Goncourt pour Pierre Lemaître, Renaudot pour Yann Moix

Les lauréats des prix Goncourt et Renaudot ont été annoncés ce lundi 4 novembre 2013 au restaurant parisien Drouant, comme le veut la tradition. Ils ont été attribués à Pierre Lemaitre et Yann Moix. 

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A quelques jours des commémorations du 11 novembre, le jury d'attribution du prix Goncourt a choisi Pierre Lemaitre et Au revoir là-haut (Albin Michel), lors d'un vote très serré. L'objet du roman : les démobilisés de la Grande Guerre, sacrifiés par une France exsangue après quatre ans d'horreur dans les tranchées.

Pour ce faire, il suit deux personnages, deux soldats rescapés, qui retournent à la vie civile, sans aucune reconnaissance. L'un d'eux, Eugène, est une "gueule cassée". Il a eu le bas du visage arraché en sauvant son ami, Albert.

"C'est un livre sur l'après-guerre, c'est un livre sur l'injustice, c'est un livre sur la compassion que l'on doit à des jeunes gens qui ont donné leur vie pour leur pays, ce n'est pas un livre d'un patriotisme échevelé", a précisé l'auteur.

"On n'est plus pareil avant et après le Goncourt, c'est la raison aussi pour laquelle ce prix est emblématique, c'est qu'effectivement il change la vie d'un homme."

Bernard Pivot, l'un des jurés Goncourt, a salué le lauréat, vantant "le mélange d'une écriture très cinématographique" dans ce "roman populaire, dans le bon sens du terme". Pierre Lemaitre "écrit à la fois lentement et vite, parce qu'il prend son temps pour raconter un geste ou une action mais avec des mots fulgurants", a dit Bernard Pivot. Il a souligné l'importance du choix de l'après-guerre de 1914 comme contexte, qui montre que "l'horreur continuait" après la guerre dont on s'apprête à célébrer le centenaire.

C'est au douzième tour de vote que le lauréat a été choisi, à six voix contre quatre à Frédéric Verger, pour con premier roman Arden (Gallimard).

Pierre Lemaitre, né à Paris en 1951, était jusque-là surtout connu pour ses polars. Au revoir là-haut avait également été sélectionné par les jurés du Renaudot, du Femina et de l'Interallié.

C'est Yann Moix qui a reçu le Prix Renaudot, dès le premier tour de vote, pour Naissance (Grasset), un livre de près de 1150 pages qui commence en même temps que la vie de l'auteur, venu au monde sous les insultes de ses parents.

Un ouvrage qui explore les relations entre parents et enfants, tout en s'aventurant sur des sujets variés, tels les Rolling Stones ou Fernandel.

Frédéric Beigbeder, juré Renaudot a salué un "livre délirant et monumental", bâti "sur une idée très simple : notre vie consiste à choisir nos parents et ceux qui nous aident à naître, et pas forcément nos géniteurs".

Le prix Renaudot dans la catégorie Essais a été attribué à Gabriel Matzneff pour Séraphin, c'est la fin (Table Ronde).

Avant l'annonce des prix, alors que journalistes et photographes se bousculaient, une petite dizaine de militantes du mouvement féministe La Barbe ont brièvement pénétré dans le restaurant Drouant pour lire un manifeste de protestation contre le manque de femmes dans les jurys et la liste des candidats.

"Messieurs de l'Académie Goncourt, La Barbe est à vos côtés pour célébrer la gloire du verbe masculin", a lancé une militante.

"Chers jurys du #Goncourt, en 110 ans, et 109 prix remis, vous avez honoré 99 fois de mâles et talentueux écrivains", ironisait le mouvement sur son compte Twitter.