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Glyphosate : comment les lobbys pèsent sur les décisions de l'Union européenne ?

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© Antoine Delpierre, Lionel Perron / TV5MONDE

Les représentants des Etats membres de l'Union européenne ont finalement reporté leur décision sur le sort du glyphosate. La licence de cet herbicide controversé expire en décembre. Ce report soulève à nouveau la question du rôle des lobbys de chaque camp. Décryptage. 

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Comme le dit le proverbe : "comme on fait son lit, on se couche". Tout dépend encore devant qui. Pour la dizaine de manifestants de l'initiative citoyenne "Stop glyphosate" réunis à Bruxelles, la Commission européenne serait en train de céder face aux lobbys de l'industrie des pesticides.  

Pour ces militants, abaisser la durée d'homologation de l'herbicide à 5 ou 7 ans au lieu de 10 ne suffit pas. Selon David Schwartz, coordinateur "Initiative européenne" pour l'arrêt du glyphosate, "il est clair que la Commission n'écoute pas les citoyens lorsqu'elle propose le renouvellement du glyphosate. Que ce soit par le vote, par leurs initiatives, ou par leurs contacts avec les ministres de chaque État, les citoyens européens veulent une interdiction complète du glyphosate."

Faut-il interdire totalement dès maintenant le glyphosate ? Ou à défaut l'interdire progressivement selon un calendrier voté à Bruxelles, voire ne pas l'interdire du tout ?

Une molécule qui fait débat

300 désherbants commercialisés par plus de 40 sociétés contiennent la molécule qui fait débat, même au sein de la communauté scientifique. Classé comme "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer, organisation de l'OMS, le glyphosathe n'est, par contre, aucunement suspect selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments.

Une confusion entretenue par les lobbys défendants les intérêts des industriels et des agriculteurs qui l'utilisent. Pour Christiane Lambert, présidente de la FNSEA,
"en l'état, les agences sanitaires ont parlé, trois agences sur quatre disent « il n'y a pas de problème ». Une agence dit « Il y a un problème ». Que les scientifiques clarifient leur position pour que les politiques puissent décider."

Car reporter à plus tard la décision, comme l'a fait, ce mercredi 25 octobre, la Commission, pourrait au final ouvrir la voie à un recours des fabricants auprès de la Cour de justice européenne.

Les lobbys mobilisés

De quelle stratégie usent les lobbys de chaque camp ? C'est ce qu'explique sur le plateau de TV5MONDE arnaud Pochebonne, président de Weber Shandwick France.

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©TV5MONDE

L'atout des symboles

Les entreprises type Monsanto ou BASF jouent aussi leur crédibilité au travers de leur identité visuelle.


Le design graphique est l’expression d’une vision du monde, d’une ambition et d’une mission institutionnelle.

Benoît Heilbrunn, professeur de marketing à ESCP Europe.  

Benoît Heilbrunn décrypte pour TV5MONDE les significations des couleurs ou logos utilisés par les deux géants de la chimie :

©captures d'écran

"Il y a une sorte de convention culturelle qui se développe dans le champ du design graphique et de l’identité visuelle qui consiste à dire que pour parler d’environnement, il faut nécessairement utiliser la couleur verte. Je pense que cette convention n’a absolument aucun sens aujourd'hui", explique Benoît Heilbrunn. "Alors que le bleu est clairement la couleur du consensus et de la compétence, très institutionelle, le vert est plutôt une couleur fiduciaire, celle du contrat passé avec des publics par exemple."

"Le site internet BASF surutilise le vert : dans le logo, la bande verte et les chercheurs qui travaillent sur des plantes. Cet usage engendre un effet de discrédit de l’image. Le logo BASF sur le site reprend les codes de l’institution avec les lettres capitales, une forme carrée stable et rassurante. BASF dit « nous créons de la chimie ». L'image raconte que la végétation est au service de la chimie. On utilise une couverture verte alors qu'au fond BASF est un chimiste et a du mal à s’assumer comme tel. Cette entreprise s’appuie sur une dichotomie nature/culture qui aujourd’hui n’a plus grand sens. Je pense que leur discours graphique est contre-productif parce qu’elle montre qu’elle ne comprend pas les enjeux du monde de demain qui sont justement de dépasser le clivage entre la nature et la culture.
 

On est clairement dans une stratégie du déguisement et du coloriage. On utilise des conventions et des stéréotypes. 

Benoît Heilbrunn, professeur de marketing à l'ESCP Europe. 

"Le site de Monsanto reste aussi sur le code institutionnel avec la capitale et la forme stable. Ce logo où un arbre est enfermé dans un cadre signifie bien que l’on va prendre possession de la nature. On reste dans un projet cartésien. On enferme la nature dans une logique organisationnelle. Finalement, c’est clairement le contrôle de la multinationale sur la notion de nature qui est très culturalisée, complètement domestiquée, apprivoisée et contrôlée. C’est un discours qui est clairement assumé", résume Benoît Heilbrunn, professeur de marketing à l'ESCP Europe.