G20 : sommet économique ou politique ?

Préparatifs du G20 à Saint Pétersbourg en Russie / Photo AFP Olga Maltseva
Préparatifs du G20 à Saint Pétersbourg en Russie / Photo AFP Olga Maltseva

Le G20 ouvre ses portes jeudi 5 septembre à Saint Saint-Pétersbourg alors que s'opposent notamment les États-Unis et la Russie sur une intervention militaire en Syrie. Ce sommet est médiatisé comme une rencontre davantage politique qu'économique. Mais quels sont vraiment les dossiers qui seront négociés entre les 20 pays présents ? La Syrie peut-elle occulter les problèmes économiques mondiaux ? Réponses avec Francesco Saraceno, économiste sénior à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

dans
Francesco Saraceno de l'OFCE
Francesco Saraceno de l'OFCE
Dans le contexte de tension international actuel, peut-on craindre que le G20 soit davantage politique qu’économique avec une large part accordée au dossier syrien ?

Absolument. Cette explosion de la crise syrienne coïncide avec une perception – qui à mon avis n’est pas totalement correcte- d’embellie de l’économie. Il y a quelques bonnes nouvelles même dans les économies du Sud mais il est clair qu’avec la crise syrienne l’économie, pour la première fois depuis 2008/2009, n’est pas le sujet principal.

La Syrie sera certainement au cœur des débats. Il y a une économie européenne qui n’est pas du tout en bonne santé. Une économie américaine qui n’arrive pas à créer suffisamment d’emplois. Il y a plein de problèmes économiques que l’on risque de négliger à cause de la crise syrienne.

Quels gros dossiers économiques doivent être néanmoins au cœur de ce G20 ?

Le premier, c’est le ralentissement des économies des pays émergents. En premier lieu, la Chine a fait, je pense, un travail remarquable de rééquilibrage de son économie pour ne pas être trop dépendant des exportations. Cela a partiellement réussi mais a introduit une autre distorsion : ils ont trop investi et trop peu consommé.
Là, se  pose le problème de savoir comment régler cette explosion du crédit et de l’investissement et réussir à avoir une croissance entraînée par la consommation et non par les investissements ou les exportations. C’est un changement de modèle économique très difficile car il faut que les ménages chinois d’un côté changent d’habitude et de l’autre qu’on leur en donne les moyens.
Le moyen de les faire moins épargner serait de mettre en place un système de protection sociale demandé depuis 20 ans.

L’Inde a un problème de choix de modèle de croissance. Ils ont un gouvernement très corrompu qui commence à avoir des effets très négatifs sur le développement. Il y a un problème d’investissements des flux de capitaux spéculatifs qui se sont adressés à l’Inde parce qu’il y avait beaucoup de liquidités et qui commencent aujourd’hui à se retirer parce qu’ils craignent la fin de l’extension monétaire des États-Unis. Le roupie chute.

Le Brésil est une société très inégale en dépit des efforts des présidents Luiz Inácio Lula da Silva et de Dilma Rousseff.
La Russie est un pays  où il existe une ressource, c’est le modèle premier de gaz et de pétrole mais ça ce sont d’anciens problèmes. Il n’y a rien de nouveau.


Le deuxième dossier important, c’est cette embellie que l’on voit en Europe qui semble très partielle et très fragile. On est techniquement sorti de la récession mais il y a toutes les économies du Sud qui sont encore très en difficultés comme l’Italie, encore en récession, et qui fait face à une crise politique sous-jacente pouvant exploser d’un moment à l’autre. Et surtout, même si il y a une sortie de crise et que la croissance revient - même dans les pays à la périphérie de la zone euro- on n’a abordé aucun des facteurs qui ont mené à cette crise.

