Gaza : Farah, une adolescente palestinienne, témoigne sur Twitter

capture d'écran de la page du compte Twitter de Farah Baker.
capture d'écran de la page du compte Twitter de Farah Baker.

Alors que le conflit entre Israël et le Hamas se prolonge et s'intensifie, une adolescente palestinienne raconte son quotidien sur les réseaux sociaux. Son témoignage au jour le jour, en direct de Gaza, a attiré l’attention de milliers d’internautes, mais aussi des médias américains.

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Le compte Twitter de Farah ressemble à celui de n’importe quelle adolescente. Ses posts sur la mode, la musique, l’école, ponctuent son quotidien en ligne jusqu’au 8 juillet, qui marque le début du dernier conflit israélo-palestinien.

« J’adore mes talons hauts même s'ils vont me faire mal au dos », écrit-elle ci-dessous :



Photographe amateur, elle confie : « Avant la guerre, je prenais des photos de la nature, de la mer, des gens s’amusaient. Maintenant, je prends des photos de bâtiments visés. »

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Be4 war, I used 2 take photos of nature, sea, ppl having fun. Nw, I take photos of targeted buildings #Gaza #AJAGAZA pic.twitter.com/ud4lxIyq7t

— Guess what (@Farah_Gazan) July 30, 2014


Chaque soir, @Farah_gazan sur Twitter, alias Farah Baker en réalité, ne dort plus. Elle passe ses nuits à tweeter depuis Gaza, où elle habite avec ses parents et ses deux petites sœurs de 14 et 6 ans : « Je suis Farah Baker, de Gaza, 16 ans. Depuis que je suis née, j’ai survécu à trois guerres et je pense que ça suffit ! » Elle fait allusion aux deux précédentes opérations israéliennes Plomb durci (2008) et Pilier de défense (2012).

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:/ #SaveGaza pic.twitter.com/WMGgjQbrhV

— Guess what (@Farah_Gazan) July 21, 2014


Twitter devient la plateforme où de nombreux Palestiniens témoignent de leur quotidien. Ils partagent avec le monde entier leurs jours et leurs nuits ponctués par la guerre, les bombes. Comme eux, Farah tweete tout ce qu’elle voit depuis chez elle et partage ses impressions. Une porte qui claque ou une voiture qui roule trop vite lui rappelle immédiatement le bruit d'une bombe. 

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Smoke seen from my home noww 4:08pm #Gaza #Gazaunderattack pic.twitter.com/BA4lUIaoqA

— Guess what (@Farah_Gazan) July 15, 2014


De son immeuble, elle voit des familles fuir leur habitation dès qu’elles le peuvent. Elle filme leur départ. Dès qu’un cessez-le-feu est annoncé, elle en profite pour enfin sortir de chez elle, comme le 26 juillet :

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There's a ceasefire today for 12hrs. I'll get 2 th street and keep walking walking walking till I get exhausted & miss home #Gaza #AJAGAZA

— Guess what (@Farah_Gazan) July 26, 2014


Son témoignage suscite rapidement un intérêt grandissant sur Twitter. Selon le site Twitter counter, de 5000 abonnés le 27 juillet, son compte est passé, le 31 juillet, à plus de 100 000 internautes qui suivent son récit quotidien et commentent en nombre chacun de ses tweets. Beaucoup lui témoignent d'ailleurs leur soutien :

"Merci :) Tu montres au monde entier que les Palestiniens sont en train de gagner la guerre psychologique. Foi, dignité, bravoure."


Farah y répond même en français :

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Bonjour, je m'apple Farah Baker. J'habite a Gaza. Je vous remercie beaucoup pour votre soutien,,j"apprecie cela, Merci encore. Je vous aime

— Guess what (@Farah_Gazan) July 25, 2014


Ses messages révèlent une inquiétude grandissante dans la nuit du lundi 28 au mardi 29 juillet, l’une des plus meurtrières côté palestinien depuis le commencement du conflit, début juillet.

