Grèce : Tsipras démissionne, les frondeurs de Syriza le désavouent

Alexis Tsipras, Premier ministre démissionnaire de la Grèce, le 20 août 2015 à Athènes lors de son entretien avec le président Prokopis Pavlopoulos.
Alexis Tsipras, Premier ministre démissionnaire de la Grèce, le 20 août 2015 à Athènes lors de son entretien avec le président Prokopis Pavlopoulos.
©AP Photo/Petros Giannakouris

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé sa démission jeudi 20 août et a appelé à des élections anticipées. Il espère en sortir renforcé, alors que 25 députés frondeurs de Syriza viennent de le lâcher.

dans

Alexis Tsipras venait de perdre sa majorité parlementaire lors du vote du nouveau plan de sauvetage de la Grèce. Ce jeudi 20 août, il démissionnait. « Maintenant que la phase difficile (de négociations) est terminée, je voudrais soumettre à votre jugement ce que nous avons accompli, » a-t-il déclaré lors d'une allocution télévisée. Il a aussi appelé à l’organisation d’élections législatives anticipées. Disant avoir « la conscience tranquille », et assurant avoir « résisté aux pressions et aux chantages, » le Premier ministre grec a ensuite remis sa démission au président de la République, Prokopis Pavlopoulos.

Au lendemain de cette annonce, les députés les plus à gauche de Syriza, dont l’ancien ministre de l’Energie Panagiotis Lafazanis, annoncent à leur tour la création d’un nouveau parti indépendant : Unité populaire. 25 frondeurs ont rejoint cette nouvelle formation. Parallèlement, la Grèce a obtenu le premier versement de 23 milliards d’euros sur les 85 millions prévu par le nouveau plan d'aide internationale.

Selon son entourage, Alexis Tsipras souhaiterait que les élections anticipées se tiennent le 20 septembre. L’annonce de ce nouveau scrutin, que personne n’attendait si tôt, n'est cependant pas une surprise. Après avoir été élu en janvier sur un programme critiquant les deux précédents plans d'aide imposés aux pays en 2010 et 2012, pour un montant total de 240 milliards d'euros, le Premier ministre de la Grèce a fini par en signer un troisième le 13 juillet. Il espère ainsi éviter à son pays l'expulsion de la zone euro.

Alexis Tsipras lors de son allocution télévisée du 20 août 2015.
Alexis Tsipras lors de son allocution télévisée du 20 août 2015.
©AP Photo/Petros Giannakouris

L’opposition a soutenu ce plan d’aide lors de son vote au Parlement le 14 août. Mais 43 des 149 députés de Syriza, son parti de gauche radicale, ont voté contre ou se sont abstenus, restant fidèles à leurs idées. Certains sont même favorables à un retour à la drachme, l’ancienne monnaie de la Grèce. Le nombre de soutiens à Alexis Tsipras, en comptant ceux de son allié ANEL, est ainsi passé de 300 à 119 députés.

Des élections pour renforcer sa position

Populaire, bien qu'il ne respecte pas ses promesses, le Premier ministre espère bien consolider son statut avec cette deuxième élection de l’année. Alexis Tsipras exclut l'éventualité d'un gouvernement de coalition avec les autres partis d'opposition. Ce que souhaite pourtant Vanguélis Méimerakis, dirigeant du parti de la droite Nouvelle-Démocratie (ND).

Selon la Constitution, la démission du Premier ministre permet en effet au deuxième parti, la ND, de tenter de former un gouvernement de coalition dans les trois jours. S'il ne réussissait pas ce "mandat exploratoire", ce serait au troisième parti de le tenter, en l’occurrence le parti néonazi Aube dorée, dans le même délai. Ce n'est qu'après cette troisième tentative que le Président doit organiser des élections.

Alexis Tsipras a cependant demandé à Prokopis Pavlopoulos d'organiser immédiatement des législatives sans procéder aux mandats exploratoires, car le pays veut, selon lui « un gouvernement stable ». Pour sa part, le Président a répondu qu'il allait respecter la Constitution. Il a aussi souligné la nécessité pour la Grèce de respecter l'engagement de faire appliquer l'accord avec les créanciers, afin d’assurer le maintien du pays dans la zone euro.

La crise de la dette grecque en quelques dates


21 août : 25 députés frondeurs de Syriza quittent le parti pour en former un nouveau, baptisé Unité populaire.
20 août : démission du Premier ministre Alexis Tsipras et premier versement de 23 milliards d’euros à la Grèce dans le cadre du troisième plan de sauvetage.
14 août : le Parlement grec adopte le troisième plan d’aide.
11 août : la Grèce et ses créanciers s’accordent sur troisième plan d’aide d’un montant de 85 milliards d’euros.
20 juillet : réouverture des banques et application des nouvelles mesures d’austérité.
17 juillet : l’Allemagne ratifie le plan de la Grèce.
16 juillet : le Parlement grec vote le neuvième plan d’austérité depuis 2010, condition sine qua non d’un troisième plan de sauvetage.
13 juillet : signature de l’accord politique prévoyant un troisième plan d’aide pour la Grèce.
5 juillet : les Grecs se prononcent à 61% contre le plan proposé par les créanciers. Yanis Varoufakis, ministre des Finances, démissionne.
26 juin : Alexis Tsipras annonce un référendum sur le plan de sauvetage proposé par le FMI, l’UE et la BCE, ainsi que la fermeture des banques.
26 janvier : Syriza remporte les élections législatives. Alexis Tsipras est nommé Premier ministre.
21 février 2012 : deuxième plan d’aide de 130 milliards d’euros accordé à la Grèce.
2 mai 2010 : premier plan d’aide de 110 milliards d’euros accordé à la Grèce.
Début 2010 : premières mesures d’austérité en Grèce.
2009 : découverte du déficit colossal de la Grèce.

Analyse

Filippa Chatzistavrou, politologue grecque, et Bruno Colmant, économiste et ancien président de la bourse de Bruxelles, sont les invités du Grand Angle du 64' de TV5MONDE pour analyser la situation économique de la Grèce et le troisième plan d’aide qui vient de lui être accordé.

Pour Filippa Chatzistavrou, ce troisième plan de sauvetage prévoit des mesures très difficiles à mettre en œuvre, et il met à mal la souveraineté budgétaire de la Grèce. Bruno Colmant, lui, questionne l’utilité de ce plan, puisque la dette grecque est stabilisée depuis trois ans déjà. Les problèmes, selon lui, sont l’absence de croissance et un euro qui n’est actuellement pas adaptée à l’économie de la Grèce.

Pour l’économiste, la dette grecque, trop importante, devrait être rééchelonnée. Au contraire, la politologue estime que ce n’est pas la solution et que la Grèce devrait s’occuper davantage de la fiscalité et du droit social.

Ecoutez-les :
©TV5MONDE/propos recueillis par Estelle Martin