Crash Germanwings : le copilote avait la "volonté de détruire l'appareil"

Crash Germanwings copilote en cause
Le copilote au coeur du crash du vol Germanwings qui s'est écrasé le 24 mars dans les Alpes françaises.
Récit de David Gilbert

Au moment du crash de l'Airbus, le copilote était seul aux commandes de l'appareil, enfermé dans la cabine de pilotage. C'est lui qui a actionné les boutons pour "activer la descente de l'appareil" avec  la "volonté de détruire" l'avion. 

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Après un début de vol tout à fait normal, le commandant de bord de l’Airbus qui s’est écrasé mardi 24 mars dans les Alpes a quitté la cabine quelques minutes, laissant l'appareil aux mains de son copilote. Il n'a jamais pu rouvrir la porte pour réintégrer son poste. 

Deux jours après la catastrophe de l'Airbus 320 de la filiale à bas coût de Lufthansa, qui a fait 150 morts, cette nouvelle information est issue du décryptage de la boîte noire recelant les enregistrements audio des derniers moments de l'appareil. Déjà révélée par le New York Times (NYT) le jeudi 25 mars au matin, elle a suscité l'indignation du Syndicat national des pilotes de lignes, qui annonce qu'il déposera une plainte contre X pour "violation du secret professionnel". L'information a été confirmée dès jeudi par le procureur de Marseille lors d'une conférence de presse qu'il a tenu après s'être entretenu avec les familles des victimes. Elle permet de mieux comprendre l'inexplicable descente de l'appareil jusqu'au crash.

Le copilote vivant, jusqu'au bout

Selon le procureur de Marseille, les enregistrements de la boîte noire indiquent une conversation “fluide, décontractée, voire enjouée” en allemand entre les pilotes pendant la première partie du vol, qui reliait Barcelone à Düsseldorf.

Puis le commandant de bord commence le briefing de l'atterrissage à Düsseldorf. Là, les réponse du copilote se font "brèves, laconiques, alors qu'on pourrait s'attendre à un échange, à un dialogue", explique le procureur. Le commandant de bord quitte ensuite la cabine "vraisemblablement pour satisfaire un besoin naturel. 'Je te laisse les manettes,' dit-il à son copilote. On entend un siège reculer, la porte se fermer." Dès lors, le copilote reste seul dans la cabine de pilotage. Il ne prononcera plus un mot jusqu'à l'impact final, mais continue à respirer normalement, sans trace de panique ni de malaise. 

Jusqu'au dernier moment, le copilote était vivant. 

Brice Robin, procureur de Marseille

Le copilote seul aux commandes

Seul aux manettes, celui dont on sait désormais qu'il s'appelle Andreas Lubitz,  manipule le "flight monitoring system", le système de contrôle du volpour actionner la descente de l'appareil. "L'action sur ce sélectionneur d'altitude ne peut être que volontaire," assure le procureur de Marseille.

On entend alors plusieurs appels du commandant de bord par l'interphone. Il a certainement aussi tenté d'accéder à la cabine de pilotage via le digicode, mais il n’a jamais pu rentrer dedans,  trouvant porte close : “Il frappe doucement à la porte, sans obtenir de réponse. Puis il frappe plus fort, et encore plus fort. Personne ne répond jamais. On l'entend ensuite tenter d'enfoncer la porte," détaille le procureur.

Dans la cabine de pilotage se succèdent demandes de contact des tours de contrôle, jusqu'à ce que, en l'absence de réponse, les contrôleurs composent eux-mêmes le code du transpondeur - 7700 - rendant l'avion prioritaire pour un atterrissage forcé. On distingue également les relais radio assurés par les autres avions, jusqu'au déclenchement des alarmes qui signifient la proximité du sol, tandis que les coups sur la porte du cockpit se font se plus en plus violents.

Enfin retentissent les cris des passagers qui se rendent compte de ce qui se passe, "mais seulement à la dernière minute", et le bruit d'un premier impact sur un talus montagneux avant le choc final. 

