Grèce-Eurozone : exit le Grexit

Après l’accord politique signé lundi matin à Bruxelles, la balle est désormais dans le camp grec
Après l’accord politique signé lundi matin à Bruxelles, la balle est désormais dans le camp grec
(image du compte Twiter de Donald Tusk, Président du conseil européen)

L'accord prévoit que les pays de la zone euro acceptent d'ouvrir des négociations pour un troisième plan d'aide à la Grèce une fois que le pays aura fait preuve de bonne volonté, en mettant en oeuvre rapidement des réformes en matière de TVA, de pensions ou de code de procédure civile.

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"Nous avons réussi! Il y a un accord qui ouvre de l'espoir et de l'optimisme pour envisager la relation entre la Grèce et les autres pays européens de manière plus sereine", annonçait lundi matin le Premier ministre belge Charles Michel à l'issue du sommet de la zone euro.

Les points les plus difficiles lors de la réunion ont porté sur les privatisations. "Il y avait une volonté du gouvernement grec de consacrer une partie des fonds à la croissance, plutôt que de tout consacrer au remboursement de la dette", explique le Premier ministre. Le fonds de garantie des privatisations sera de 50 milliards d'euros, comme le réclamait l'Allemagne, mais selon des calculs très subtils, d'après M. Michel.

Autre pierre d'achoppement: les mesures prises par le gouvernement grec ces derniers mois. "Il ne sera pas question de revenir sur les mesures humanitaires, mais pour les autres, il faudra à tout le moins prendre des mesures compensatoires", a souligné le Premier ministre.

En ce qui concerne la dette, "une porte a été ouverte", estime M. Michel. Si la Grèce applique les mesures auxquelles elle s'est engagée, "il sera possible, à un moment donné, plus tard, de parler de taux d'intérêt ou de prolongation des termes".

Enfin, en ce qui concerne le financement immédiat de la Grèce, "il y a urgence pour assurer les liquidités". Les dirigeants de la zone euro chargent l'Eurogroupe, qui se réunit lundi après-midi, de prendre des décisions.

Enfin, "certains pays voulaient retenir le Grexit" dans l'accord, mais l'hypothèse d'une sortie de la zone euro n'a finalement pas été retenue.

"Nous avons fait le choix de la solidarité", en échange de quoi la Grèce s'est engagée dans un "processus qui implique la garantie de prendre ses responsabilités", s'est réjoui le Premier ministre.

Un accord annoncé, via twitter

Le Premier ministre, Charles Michel, a été le premier ce lundi a annoncer l'accord via un tweet laconique disant simplement: "Agreement" ("accord" en anglais).

 

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Une affirmation très rapidement confirmée par le président du Conseil, Donald Tusk, également via Twitter. Selon ce dernier, le sommet de la zone Euro a atteint un accord unanime pour commencer les négociations sur le plan d'aide. "Tout est prêt pour lancer le programme du MES (Mécanisme européen de stabilité) pour la Grèce avec de sérieuses réformes et un support financier", a-t-il expliqué.

"Les ministres des Finances vont maintenant négocier d'urgence la manière dont on peut aider la Grèce à faire face à ses besoins financiers à court terme", a ajouté le Président du Conseil européen.

 

La balle dans le camp des parlements nationaux et de l'Eurogroupe

Donald Tusk s'est néanmoins empressé de préciser que le parlement grec et certains autres parlements nationaux devront donner leur accord avant l'ouverture de nouvelles négociations. De son côté, le président français François Hollande a annoncé que: "L'Assemblée nationale française votera mercredi sur la déclaration sortie du sommet de la zone euro sur la Grèce. Un accord nécessaire afin que la BCE puisse continuer à fournir d'autres liquidités aux banques grecques".

Dans la foulée, Angela Merkel exprimait son intention de recommander au parlement allemand, avec "entière confiance", l'ouverture des discussions d'aide. Une chancelière allemande visiblement satisfaite, d'autant plus que la disparition de l'option "Grexit" la libère de la nécessité de demander un vote de confiance au Bundestag.

Image du compte twitter de Donald Tusk, lors du commencement du sommet de la dernière chance, le 12 juillet 2015.
Image du compte twitter de Donald Tusk, lors du commencement du sommet de la dernière chance, le 12 juillet 2015.

La chancelière Angela Merkel a prévenu que le chemin serait "long" et "difficile" pour que la Grèce, à qui ses partenaires européens consentent d'accorder une troisième aide en échange de réformes, retrouve le chemin de la croissance.

L'accord trouvé après 17 heures de négociations entre la Grèce et ses partenaires de la zone euro comprend "une large palette de réformes au moyen desquelles, je crois, la Grèce a la chance de revenir sur le chemin de la croissance", a déclaré la chancelière lors d'une conférence de presse à Bruxelles. Mais "le chemin sera long et, si j'en crois les négociations de cette nuit, difficile", a-t-elle ajouté.

"Nous avons trouvé un accord, il fut laborieux", a aussi souligné Jean-Claude Juncker lors d'une conférence de presse. "Depuis le début, la Commission n'a cessé d'insister sur le fait que nous ne saurions accepter une quelconque forme de Grexit".

Une fois l'adoption du plan par les parlements nationaux entérinée, l'Eurogroupe lancera, officiellement, les négociations pour l'aide financière.

 

Le fonds d'actifs de 50 milliards finalement accepté

L'un des principaux points de discorde tout au long de ce dernier tour de tractations était la création d'un fonds de 50 milliards d'euros, basé au Luxembourg et alimenté par des actifs publics grecs, qui serait administré par les instances européennes. Ce fonds, en fait une mise sous tutelle européenne d'actifs grecs, est censé restaurer la confiance des créanciers en la bonne volonté grecque. Le fonds sera finalement créé mais sera basé en Grèce. Des experts décideront de sa composition.

Restructuration de la dette

En contrepartie de cette concession, que beaucoup en Grèce considéraient comme "humiliante", Alexis Tsipras annonce avoir réussi à obtenir un financement à moyen terme ainsi qu'un accord sur la restructuration de la dette. "La décision prise aujourd'hui permet à la Grèce de préserver des conditions de stabilité financière. Ce programme de croissance de 35 milliards et la restructuration de la dette feront comprendre aux marchés qu'un 'Grexit' n'est plus d'actualité​", a précisé le Premier ministre grec.

"La grande majorité du peuple grec va soutenir cet effort (...) nous continuerons à nous battre" pour "les réformes radicales dont la Grèce a besoin", a-t-il ajouté, à l'issue de dix-sept heures de négociations pour le renflouement du pays.

Article paru sur le site de la RTBF