Gaza : fin du cessez-le feu

Débris et ruines dans le quartier de Beit Hanoun, dans la bande de Gaza (AFP/Marco Longari)
Débris et ruines dans le quartier de Beit Hanoun, dans la bande de Gaza (AFP/Marco Longari)

Les opérations militaires israéliennes ont repris ce matin, après une trêve humanitaire de plusieurs heures. Israël avait tout d'abord accepté de la prolonger, mais pas le Hamas, qui avait pour sa part repris le tir de roquettes.

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Après une trêve humanitaire de près de 24 heures, commencée samedi 26 juillet en début de matinée, l'armée israélienne a annoncé ce dimanche matin la reprise des opérations militaires dans la bande de Gaza en réplique aux "tirs incessants de roquettes par le Hamas", causant rapidement de nouvelles victimes.

Répondant favorablement à une demande des Nations unies, le cabinet de sécurité israélien avait accepté samedi soir de prolonger jusqu'à dimanche minuit (21H00 T.U.) la trêve qui a offert un court répit samedi à la population de Gaza.
                  
Mais le Hamas avait rejeté cette extension et repris dans la soirée ses tirs de roquettes vers Israël, exigeant un retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza : "Aucune trêve humanitaire n'est valable sans retrait des chars israéliens de la bande de Gaza, sans que les habitants ne puissent retourner dans leurs maisons et que les ambulances transportant les corps soient libres de circuler à Gaza", selon Fawzi Barhoum, le porte-parole du Hamas à Gaza. 

En face, les responsables israéliens excluent un retrait tant que l'armée israélienne n'aura pas réduit à néant la puissance de feu du Hamas et en particulier détruit son réseau souterrain et ses tunnels, où il dissimule son arsenal, ses centres opérationnels et d'où ses combattants lancent des attaques au cœur de l'Etat hébreu. Cité par les médias israéliens, le ministre de l'Economie Naftali Bennett, chef du parti nationaliste religieux Foyer juif, a répété samedi soir son opposition à un cessez-le-feu durable sans "garanties substantielles de la part de la communauté internationale concernant la démilitarisation de la bande de Gaza".

En tout, environ 25 missiles ont visé le territoire israélien depuis samedi soir, selon l'armée, qui y a répondu par des "tirs d'artillerie localisés" plutôt que par des raids aériens. "Nous continuons à respecter la trêve humanitaire. Il n'y a pas eu de raid aérien malgré les tirs de roquettes", déclarait tôt ce matin à l'AFP une porte-parole de l'armée, avant que la décision de reprendre les opérations ait été prise.

Les ruines de Gaza

Mais même en cas de trêve durable, il resterait à aborder les divergences de fond. Depuis plus de deux semaines, le Hamas pose comme condition une levée du blocus imposé depuis 2006 à la bande de Gaza par Israël, dont l'armée s'était unilatéralement retirée de l'enclave en 2005.
                  
Témoignant de la tâche ardue des médiateurs internationaux, le cabinet de sécurité israélien avait rejeté vendredi une proposition transmise par le secrétaire d'Etat américain John Kerry pour un cessez-le-feu de sept jours qui permettrait d'engager des négociations indirectes.
                  
Si John Kerry relativisait ce rejet en évoquant des problèmes de "terminologie", l'Etat hébreu a jugé, selon les radios israéliennes, l'offre trop favorable au Hamas, considéré comme une organisation "terroriste" par Israël, les Etats-Unis et l'Union européenne.

Les ministres français Laurent Fabius, américain John Kerry et allemand Frank-Walter Steinmeier, ce samedi 26 juillet à Paris (AFP/Kenzo Tribouillard)
Les ministres français Laurent Fabius, américain John Kerry et allemand Frank-Walter Steinmeier, ce samedi 26 juillet à Paris (AFP/Kenzo Tribouillard)
Samedi, une réunion à Paris de plusieurs ministres des Affaires étrangères, dont John Kerry, n'a accouché d'aucune proposition concrète si ce n'est une demande de prolongation du cessez-le-feu. Un porte-parole du secrétaire-général de l'ONU Ban Ki-Moon a également exigé des belligérants qu'ils acceptent "un cessez-le feu humanitaire d'une semaine". 
                  
L'épreuve terrible du 1,8 million de Gazaouis, en plein mois de ramadan, n'est donc pas terminée. Samedi, ceux qui ont profité de la trêve pour retourner dans leur quartier ont découvert des scènes de désolation : maisons défoncées, éventrées, effondrées, dépouilles noircies au milieu des ruines et traces de sang mêlées aux empreintes des chars israéliens.
                  
Malgré l'arrêt des combats, le tribut payé par les civils, qui met Israël en butte aux critiques de la communauté internationale, a encore été illustré par la comptabilité macabre tenue par les secours locaux. Selon un dernier bilan, le conflit, entré dimanche dans son 20e jour, a tué au moins un millier de Palestiniens, dont une très grande majorité de civils, blessé quelque 6 000 autres dans la bande de Gaza, depuis le début de l'offensive israélienne le 8 juillet.

L'Unicef avait évoqué vendredi un bilan d'"au moins 192 enfants" tués à Gaza durant le conflit, tandis que l'Agence pour l'aide aux réfugiés de Palestine (UNRWA) a recensé plus de 160 000 déplacés dans ses bâtiments, soit près de 10 % de la population.
                  
Côté israélien, quarante-trois soldats ont perdu la vie, ce qui représente les pertes militaires les plus élevées depuis la guerre de l'été 2006 contre le Hezbollah libanais. Le dernier soldat a perdu la vie la nuit dernière. Il a été tué par un tir de mortier en territoire israélien. Deux autres, blessés dans la semaine, sont décédés samedi. Deux civils et un travailleur thaïlandais ont également perdu la vie.

Pendant la trêve, les habitants de Shajayia rentrent chez eux

26.07.2014De nos partenaires de France 2
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Des bombes non explosées

Le Hamas avait déconseillé aux déplacés d'approcher des immeubles bombardés et des zones de combats par crainte d'engins non explosés ou piégés.
                  
"Nous avons peur d'ouvrir une porte et de tomber sur une bombe", a témoigné Khader Soukar, un rescapé de Chajaya, une banlieue particulièrement éprouvée à l'est de l'agglomération de Gaza.
                  
Beaucoup se sont surtout empressés de recueillir quelques maigres effets, vêtements ou couvertures, ou d'acheter vivres et carburant, au milieu du ballet ininterrompu d'ambulances, tandis que le bourdonnement des drones rappelait la menace.
                  
Ce conflit, le quatrième depuis le retrait unilatéral israélien de Gaza en 2005, menace de s'étendre à la Cisjordanie, où les heurts entre manifestants dénonçant l'offensive à Gaza et les forces israéliennes ont coûté la vie à huit Palestiniens depuis jeudi soir.
                  
Samedi soir, plusieurs milliers d'Israéliens se sont rassemblés à Tel-Aviv, malgré l'interdiction de la police pour des "raisons de sécurité", pour réclamer la fin de l'opération à Gaza.
                                   
Pour rappel, l'opération israélienne "Bordure protectrice", visant à détruire la puissance de feu du Hamas, a débuté le 8 juillet et est entrée neuf jours plus tard dans sa phase terrestre.