Frénésie diplomatique autour de l'État islamique

©AFP
©AFP

Le secrétaire d'Etat américain poursuit en Egypte son marathon diplomatique pour bâtir une coalition internationale contre l'Etat islamique (EI). Les efforts internationaux se sont multipliés cette semaine: le président français François Hollande était en Irak vendredi et John Kerry a enchaîné depuis des visites à Bagdad, Amman, Jeddah et Ankara.

dans
Au Caire, le secrétaire d’Etat américain a rencontré le président Abdel Fattah el-Sissi et le secrétaire général de la Ligue arabe Nabil al-Arabi. Washington voudrait qu'en Egypte "les institutions religieuses se prononcent contre l'EI et en parlent dans leurs sermons du vendredi", dans les mosquées, a expliqué un diplomate américain. M. Kerry doit en outre parler avec ses hôtes du cessez-le-feu entre Israël et les groupes armés palestiniens de Gaza, obtenu par Le Caire, de la Libye et de l'épineux dossier des droits de l'Homme en Egypte.
Dans son offensive diplomatique pour bâtir une alliance mondiale contre l'EI, John Kerry avait obtenu jeudi à Jeddah, la capitale saoudienne, l'engagement, y compris éventuellement militaire, de dix pays arabes, dont l'Arabie saoudite et l'Egypte. Il a été moins productif à Ankara vendredi. Il a tenté de convaincre la Turquie de participer activement à cette coalition mais Ankara refuse de prendre part à des opérations armées en Irak et en Syrie, redoutant de mettre en péril la vie des 49 ressortissants retenus par les jihadistes dans le nord de l'Irak.
Le président américain Barack Obama a exposé le 10 septembre sa stratégie pour "affaiblir et, à terme, détruire" l'EI. Il a annoncé une extension de la campagne aérienne en Irak et de possibles frappes en Syrie voisine. L'EI a pris de larges pans de territoires de ces deux pays, y proclamant un "califat". Selon la CIA, l’EI compte entre 20 000 et 31 500 combattants.
Au total, 1.600 militaires américains seront déployés en Irak pour appuyer les forces armées irakiennes, en termes d'équipements, de formation et de renseignements. M. Obama s'est aussi engagé à doper l'aide militaire aux rebelles syriens modérés qui combattent à la fois le régime syrien et l'EI. Dans cette "guerre" contre l'EI - la formule est de la Maison Blanche-, le général américain à la retraite John Allen, sera le coordonnateur de la future coalition.

Une conférence à Paris

Livraison de matériel humanitaire français sur l'aéroport d'Erbil au Kurdistan irakien ©AFP
Livraison de matériel humanitaire français sur l'aéroport d'Erbil au Kurdistan irakien ©AFP

Le président français est lui aussi à la manœuvre. François Hollande était vendredi en Irak, qu'il a promis d'aider "encore davantage militairement". Il a rencontré son homologue Fouad Massoum et le Premier ministre Haïdar al-Abadi. La France fournit depuis août des armes aux forces kurdes qui se battent contre l'EI. Il est le premier chef d’Etat étranger à se rendre à Bagdad depuis le début de l’offensive d’EI dans le nord de l’Irak.
M. Hollande s'est en outre rendu à Erbil, capitale du Kurdistan, où il a rencontré des chrétiens déplacés. Des centaines de milliers de personnes ont fui début août vers cette région autonome du nord de l'Irak face à l'avancée des jihadistes.
M. Kerry est attendu samedi soir à Paris où il participera lundi à une conférence sur l'Irak et la lutte contre l'EI. L'Iran, allié de Bagdad et ennemi de l'EI, n'a pour l'instant pas été invité. Et John Kerry s'y est dit opposé, en raison de l'implication militaire de Téhéran aux côtés du régime de Damas. L'Iran a répliqué en accusant les Etats-Unis de "violer la souveraineté des Etats, sous prétexte de lutter contre le terrorisme".
Cette conférence de Paris, avec une vingtaine de pays attendus, "va permettre à chacun d'être beaucoup plus précis sur ce qu'il peut ou veut faire", selon un diplomate. Mais "on ne va pas dire qui va frapper, où et à quel moment", a-t-il prévenu. Reste la question des intérêts divergents entre les pays arabes qui risque de saper l’efficacité des efforts entrepris.
La "guerre" contre l'EI est un tournant pour le président Obama, élu fin 2008 sur sa volonté de tourner la page d'une décennie de guerres en Irak et en Afghanistan. Mais il semble avoir été acculé à agir devant l’ampleur prise par la menace et l’émotion de l’opinion publique après la décapitation de deux journalistes américains enlevés en Syrie

En images

Mylène Girardeau et Aïn Varet
En images