Gouvernement Philippe : Francophonie où es-tu ?

Signe des temps ? Oubli ? Volonté politique ? L’absence de ministère et de secrétariat d’Etat dédié à la Francophonie étonne vu de TV5Monde, la « chaîne culturelle francophone mondiale ». Enquête. 

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Un rapide coup d’œil sur internet ne fait que confirmer les doutes. La page Wikipedia intitulée « Liste des Ministres Français de la Francophonie » renvoie à une « image manquante » et, en lieu et place du nom du titulaire actuel, on peut lire : « poste vacant depuis le 10 mai 2017».
 
(source Wikipedia)
(source Wikipedia)


Même chose du côté de la Coopération et du Développement, ministère qui allait habituellement de pair avec celui de la Francophonie. La « Liste des Ministres Français de la Coopération et du Développement » dédiée sur Wikipedia s’arrête elle aussi au 10 mai 2017, avec une mention toutefois concernant le dernier titulaire du poste : Jean-Marie Le Guen. Quant à l'Hôtel de Montesquiou qui abritait le feu Ministère de la Coopération et de la Francophonie, il a été vendu en 2008 à des investisseurs russes, et héberge depuis 2012 la Chancellerie de l'ambassade de Chine. Fermez le ban. 
 
(source Wikipedia)

« Mais cela, répond-on au Quai d’Orsay, c’est que la Françafrique n’est plus ».
Cela s’appellerait plutôt jeter le bébé avec l’eau du bain. Exit la Coopération et exit la Francophonie ? De fauteuils d’orchestre en strapontins, la Francophonie semble donc s’être trouvé le siège le plus incertain : le siège éjectable ! 

Pour en avoir le cœur net, coup de fil est donc repassé au Ministère des Affaires Etrangères. « Où est la Francophonie ? C’est une bonne question que je me pose aussi. Je n’ai rien vu à ce sujet » répond Romain Vuillaume, adjoint au porte-parole
Afrique / Sécurité Défense. Et d’ajouter, en proposant d’envoyer le décret d’application  (qu’il n’a jamais vu aussi "court" en trente années de maison) : « Je ne sais pas du tout quel ministère en a la charge mais ce n’est pas le nôtre, essayez plutôt la Culture ».
 
(Journal Officiel - Décret n° 2017-1074 du 24 mai 2017 relatif aux attributions du ministre de l'Europe et des affaires étrangères) 
(Journal Officiel - Décret n° 2017-1074 du 24 mai 2017 relatif aux attributions du ministre de l'Europe et des affaires étrangères) 
Nouveau coup de fil au Ministère de la Culture, où l’étonnement est tout aussi manifeste et la réponse tout aussi éloquente : « La Francophonie ? C’est une bonne question en effet. Je n’en sais rien pour tout vous dire ! » rétorque-t-on. Et de renvoyer, comme au Quai d’Orsay, au décret d’application afférent. Lecture faite, on confirme : le terme de Francophonie n’apparaît nulle part.  

La Francophonie se porte mieux en Afrique, en Belgique et au Canada 


Il faut aller voir chez les voisins et partenaires de la France pour trouver mention du terme décrié. Pas de fausse pudeur chez les Belges, où le Ministre fédéral chargé de la Coopération au développement (poste qui existe toujours en Belgique) est également vice-premier ministre, en l’espèce Alexander De Croo. Au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le ministre-président Rudy Demotte dispose quant à lui de la compétence -même si elle n'est pas explicitement citée- parmi ses attributions Relations Internationales, et avec elle, du budget qui va avec (dont celui qui alimente TV5Monde !). 

Au Canada, c’est une femme qui s’occupe de ce portefeuille qui se trouve en bonne place : Marie-Claire Bibeau, ministre du Développement international et de la Francophonie.

Enfin, si la Françafrique n’est plus en odeur de sainteté à Paris, beaucoup d’Etats africains francophones revendiquent en revanche leur franco…philie ! Au Gabon, la Francophonie arrive en deuxième position des attributions du Ministère des Affaires Etrangères. En Côte d’Ivoire, c’est adjointe à la Culture qu’elle apparaît. Parmi les rares exceptions en revanche : la République Démocratique du Congo. Si Kinshasa vient de dépasser Paris pour devenir la plus grande ville francophone du monde, la Francophonie n’apparaît pas dans les attributions des 59 membres du gouvernement de Bruno Tshibala... 

Autres Ministères disparus  

Certes la Francophonie n’est pas le seul parent pauvre du gouvernement Philippe. D’autres sont également absents. Le logement, par exemple, qui, pour la première fois depuis 1967, n’obtient ni ministère, ni secrétariat d'Etat, mais un simple portefeuille géré par Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires.
Exit également la Mer, l’Enfance, les Personnes âgées et le Droit des Femmes. Plus de ministère concernant ce dernier, mais un secrétariat d’état sur l’égalité homme-femme occupé par Marlène Schiappa. 

En tout cas, l’absence de portefeuille dédié à la Francophonie ne constitue « rien de grave », assure-t-on à l’Organisation Internationale de la Francophonie. « On verra après les législatives. En attendant, c’est  ‘business as usual’ » dit-on à l’OIF, en bon français.