Gibraltar : un bras de fer de 300 ans entre l'Espagne et la Grande-Bretagne

Regain de tensions entre Mariano Rajoy et David Cameron autour du rocher de Gibraltar
Regain de tensions entre Mariano Rajoy et David Cameron autour du rocher de Gibraltar

Le ton monte à nouveau entre Londres et Madrid autour du "Rocher" qui domine le détroit de Gibraltar. Cette fois, c'est la construction d'un récif artificiel portant préjudice aux pêcheurs espagnols qui a mis le feu aux poudres. Depuis 1713, la souveraineté de l'Angleterre sur Gibraltar empoisonne ses relations avec L'Espagne. Retour sur un reliquat des guerres de Succession d'Espagne.

dans

“Le corps de l'Espagne, l'âme de l'Angleterre“


"Gibraltar, le Gibraltar que l'Espagne désire et veut, est corps du corps de l'Espagne. Gibraltar, le Gibraltar que l'Angleterre aime et possède, est l'âme de l'âme de l'Angleterre," disait en 1918 l'écrivain et homme d'Etat espagnol Salvador de Madariaga.

Cédé en 1713 par l'Espagne à la Grande-Bretagne aux termes du second traité d'Utrecht, Gibraltar bénéficie d'un emplacement stratégique militaire et économique entre l'Atlantique et la Méditerranée, à la pointe Sud de la péninsule ibérique. Depuis, souverains et dirigeants d'Espagne n'ont eu de cesse de ramener Gibraltar dans leur giron - du "grand siège" espagnol de la fin du XVIIIe siècle au référendum de 1967 organisé sous le général Franco, en passant par les tentatives de Joseph-Napoléon 1er, roi d'Espagne.

Article X du deuxième traité d'Utrecht

Ratifié le 13 juillet 1713 par l'Espagne et la Grande-Bretagne
Traduction française par la Digithèque de Matériaux juridiques et politiques<br/>
Traduction française par la Digithèque de Matériaux juridiques et politiques

Aujourd'hui, Madrid continue de réclamer le retour sous sa souveraineté de cette enclave à l'économie aujourd'hui florissante. Londres refuse, faisant valoir l'opposition de la population locale.

2002-2013 : de bisbilles en tentatives de conciliation

                 
8 novembre 2002 : les habitants de Gibraltar rejettent massivement un projet de co-souveraineté entre l'Espagne et la Grande-Bretagne lors d'un référendum.

Fin 2004 : les négociations entre l'Espagne, la Grande-Bretagne et Gibraltar commencent dans le cadre d'un "Forum trilatéral de dialogue".
         
Le 18 septembre 2006, l'Espagne, la Grande-Bretagne et Gibraltar signent à Cordoue des accords de coopération et de bon voisinage, mettant en sourdine leur contentieux sur la souveraineté du territoire  britannique. Ces accords prévoient notamment l'utilisation conjointe de l'aéroport de Gibraltar, d'où seront assurés des vols vers l'Espagne.       
Le 1er décembre, la nouvelle Constitution accorde des pouvoirs élargis au gouvernement de Gibraltar dans la gestion des affaires locales. Le 16 décembre, un vol de la compagnie aérienne espagnole Iberia marque la reprise des liaisons aériennes Madrid/Gibraltar, interrompues en 1954.
                 
Fin mai 2009, la garde civile espagnole fait une incursion dans les eaux britanniques, à la poursuite d'une petite embarcation suspecte. Le 8 mai, un navire militaire espagnol a déjà procédé à l'inspection d'un navire de pêche, et le 10 avril, une vedette de l'armée britannique avait dû ordonner à un bâtiment de la garde civile de quitter une zone proche de l'aéroport.
                 
En juillet, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos effectue une visite à Gibraltar, la première en près de 300 ans d'un ministre espagnol. "L'Espagne ne renoncera pas à revendiquer la souveraineté sur Gibraltar" déclare-t-il à son retour.

En 2012, le nouveau gouvernement conservateur espagnol demande à Londres de rouvrir les discussions sur "le contentieux" concernant la souveraineté de Gibraltar. Le gouvernement de Gibraltar rejette toute négociation sur la souveraineté. En mai, la reine Sofia d'Espagne annule une visite à Londres, où elle devait assister au jubilée de diamant de la souveraine britannique Elizabeth II. En juin, des membres de la famille royale britannique effectueront une visite controversée à Gibraltar.
                 
Le 24 mai, le gouvernement de Gibraltar dénonce une "provocation orchestrée" après un incident entre la police de l'enclave et la garde civile espagnole qui protégeait des bateaux de pêcheurs espagnols. En août, l'Espagne transmet à Londres une plainte officielle concernant les droits de pêche au large de Gibraltar. Le 15 novembre, Londres convoque l'ambassadeur espagnol à la suite de "graves incursions".
                 
Le 6 août 2013, l'Espagne signifie à la Grande-Bretagne son "droit irrévocable" de contrôler les frontières avec Gibraltar. Le lendemain, le Premier ministre britannique David Cameron met en garde son homologue espagnol Mariano Rajoy du "risque réel" d'une détérioration des relations.
                 
M. Rajoy affirme que "la décision unilatérale" des autorités de Gibraltar "d'installer des blocs de béton dans la baie d'Algeciras est inacceptable". L'Espagne impose des contrôles aux frontières.


13.08.2013Explications de Cécile Adobati
Gibraltar : un bras de fer de 300 ans entre l'Espagne et la Grande-Bretagne

TOM britannique

Comme les îles Malouines, Gibraltar est un territoire britannique d'outre-mer. Le rocher a d'ailleurs reçu le soutien du gouvernement des Malouines, archipel britannique revendiqué par l'Argentine : "Nous sommes satisfaits d'entendre les messages forts de soutien du gouvernement britannique à Gibraltar et nous voudrions faire écho à ses sentiments," écrivait en début de semaine Ian Hansen, du gouvernement malouin.

A ce titre, Gibraltar figure sur la liste de l'ONU des territoires à décoloniser.


Station d'interception du réseau Echelon

Echelon est un nom de code longtemps utilisé par les services de renseignements américains pour désigner une base d'interception des satellites commerciaux.

Par extension, le Réseau Echelon désigne le système mondial d'interception des communications privées et publiques élaboré par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande dans le cadre du traité UKUSA. Il est géré par les services de renseignements des États membres du traité.