"Grexit médical" : la crise sanitaire que l'Europe évite de regarder

Si la potentielle sortie de la Grèce de la monnaie unique, le Grexit, alimente le débat médiatique depuis des semaines en Europe, le "Grexit médical" en cours, passe lui, inaperçu. Pourtant, le système de santé grec se meurt… et ses habitants avec. Une tragédie que des hôpitaux belges ont décidé de combattre, aidés de Médecins du monde.

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Les chiffres sont alarmants... et indécents.
Pas moins de 3 millions de citoyens Grecs n'ont plus accès aux soins de santé. La mortalité infantile a doublé depuis le début de la crise financière, en 2008, et le taux de suicide est presque multiplié par deux. Ces chiffres reflètent les effets des politiques d'austérité imposées par les créanciers de la Grèce, dont font partie les membres de l'Union européenne, France et Allemagne en tête.

Pour se conformer aux différents "plans de sauvetages" du FMI, de la BCE et de la Commission européenne, le ministère grec de la Santé a baissé ses dépenses totales de 50% en 8 ans, et imposé un ticket modérateur de 25€ pour les hospitalisations en soins ambulatoires depuis 2011…

La pratique de la médecine devient impossible en Grèce

Yvon Englert

En 2016, en Grèce — au delà des froides statistiques et des explications politiques et économiques — une part importante de la population souffre dans des proportions difficiles à imaginer. Ce constat est effectué par des professionnels belges de la santé, qui ont décidé de faire connaître ce drame humain et social au sein de l'Union européenne, et d'apporter le maximum d'aide concrète sur place.

Un doyen "abasourdi" par les hôpitaux grecs

La campagne "Stop au Grexit médical" fait un état des lieux des carences de soins dans les hôpitaux grecs, avec comme exemple le récent voyage sur place du doyen sortant de la faculté de médecine de l'ULB (Université Libre de Bruxelles), Yvon Englert :

[Il] a récemment effectué une mission à Thessalonique. Yvon Englert en est revenu, selon ses propres mots, « abasourdi ». Les hôpitaux sont exsangues, leurs directeurs déprimés et traumatisés. Les opérations chirurgicales sont bien souvent suspendues dans tout Thessalonique. Faute d’argent, la banque de sang de la ville ne peut plus tester régulièrement les lots de sang pour l’hépatite et le sida. Elle ne livre donc plus suffisamment les hôpitaux. Un exemple parmi tant d’autres qui illustre un constat stupéfiant : la pratique de la médecine devient impossible en Grèce.

Les dispensaires solidaires continuent leur travail de fourmis (lire notre article "Grèce : dispensaires solidaires pour malades de l'austérité") avec les seules aides des donateurs, mais la situation générale du secteur de la santé se dégrade de façon alarmante, accentuée par une forme de spirale infernale. Quand le secteur médical manque des moyens les plus basiques pour soigner les patients, le nombre des malades augmente sous le coup des difficultés sociales. Près d'un tiers des Grecs ne peut plus se chauffer l'hiver, 28% vivent dans des logements surpeuplés…

La campagne "Urgence Grèce : stop au Grexit médical"

Cette vidéo de l'ULB tente avec humour — malgré le caractère dramatique du sujet — de faire comprendre l'urgence à équiper les hôpitaux grecs en matériel médical :
Une pétition est en ligne pour dénoncer cette situation largement ignorée du grand public, mais aussi une campagne de dons pour financer des matériels médicaux, de 5€ à 250€ et plus. Trois projets sont en cours : le projet Pirée
, une nouvelle polyclinique pour les soins de santé, le projet Eubée, pour 
une chaîne de solidarité médicale, et le projet Thessalonique
, pour l’achat de couveuses et de réactifs.


La campagne "Urgence Grèce, stop au Grexit médical" est une initiative qui tente de mobiliser les citoyens européens autour de la catastrophe sanitaire qui s'installe dans le "berceau de la démocratie", alors que les créanciers européens continuent d'exiger d'Athènes des réformes budgétaires d'austérité toujours plus strictes.