Galileo : lancement de validation du concurrent européen du GPS

(Illustration : AFP)
(Illustration : AFP)

Les deux premiers satellites Galileo viennent d'être lancés depuis Kourou en Guyane, ce vendredi 22 août 2014. Reporté depuis 7 ans, le projet de positionnement par satellite européen, d'une précision inégalée, doit concurrencer le GPS américain… et offrir de très grandes opportunités, tant économiques que techniques. Explications.

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Aujourd'hui, le GPS de votre voiture vous situe à 10 mètres près. La précision du positionnement de Galileo, elle, sera de l'ordre du mètre. Le Global Positioning System (Système de positionnement global) américain est militaire ; Galileo, lui, est civil. Mais que va donc changer ce nouveau système de géolocalisation européen tant attendu, qui doit être mis en service avant la fin de la décennie ?

GPS : un système dégradé et sous contrôle militaire américain

Le logo de Galileo : le nouveau système de navigation mondiale par satellite, normalement opérationnel en 2020, est européen
Le logo de Galileo : le nouveau système de navigation mondiale par satellite, normalement opérationnel en 2020, est européen
Lancé dans les années 1970 par Richard Nixon, le GPS américain est pleinement opérationnel depuis 1995. Mais jusqu'en 2000, il n'offrait pas de bonnes performances aux utilisateurs autres que l'armée américaine. Cette dégradation intentionnelle des performances du GPS par le Département de la Défense des Etats-Unis limitait à 100 mètres la précision du système. C'est cette même volonté de brider les performances du GPS qui a poussé les autorités publiques européennes à vouloir développer leur propre système de géolocalisation par satellite, Galileo, en 1999.

Malgré l'arrêt de la dégradation demandé par le président Bill Clinton en 2000, le projet Galileo a été officiellement lancé en 2001 : l'indépendance européenne en matière de géolocalisation mondiale devenait un enjeu fort, tant économique que politique.

Galileo : technologie civile européenne

Galileo permettra de sortir de la dépendance au Global Positioning System de l'armée américaine
Galileo permettra de sortir de la dépendance au Global Positioning System de l'armée américaine
L'utilisation d'une technologie militaire, comme le GPS, pose des questions importantes : que se passe-t-il si la nation qui détient la technologie décide de supprimer le signal dans certaines zones du globe, pour des raisons stratégiques ou politiques ? Comment savoir si le système est parfaitement fiable lorsque l'on ne contrôle pas la technologie qui en dépend ? Si le système se révèle insuffisamment précis, pour l'aviation, par exemple, comment l'améliorer ? Galileo devrait offrir l'indépendance que n'offre pas le GPS : c'est une technologie sous contrôle civil, et non militaire, un projet sous la responsabilité de l'Union européenne et de l'Agence spatiale européenne.

Le partenariat avec le secteur privé a été abandonné en 2007 au profit d'un financement par le budget européen, et Galileo, en phase de test avec 4 satellites déjà lancés en 2011 et 2012, devrait être entièrement opérationnel en 2020. Le lancement d'aujourd'hui est donc symboliquement fort, puisqu'il marque la phase de mise en orbite des deux premiers satellites définitifs sur les trente qui constitueront la "constellation Galileo" en 2018.

Galileo, GPS et Glonass sont dans un bateau…

L'accord de coopération avec la Russie permet la mise en orbite des satellites par fusée Soyouz depuis le Centre spatial guyanais (Photo : AFP)
L'accord de coopération avec la Russie permet la mise en orbite des satellites par fusée Soyouz depuis le Centre spatial guyanais (Photo : AFP)
L'armée américaine a tenté de compromettre le projet Galileo a ses débuts en refusant de coopérer pour assurer la compatibilité des systèmes. Les désaccords ont réussi à être surmontés au milieu des années 2000 : le système de géolocalisation européen permettra donc de basculer à tout moment sur le GPS américain ou le Glonass russe. Dans l'attente de la mise en orbite de la flotte de 30 satellites, les Européens ont mis en œuvre une infrastructure nommée Egnos, basée sur un réseau au sol de 34 stations de référence équipées d'horloges atomiques, qui reçoivent et optimisent le trajet des signaux GPS, comme ceux du russe Glonass. L'aviation est très preneuse de ce système, la précision d'Egnos étant de 2 mètres au lieu de 10 à 20 mètres avec le GPS seul.

Des enjeux économiques, commerciaux et stratégiques

(Illustration : Agence spatiale européenne)
(Illustration : Agence spatiale européenne)
Galileo devrait générer plus de 10 milliards d'euros par an grâce à ses services payants, et pourrait générer 20 000 emplois, en plus des 35  000 déjà directement créés par le projet. Le système mondial de navigation par satellite représente déjà 7% du PIB de l'Union européenne, et va, selon le parlement "toucher de très nombreux secteurs"  : la sécurité routière, la perception des redevances, la gestion du trafic et du stationnement, la gestion des flottes de véhicules, les systèmes d'appel d'urgence, le repérage et le suivi des marchandises, les réservations en ligne, la sécurité du transport maritime, le transport des animaux, la gestion durable des sols et la protection de l'environnement.

Enfin, Galileo, co-financé un temps par la Chine et l'Inde, en partenariat avec la Russie, remet au centre de la compétition technologique mondiale, l'excellence européenne. Dans ces temps de crise et de ralentissement économique, le vieux continent ne peut que se féliciter de la réussite du lancement d'aujourd'hui, qui comme chacun l'espère, tiendra toutes ses promesses.

Les retombées de Galileo

22.08.2014Par la RTBF
Les retombées de Galileo

Union européenne

500 millions d'habitants ; 28 États-membres; premier PIB mondial (env. 18 000 milliards de dollars)

Etats-Unis d'Amérique

317 millions d'habitants; Pib : env. 15 000 milliards de dollars