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This is in my area. I can't stop crying. I might die tonight #Gaza #GazaUnderAttack #ICC4Israel #AJAGAZA pic.twitter.com/DdDBIO7Q4B

— Guess what (@Farah_Gazan) July 28, 2014


« C’est dans mon quartier. Je ne peux pas m’arrêter de pleurer. Je pourrais mourir cette nuit. »

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We are sitting in darkness bc th power is off, flares r lightening up th area just like it's midday,we're just hearin bombs,drones,f16s#Gaza

— Guess what (@Farah_Gazan) July 28, 2014


« Nous sommes assis dans le noir parce qu’il n’y a pas de courant, les explosions éclairent le quartier juste comme ça. Nous entendons les bombes, les drones. »

Sa petite sœur est terrifiée à chaque déflagration :

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Whenever my 6 yrs old sis hear the rocket falling she covers her ears and shout while crying in order not to hear the bomb #Gaza #AJAGAZA

— Guess what (@Farah_Gazan) July 28, 2014


"Dès que ma sœur de 6 ans entend une roquette en train de tomber, elle se couvre les oreilles et crie en pleurant pour ne pas entendre la bombe. "

Farah documente en direct ce qui se passe par des vidéos, des sons. Cette nuit est  ponctuée par le bruit des bombes : 

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Okay. The 8163662 bomb I could hear today! This is UNBELIEVABLE!! #Gaza 2:13am https://t.co/5TYzWmvsJY

— Guess what (@Farah_Gazan) July 28, 2014


"C'est une des centaines de bombes que j'entends."

Des fusées éclairantes :

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Flares all the time #Gaza https://t.co/lv2CQGk943

— Guess what (@Farah_Gazan) July 28, 2014


Et les drones qui tournent au-dessus du quartier :

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Listen to the drones now #Gaza https://t.co/DrwGn8INFX

— Guess what (@Farah_Gazan) July 28, 2014


Le lendemain matin, elle exprime son soulagement d’être encore vivante :

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I COULD SURVIVE LAST NIGHT!! I AM ALIVE!! Alhamdulillah #Gaza

— Guess what (@Farah_Gazan) July 29, 2014


" J’ai pu survivre à la nuit dernière ! Je suis en vie."

Farah rend visite sa grand-mère dès le mercredi 30 juillet après cette terrible nuit. Elle constate « qu’au moins un bâtiment était détruit dans chaque rue. »

Le témoignage des Palestiniens, comme celui de Farah, se sont répandus sur les réseaux sociaux. Il est souvent difficile d’authentifier les propos des internautes, les tweets n’étant pas toujours géolocalisés. Cependant, les messages de l’adolescente ont interpellé les médias américains. La chaîne NBC l'a rencontrée le 29 juillet après une nuit très meurtrière, pendant laquelle elle confie avoir eu peur que tout explose autour d'elle (voir ci-dessous en anglais).


Assurant dans un tweet qu'elle n'était pas manipulée par le Hamas (mouvement islamiste palestinien), elle assure aux journalistes de la chaîne américaine NBC : "Les gens disent que le Hamas se cache derrière les gens mais ce n'est pas le cas. Le Hamas défend le peuple." Et d'ajouter: "Je ne veux pas que cette guerre finisse avant que nous ne soyons libres, parce que le blocus est en train de nous tuer."

Dans l’un de ses derniers messages elle écrivait que témoigner ainsi publiquement l’inquiétait désormais pour sa sécurité : "Vous savez, je commence à avoir peur d'être bombardée parce que je raconte ce qui se passe à Gaza."

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You know, I started getting worried of being bombed bc I share what happens in #Gaza #GazaUnderAttack #AJAGAZA

— Guess what (@Farah_Gazan) July 30, 2014


Depuis le début des échanges de tirs en Israël et le Hamas, le conflit a fait plus de 1300 morts parmi les Palestiniens, dont 245 enfants selon l’Unicef, et quelque 7000 blessés. Les deux camps ne parviennent toujours pas à trouver un accord. "Je veux stopper tout ça quand je serai plus grande, confie Farah. C'est pour ça que je veux étudier le droit."