Grèce : Jean-Claude Juncker, l'indigné de Luxembourg

Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker (à droite) et le ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos, le 23 janvier à Bruxelles
Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker (à droite) et le ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos, le 23 janvier à Bruxelles

Artisan majeur de la politique économique d'austérité imposée par l'Union européenne à la Grèce au fil des plans de redressements, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker déplore aujourd'hui que celle-ci n'ait pas suffisamment pris en compte "le paramètre de la croissance". Un aveu qui s'explique en partie par des différends intra-européens.

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Le temps des regrets

« Nous nous sommes montrés durs à l'égard de l'assainissement des finances mais très faibles à l'égard de l'autre paramètre important, celui de la croissance ». L’indigné qui ose cette observation n’est pas un syndicaliste grec ni un « économiste atterré » mais Jean-Claude Juncker, président sortant de l’Eurogroupe dans une interview au quotidien Kathimérini.. « On n'a pas suffisamment mis l'accent sur la dimension de la croissance dans le problème général grec. Nous avons surtout insisté sur l'assainissement des finances publiques sans donner de solution alternative ou laisser le choix à la Grèce », a-t-il indiqué, en soulignant qu'il regrettait « l'aggravation des conditions de vie des Grecs ».

Sans marquer une véritable rupture, ces propos tranchent dans leur tonalité avec ceux, moins compatissants, qu'il avait tenus il y a un peu plus d’un mois à une population grecque exténuée. « Si nous devions constater que tout va à vau-l'eau en Grèce, alors il n'y aurait pas de nouveau programme » de refinancement du pays, déclarait alors le chef de gouvernement du Luxembourg, précisant : « cela signifierait une faillite en mars ». Il ajoutait aussi, explicite : « La Grèce, doit savoir que nous ne reculerons pas sur le thème des privatisations ».

Sans doute le - relatif - « revirement » du très libéral Luxembourgeois doit-elle peu à une tardive illumination sociale et beaucoup à des différends intra-européens. L’Eurogroupe qu’il conduit se voit désormais marginalisé au profit d’autres structures, notamment celles dirigées par le non-moins libéral Belge Herman Van Rompuy, Président à la fois du Conseil européen et, depuis quelques semaine, de la la « zone euro ». Formulés à haute voix, les doutes et les regrets d'un pilier européen aussi considéré n’en résonnent pas moins comme un aveu d'échec.

Imposées à la Grèce depuis 2010 par la zone euro et le FMI en échange de prêts, les coupes importantes dans les salaires et les retraites ainsi que la hausse des taxes, ont favorisé l'aggravation de la récession. Le PIB du pays enregistre un recul de 15% ces dernières années. Dans son rapport annuel publié lundi, la Banque de Grèce annonce une récession en 2012 pire que prévue avec une chute du PIB, pour la cinquième année consécutive, estimée à 4,5%.

La Commission européenne avait pour sa part indiqué en février tabler pour 2012 sur une récession de 4,4% (le FMI la chiffrant pour sa part à -4,8%), soit bien au delà des pronostics de départ du gouvernement, qui prévoyaient lors du vote du budget 2012 début décembre un recul de 2,8% du Produit intérieur brut.

Dans le meilleur des cas, et si le pays applique à la lettre son programme de redressement mis au point avec ses bailleurs de fonds de l'UE et du FMI, 2013 « peut marquer le début de la relance, même si en moyenne annuelle le PIB doit encore reculer d'environ 0,5% » l'an prochain, ajoute le rapport.