Une cabine de pilotage (trop ?) bien gardée

"Après les attentats du 11 septembre 2001, la protection du cockpit a été renforcée. L’ordre d’ouvrir le cockpit ne provient aujourd’hui que de l’intérieur par les pilotes," expliquait l'ancien commandant de bord Jean Serrat sur I-télé. Des mesures spéciales imposées par les Etats-Unis : tout appareil qui n'y satisferait pas ne pourrait pas atterrir sur le territoire américain. Depuis, les membres de l'équipage disposent d'un interphone pour demander l’accès au cockpit. Par ailleurs, un digicode, connu de l'équipage seul,  permet d’entrer dans le cockpit sans l’autorisation des pilotes, sauf s'il a été désactivé depuis l'intérieur de la cabine de pilotage. 

"Des systèmes permettant au commandant de bord de déverrouiller la porte de la cabine de pilotage sont disponibles sur les appareils les plus récents, mais celui-ci avait vingt-quatre ans", précise le procureur. Ce vendredi 27 mars, afin d'éviter de telles situations à l'avenir, l'Agence européenne de la Sécurité aérienne recommande la présence constante de deux personnes dans le cockpit.

Des réponses, mais encore des zones d'ombre

S'il ne prononce pas le mot "suicide", le procureur reconnaît que le copilote n'avait aucune raison de s'enfermer, de faire descendre l'avion, de ne pas répondre aux appels des contrôleurs et des autres avions, de ne pas taper le code du transpondeur...

Ainsi, si l'enregistrement audio semble apporter un début de réponse au mystère de cette tragédie, de nombreuses questions restent en suspens, à commencer par celles qui concernent la personnalité du copilote. 
 

Le copilote a actionné le bouton commandant la perte d'altitude pour une raison inconnue et avec la volonté de détruire l'appareil. 

Brice Robin, procureur de Marseille

Qui était le copilote ?

"Qui était le copilote Andreas L. ? Pourquoi un jeune homme entraine-t-il avec lui 149 personne dans la mort ?" s'interroge le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). De lui, on sait encore peu de choses. Andreas Lubitz, 27 ans, vivait avec ses parents à Montabaur, en Rhénanie-Palatinat, même s'il avait postulé pour obtenir un appartement à Düsseldorf. Sa maison familiale a immédiatement été placée sous surveillance policière, tandis que ses proches sont attendus sur les lieux de l'accident.

De nationalité allemande, il avait été engagé en septembre 2013 par la Germanwings et comptait 630 heures de vol. Il avait étudié à l'École de pilotage de la Lufthansa, société mère de Germanwings, à Brème et à Phoenix, aux Etats-Unis - un pan de sa vie sur lequel enquête le FBI."Il était tout à fait apte à piloter l'avion," assure le procureur de Marseille. 

Voler, piloter, était pour Andreas bien plus qu'un emploi, c'était un rêve depuis toujours. Il était membre du club de planeurs LSC Westerwald, où  ses camarades le décrivent comme quelqu'un de "cordial, calme, passionné d'aviation." 

Les premiers éléments laissent toutefois entrevoir des problèmes psychologiques : l'épuisement professionnel, la dépression, avance la FAZ. "C'était un bon garçon," dit la mère de l'une de ses camarades de classe, dont la fille lui aurait cependant confié qu'Andreas avait dû faire une pause lors de sa formation : "Apparemment, il avait été victime d'épuisement, et avait traversz une dépression." "Pause" confirmée par le PDG de Lufthansa Carsten Spohr, qui ajoute que ses états de services étaient impeccables et affirme qu'il n'a pas "le moindre indice sur les motivations du copilote." Il précise toutefois qu'"il y a six ans, Lubitz a arrêté quelques mois sa formation – mais ce n’est pas inhabituel chez nous. Il a repassé tous les tests après cette interruption".

Quant au commandant de bord de l'Airbus, père de deux enfants, il avait plus de 10 ans d'expérience et plus de 6000 heures de vol à son actif sur des appareils Airbus. 

Le décryptage de l'autre boîte  noire devrait permettre de déterminer s'il y a pu avoir d'autres raisons au crash que la volonté du copilote.