Grèce: dernière ligne droite à Bruxelles pour éviter le défaut de paiement

Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances, à Berlin, le 8 juin 2015.  
Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances, à Berlin, le 8 juin 2015.  
© AP Photo/Michael Sohn

Les négociations entre la Grèce et ses créanciers, UE et FMI, entraient dans leur dernière ligne droite lundi à Bruxelles pour éviter un défaut de paiement au pays, avec une série de réunions marathon, sur fond d'optimisme prudent.

dans

Les négociations entre la Grèce et ses créanciers, UE et FMI, entraient dans leur dernière ligne droite lundi à Bruxelles pour éviter un défaut de paiement au pays, avec une série de réunions marathon, sur fond d'optimisme prudent.

A son arrivée à Bruxelles, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a énuméré les "clés d'un accord" avec les créanciers: ni excédent budgétaire "excessif", ni baisses de retraites, ni hausse des tarifs de l'électricité et rétablissement de la "normalité" du droit du travail.

"Nous arrivons en vue de parvenir à un accord viable économiquement", a déclaré Alexis Tsipras avant le début de rencontres-marathon. Selon la déclaration transmise par ses services, il a fait la liste des "clés" d'un tel accord:

"Laisser derrière nous les excédents primaires (solde budgétaire avant paiement de la dette, NDLR) excessifs, sauver les salaires et les retraites, éviter des augmentations excessives et déraisonnables de l'électricité (...), rétablir la normalité dans les relations de travail et promouvoir les réformes structurelles (...) visant à la redistribution des charges, la lutte contre l'évasion fiscale et la corruption".

Après cinq mois de négociations dans l'impasse, les principaux acteurs de la crise grecque se retrouvent pour deux réunions, l'une des ministres des Finances de la zone euro, qui sera suivie par un sommet de la zone euro en début de soirée.

La Grèce est à dix jours d'échéances financières cruciales qu'Athènes n'a plus les moyens d'honorer. Un défaut de paiement risquerait d'entraîner l'éjection du pays hors de la zone euro, une éventualité que tous les participants disent vouloir éviter.

"Le sort de la Grèce, de l'euro se joue en bonne part aujourd'hui", a estimé Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques, interrogé sur la radio française Europe 1.

Cette crise a déjà été l'occasion de maintes réunions présentées comme très importantes, mais "cette fois c'est décisif", a-t-il insisté, disant croire en un accord dès lundi soir.

Un optimisme partagé par les Bourses européennes qui bondissaient lundi: vers 09H30 GMT, Paris prenait 2,97%, Francfort 3,14% et Londres 1,24%. La Bourse d'Athènes s'envolait de plus de 7,34%.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s'est lui montré plus prudent, disant ne pas être sûr qu'il y aurait un accord lundi soir. "Des progrès ont été faits ces derniers jours, mais nous n'y sommes pas encore. Je ne sais pas si nous aurons un accord aujourd'hui" (lundi), a-t-il déclaré, en accueillant à Bruxelles le Premier ministre grec, Alexis Tsipras.

Dans la nuit de dimanche à lundi, Athènes a fait parvenir de nouvelles propositions de réformes et d'économies budgétaires, vues à Bruxelles comme "une bonne base".

- 'Accouchement aux forceps' -

"Nouvelle proposition grecque reçue par M. Juncker, Mme Lagarde et la Banque centrale européenne. Bonne base pour faire des progrès au sommet de la zone euro", a réagi dans la nuit Martin Selmayr, le chef de cabinet de M. Juncker. En allemand, sa langue maternelle, l'homme de l'ombre de la Commission a toutefois évoqué "un accouchement aux forceps".

Ces propositions, dont le contenu n'a pas été révélé, "vont dans le bon sens, elles peuvent permettre une base d'accord, cela veut dire qu'il y a encore de quoi discuter", a renchéri M. Moscovici.

Un sentiment positif partagé par le ministre des Finances français Michel Sapin qui a jugé "de qualité" le travail autour des dernières propositions d'Athènes, à l'antenne de la radio RFI.

D'un accord sur les réformes et les mesures budgétaires que la Grèce doit entreprendre dépend le déboursement d'une tranche de prêts de 7,2 milliards d'euros, en suspens depuis des mois et dont Athènes a cruellement besoin.

Le pays, à court d'argent, risque de ne pouvoir honorer le 30 juin un remboursement de quelque 1,5 milliard d'euros au FMI. Dans pareil cas, il sera en défaut de paiement, et la BCE risque de couper les financements d'urgence pour ses banques.

Une réunion des ministres des Finances de la zone euro est prévue à 10H30 GMT, et sera suivie dans la soirée d'un sommet réunissant les 19 dirigeants de la région, la patronne du FMI, Christine Lagarde, le président de la BCE, Mario Draghi, et le chef de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

Un premier rendez-vous test attendait dans la matinée le Premier ministre grec Alexis Tsipras à 09H00 GMT: il devait rencontrer en petit comité les représentants de ses créanciers, soit Mme Lagarde, M. Draghi, M. Dijsselbloem et Jean-Claude Juncker, qui joue volontiers le rôle de médiateur dans ces difficiles négociations.

- Les banques inquiètent -

Les différentes sessions de négociations devront se conclure par un avis positif sur les propositions grecques pour que le sommet de la zone euro permette le dénouement tant attendu.

D'autant plus que la situation des banques grecques inquiète, avec une accélération des retraits des épargnants au cours des derniers jours qui renforce les craintes pour le système bancaire.

"Une des raisons pour lesquelles nous devons agir aujourd'hui c'est pour éviter que les épargnants soient spoliés", a souligné M. Moscovici, alors que le conseil des gouverneurs de la BCE a relevé lundi matin l'aide d'urgence aux banques grecques, lors d'une réunion extraordinaire.

Le montant du relèvement -- le troisième depuis mercredi pour faire face à des retraits massifs de leur épargne par les Grecs -- n'a pas été précisé. Les gouverneurs de la BCE pourraient se réunir à tout moment pour prendre une nouvelle décision d'aide si nécessaire, "même encore aujourd'hui ou demain", a indiqué une source bancaire grecque.

En attendant, à Athènes, le calme plat régnait devant et dans les banques, a constaté une journaliste de l'AFP. Les clients étaient servis sans attente au guichet et une très petite portion d'entre eux souhaitait un transfert d'argent à l'étranger, a-t-elle relevé.