiffre à 4,4 % le déficit de la France alors que le gouvernement tablait sur un déficit de 3,6 %. Et puis la dette qui s'alourdit inexorablement (2023 milliards d'euros) et une impopularité record : à peine 13 % d'opinions favorables.

Aussi, peu ou pas de langue de bois pour ce jeu de la vérité. Dès le début de l'émission, François Hollande semble jouer la carte de la sincérité : "Depuis deux ans-et-demi, je me cramponne. Je ne suis pas président de la République par hasard", rappelle-t-il. "Je l'ai voulu, mais je ne me plains jamais. J'accepte toutes les critiques, les trahisons, qu'on puisse me faire des reproches. Mais ce que je n'accepterai jamais, c'est qu'on touche à la France  ! J'ai le cuir tanné", assure-t-il.
Plus tard, faisant allusion à un slogan désormais lointain (le "Président normal")  il  insiste : "Je dois être normal pour réussir une fonction exceptionnelle". 

Concernant les difficultés, il n'esquive pas : " Je ne suis pas un béat, un naïf, qui pense que les choses vont s'améliorer d'elles-mêmes. Je veux pouvoir me regarder dans une glace en me disant : est-ce que j'ai fait ce qu'il fallait faire comme président de la République pendant cinq ans. Le point majeur, et c'est ainsi que notre pays s'en sortira, c'est s'il prend confiance, non pas en moi, ou dans les gouvernants : en lui-même, car il a tous les ressorts, toutes les qualités pour y parvenir (....) Je vais pendant les deux ans et demi qui me restent, jusqu'au bout, vous m'entendez, jusqu'au bout, réformer mon pays, le rendre plus fort", affirme-t-il.

“J'ai pu commettre des erreurs “
“J'ai pu commettre des erreurs “
(capture d'écran)
"Je ne me représenterai pas si ..."

A 20h45, c'est la première déclaration-choc. François  Hollande ne se représentera pas en 2017 si le chômage ne baisse pas. Il dit, un peu grave, au sujet du chômage : "J'ai pu commettre des erreurs  en pronostiquant une inversion de la courbe du chômage fin 2013". Il confirme  qu'il ne se représentera pas en 2017 si le chômage ne baisse pas. Il ajoute : "Si je n'y parviens pas à la fin de mon mandat, vous pensez que j'irai devant les Français en 2017 ?"Les Français seraient implacables et ils auraient raison."

Justement, Joelle, 60 ans fait son entrée sur le plateau. Le chômage, elle connait. Depuis deux ans. Que compte-t-il proposer aux seniors qui se retrouvent au chômage sans pour autant pouvoir prétendre à la retraite ? Un dialogue s'installe. Le chef de l’État reconnait la gravité de la situation : "Vous n'êtes pas seule dans ce cas, il y a 800 000 personnes de plus de 50 ans qui sont au chômage et il y a un million de personnes qui sont au chômage depuis plus de deux», déplore-t-il.  La femme saisit la balle : "Alors qu'est-ce qu'on fait ?" lui demande-t-elle. "On mettra en place un contrat pour les seniors au chômage  qui n'ont pas toutes leurs trimestres de cotisations, ce qui les conduiront à un emploi, soit dans une entreprise, soit dans une collectivité, payé par l’État." Puis il conclut ; "A 50 ans, comme à 60 ans, on est en pleine force de l'âge. On a plein d'envie, plein de vitalité à donner... On a besoin de vous, madame !»
Petite moue dubitative de l’intéressée.

Karine, chef d'entreprise : “Pourquoi les entreprises n'embauchent-elles pas assez ?
Karine, chef d'entreprise : “Pourquoi les entreprises n'embauchent-elles pas assez ?
(capture d'écran)
Puis vient le tour de Karine, chef d'entreprise. Elle ne s'embarrasse pas de formule et lance : "Pourquoi les entreprises n'embauchent-elles pas assez ? Parce qu'elles ne sont pas assez compétitives !" "Il faut aller plus loin», lui répond François Hollande, notamment qu'on puisse baisser certains impôts. Le 1er janvier 2015, la feuille de paie des salariés payés au SMIC et un peu plus, ce sera zéro charge".

S’assoit Hassen Hammou, actuellement au chômage. Quid pour les jeunes comme lui qui ne trouvent pas d'emploi ? François  Hollande rappelle : "On a fait les emplois d'avenir pour ceux qui n'ont pas de qualification. Pour ceux qui habitent dans les quartiers dits politiques de la ville, il n'y a pas de critère de diplôme. On va créer 15 000 emplois d'avenir supplémentaires, sans critère de diplôme. Des emplois verts dans le cadre de la transition énergétique."

Puis nous découvrons Catherine, assistante maternelle. La jeune femme vit en zone rurale. Elle interpelle le président sur la fermeture de collège de son canton. Sourire du Président. L'ancien élu de Corrèze semble bien connaitre la problématique. "On doit garder les services publiques au plus près des citoyens" lui dit-il. A la rentrée 2016, "tous les élèves de classe de 5ème seront équipés d'une tablette et auront justement une formation avec le numérique" promet-il puis, avec une pointe de clientélisme : "Faisons en sorte que votre collège soit expérimental en matière numérique !"

«Pas d'augmentation d'impôts»

C'est la deuxième annonce forte. François Hollande semble quelque peu soulagé par la fin de l'exercice en tête à tête avec ces quatre français. Il déclare, un peu solennel : "La baisse des impôts est engagée. A partir de l'année prochaine, il n'y aura pas d'impôt supplémentaire pour qui que ce soit et cela, jusqu'à la fin du quinquennat.Au-delà de ce qui a été annoncé, il n'y aura pas d'augmentation d'impôts. J'en prends l'engagement.".
Le ras le bol fiscal est passé par là..

Concernant la forte implantation du Front National, François Hollande ne nie pas le risque lors de la présidentielle en 2017. "Ce qu'on croit impossible un jour, devient hélas vrai un autre jour. Qui pouvait imaginer dans les années 30' ce qui s'est produit ?J 'ai une responsabilité. Pourquoi les Français se tournent vers ce parti-là ? Parce qu'il n'en peuvent plus", admet-il.. Le FN est, selon lui, "un défouloir".

Il est 22h11. L'émission touche à sa fin. François Hollande annonce la candidature de la France à l'exposition universelle de 2025. "On a besoin de grands événements !". appuie-t-il. Il cite l'Euro de football 2016, la conférence sur le climat, fin 2015. "Et pour les Jeux olympiques de 2024, je suis favorable à ce que Paris présente sa candidature", ajoute le président de la République, promettant que "ça fera plein d'équipements avant, plein d'emplois, plein d'industrie"..

Quelques minutes plus tard, c'est fini. Les réactions politiques commencent à pleuvoir. Il est deux tweets dont le Président n'a pas encore pris connaissance. Il sont signés Léonard Triweiler, le fils de son ancienne compagne.
Acide...