Le vrai risque aujourd’hui c’est que les chefs d’Etats européens se regardent dans le miroir et se disent « on est très bons, on est sorti de la crise ». Premièrement on n’en est pas sorti. Deuxièmement, c’est plutôt parce qu’on ne pouvait pas continuer à chuter indéfiniment et ce n’est pas  parce qu’ils ont bien agit qu’on en est sortis. Troisièmement tous les facteurs de déséquilibres sont encore là et même plus forts.

Le troisième, c’est qu’aux États-Unis, même dans la situation de reprise économique actuelle, on n’arrive pas à créer suffisamment d’emplois dont le nombre stagne à des niveaux encore très bas.

Aucune rencontre entre les présidents américains et russes n'est prévue pour le G20 / Photo AFP
Aucune rencontre entre les présidents américains et russes n'est prévue pour le G20 / Photo AFP
Les États-Unis sont-ils toujours en position dominante dans ce type de rencontres ?

On va sûrement demander aux États-Unis de ne pas se presser pour retirer l’extension monétaire. Alors qu’on est dans une situation exceptionnelle de reprise monétaire, la crainte c’est de commencer à revenir en arrière sur cette importante injection de liquidités qu’ils ont fait pendant trois ans dans l’économie américaine.

Aujourd’hui, la peur d’un changement d’attitude de la FED [Réserve fédérale américaine, ndlr] a déjà induit des turbulences dans les milieux financiers et créé quelques fuites de capitaux des économies émergentes. On va, je pense, demander aux États-Unis d’être très prudent et graduel dans le retour à la normale. Car s’ils le font de manière maladroite cela va poser problème au reste du monde et finalement à eux-aussi.

L’encadrement du système bancaire et financier est-il toujours un dossier brûlant au G20 ?

Oui, parce qu’on n’a pas beaucoup avancé. Je ne sais pas comment on en parlera en fonction du temps qui sera cannibalisé par la Syrie et par d’autres thèmes plus visibles.  Mais c’est clair que l’on n’a pas beaucoup avancé ni au niveau mondial, ni au niveau européen sur le thème de la régulation bancaire, sur une gestion plus efficace et transparente du système financier. C’est aussi une inquiétude car cela a quand même été la source de la crise en 2007-2008.
En Europe, les discussion sur l’union bancaire sont au point mort et ce que l’on a fait jusque là a été complètement inutile si on ne met pas en place un système de mutualisation. Tout ça ne bougera pas au moins jusqu’à l’élection législative allemande du 22 septembre… et même après.

Réunion du G20 en 2008 / Photo AFP
Réunion du G20 en 2008 / Photo AFP
L’affaiblissement des monnaies est-il une des préoccupations en marge du sommet ?

Le débat sur les échanges est souvent paradoxal. Il y a un an, la préoccupation c’était que l’extension monétaire américaine était une forme de concurrence déloyale parce qu’elle affaiblissait le dollar et mettait en difficultés tous les pays émergents. Donc les devises s’appréciaient, prenaient de la valeur.  Aujourd’hui, on reproche aux Américains de finir leur extension monétaire  et  donc de faire chuter les devises de pays émergents, et de provoquer des fuites de capitaux.  Il me semble que ce sont des mouvements normaux que la politique économique doit gérer.


Les pays des BRICS souhaitent créer une banque de développement, qu’en est-il ?

C’est une très vieille idée. Tant que le débat sur la réforme de la gouvernance du Fonds Monétaire International piétine un peu, c’est la façon des pays émergents de mettre la pression. S’ils n’arrivent pas à avoir des institutions à Washington qui les représentent un peu plus, alors ils menacent de faire leur propre institution.

Je n’y vois rien de mal car comme il y a des pays émergents qui sont en très fort surplus et d’autres qui sont  en très fort déficit, pourquoi ne pas avoir une banque qui soit capable de ré-alouer ces ressources et garantir une économie un peu plus rééquilibrée.

On en parle depuis longtemps mais c’est un sujet qui n’avance pas vraiment car ce sont des pays concernés ont des situations géopolitiques très compliquées.