Grèce – UE : concessions et guerre des nerfs

Dans le quartier touristique de Monastiraki le 15 juin<br />
<sub>AP Photo/Petros Giannakouris</sub>
Dans le quartier touristique de Monastiraki le 15 juin
AP Photo/Petros Giannakouris

A cinq jours d’une échéance majeure, les discussions sur la poursuite du financement de la Grèce ont abouti à un constat d'échec entre représentants de la Grèce et de ses créanciers, UE et FMI. Athènes, qui a fait des concessions, impute l'échec aux réclamations « irrationnelles » de ces derniers, en particulier du FMI (Fonds monétaire international) et se dit prête à reprendre les négociations.

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Casseront, casseront pas ? Les discussions entre la Grèce et ses créanciers semblent plus près que jamais du point de rupture, après l'échec des négociations de dimanche sur la poursuite du financement du pays, qui se rapproche d'un défaut de paiement.

Comme l’admet Annika Breidthardt, pourtant, une porte-parole de la Commission européenne, les autorités grecques ont franchi aujourd’hui un pas supplémentaire dans le sens de leurs créanciers, UE et FMI, acceptant le principe de réaliser un excédent budgétaire primaire de 1% cette année, un point longtemps au coeur de leurs désaccords. « La question, a t-elle objecté, est d'évaluer si les engagements pour y parvenir sont crédibles ». Le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, a, quant à lui, dénoncé les « manoeuvres » du gouvernement grec et l'a appelé à « oeuvrer sur le fond ».

L'objectif de déficit budgétaire primaire définit le montant des économies ou des recettes supplémentaires à réaliser. Après un week-end de négociations qui se sont soldées par un échec dimanche, la Commission avait chiffré à 2 milliards d'euros l'effort supplémentaire nécessaire de la part de la Grèce.

Parmi les pistes évoquées par la Commission, un autre porte-parole, Margaritis Schinas, a cité les dépenses militaires. « Ce n'est pas un secret que les dépenses du budget grec pour la défense sont les deuxièmes (en Europe) après le Royaume-Uni », a-t-il dit. Cette piste, pourtant ne rencontre pas les faveurs du Fonds monétaire international, comme le confirme une source diplomatique citée per « le Monde » : « une nouvelle fois, le FMI l’a rejetée, expliquant que ces économies ne comptaient pas pour des réformes structurelles »

Mieux que les dépenses militaires, qui génèrent en outre des retombées substantielles dans d’autres pays de la zone euro, en particulier ses fournisseurs que sont l’Allemagne et la France, les bailleurs de fonds exigent une remise en cause du système grec de retraites. « C'est un des systèmes de retraites les plus coûteux d'Europe et une réforme fait partie des demandes » des créanciers, a souligné Annika Breidthardt tout en précisant que « les institutions n'ont pas demandé de réduction des pensions au niveau individuel ».

Autres demandes: les créanciers souhaitent que la Grèce améliore son administration fiscale, renforce la stabilité de son système financier, mette en place des réformes structurelles et modernise son secteur public, en s'attaquant tout particulièrement à la corruption. Objectif affiché : dégager un excédent budgétaire primaire, c'est-à-dire sans prendre en compte le service de la dette, de 1% cette année, 2% en 2016 et 3,5% en 2018.

Pénitence éternelle

Selon leur porte-parole, les créanciers ont déjà fait des « concessions importantes » et preuve de « flexibilité » pour parvenir à un accord et éviter au pays un défaut de paiement. « Ce n'est pas une voie à sens unique » et les efforts doivent donc aussi venir d'Athènes, a déclaré Annika Breidthardt

Intoxications ou affolement réel, les rumeurs de Grexit (sortie de la Grèce de l’euro) ont repris une brutale vigueur au cours du week end, à quelques jours d’une nouvelle échéance comptable « fatidique ». Si aucun accord n'était conclu à temps pour le 30 juin, à l'expiration du programme de sauvetage financier de la Grèce, celle-ci ne serait pas en mesure de rembourser 1,6 milliard d'euros dus au FMI. Dans ce cas, elle serait en situation de défaut de paiement, « une situation inédite », a reconnu un responsable européen.

« Il y a un risque réel de sortie, ce qui ne serait pas bon pour l'Europe et évidemment serait encore pire pour le peuple grec », a affirmé lundi à Madrid le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Margallo, après bien d’autres... «  Il y a une prise de conscience dans les institutions - BCE, FMI, Commission européenne - qu'il faut se préparer à un défaut de paiement de la Grèce », indiquait une source du quotidien le Monde. « Je ne vois pas cette semaine comme une réunion de la dernière chance » a nuancé le ministre français des finances Michel Sapin . Mais à Berlin, le ressentiment s'exprime. « A travers toute l'Europe, il y a un sentiment croissant : ça suffit! », s'est emporté le vice-chancelier, Sigmar Gabriel.

En dépit des pressions politiques, financières (chute de près de 10 % en deux jours de la bourse d’Athènes) et médiatiques, pourtant, et à l’exaspération des dirigeants de l’Union et du FMI, le gouvernement d’Alexis Tsipras ne semble toujours pas disposée à s’agenouiller et, malgré ses concessions, reste ferme en particulier sur la très sensible question des retraites. A ses yeux, l’intransigeance européenne « sert un dessein politique. Nous allons attendre patiemment que les créanciers accèdent au réalisme ».

L’économiste français Thomas Piketty le rejoint sur ce point. Dans une interview à l’hebdomadaire Marianne, l’auteur du Capital au XXIème siècle devenu célèbre dans le monde anglo-saxon, observe :« A vouloir absolument que les Grecs payent, on invente le paiement éternel, la pénitence éternelle. Alors même que les jeunes Grecs ne sont pas plus responsables que les jeunes générations d'Allemands des années 50-60 pour les 'bêtises' bien plus grosses de leurs parents. Il faut être clair, cela ne se fera pas. »