Google s’offre Motorola pour supplanter Apple

L’opération s’élève à 12,5 milliards de dollars et rapportera à Google près de 25.000 brevets. Un atout majeur dans la bataille de la propriété intellectuelle que se livrent les acteurs de la téléphonie mobile. 

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17.08.2011Par Baptiste Charbonnel
AFP - Karen Bleier
La lutte pour la domination de la téléphonie mobile se livre à coups de rachats onéreux. Le dernier en date a été annoncé au milieu de la nuit du 15 au 16 août 2011 (4h35, heure des Etats-Unis) par Larry Page, cofondateur et directeur général de Google. Son entreprise venait de racheter le fabricant de téléphones portables Motorola Mobility pour 12,5 milliards de dollars (l’officialisation devrait intervenir  à la fin de l’année ou début 2012, après l’approbation des autorités américaines et européennes). Il s’agit de la plus importante acquisition jamais réalisée par Google, et de sa première dans le monde du « hardware » (matériel).

"BOOSTER L'ÉCOSYSTÈME D'ANDROID"

Avec cette opération, le géant américain de l’Internet cherche à prendre de l’avance sur ses poursuivants. Au deuxième trimestre 2011, Google s’est hissé à la première place mondiale des systèmes d’exploitation pour smartphones, grâce au succès d’Android. Ce dernier a déjà conquis 43,4% du marché mondial, loin devant celui d’Apple (18,2%), d’après le cabinet Gartner. Mais les dirigeants de Google savent que dans ce secteur, les positions peuvent vite s’inverser. « L’acquisition de Motorola Mobility, un partenaire dévoué d’Android, va permettre à Google de « booster » l’écosystème d’Android et intensifier la concurrence dans l’informatique mobile »  s’est réjoui le groupe américain. Elle va aussi permettre à Google « de mieux protéger Android contre les menaces anti-concurrentielles de Microsoft, Apple et d’autres compagnies » a souligné son PDG, Larry Page. Google a récemment dénoncé une « campagne hostile » contre le système  d’exploitation menée par Microsoft, Oracle, Apple et d’autres, « par le biais de brevets bidons », et cherche donc à étoffer son propre portefeuille de brevets.

Motorola Droid X2 Dual Core
Motorola Droid X2 Dual Core
En effet ce n’est pas le poids de Motorola sur le marché des téléphones mobiles (2,4%, 8e position) qui intéresse Google, mais bien ses brevets. Motorola Mobility en possède 17.000  (plus 7.500 autres en attente d’authentification), qui représentent pour Google un atout majeur pour faire face aux combats juridiques devenus courants entre concurrents. Apple, Samsung, Oracle, Nokia et Google ont de nombreux procès en cours sur leurs inventions respectives. Afin de contrer la concurrence, chacun se livre à une course aux brevets. Début juillet, Google a perdu une lutte pour acquérir les 6.000 brevets détenus par le défunt canadien Nortel. C’est un consortium comprenant Apple et Microsoft qui a emporté la mise pour 4,5 milliards de dollars.

GOOGLE DOIT RASSURER SES PARTENAIRES

Google doit maintenant rassurer ses partenaires fabricants de smartphones qui utilisent Android. Certains peuvent craindre que le système d’exploitation, aujourd’hui ouvert, soit bientôt réservé aux seuls appareils Motorola. «Si vous êtes un partenaire Android, vous pouvez commencer à vous intéresser à la plateforme Windows», conseille  Colin Gillis, analyste chez BGC Partners, au New York Times. Charles Golvin, analyste chez Forrester Research, relayé par le Wall Street Journal, est du même avis : «Google s’occupe de fournir des logiciels à ceux qui fabriquent le matériel. Et en achetant un des fabricants, il ne va pas être très aimé par le reste de ses partenaires.» Il précise que HTC et Samsung en particulier pourraient ainsi décider de se tourner vers Microsoft.

La firme de Mountain View tente d’apaiser ces spéculations. Au moment où il a annoncé le rachat de Motorola Mobility, Larry Page a promis : «Cette acquisition ne changera pas notre engagement à faire d’Android une plateforme ouverte. Motorola restera titulaire d’une licence Android et Android restera ouvert. Motorola fonctionnera comme une entreprise distincte.