Grippe A/H1N1 - Est-ce qu'on en fait trop ?

Deux infirmières attendent l'arrivée de patients au Banyule Community Health Center, le 12 juin 2009 à Melbourne (AFP)
Deux infirmières attendent l'arrivée de patients au Banyule Community Health Center, le 12 juin 2009 à Melbourne (AFP)
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Le branle-bas de combat autour de la pandémie fait grincer des dents


Conférences de presse régulières des gouvernements, communiqués inquiétants de l'Organisation mondiale de la Santé, budgets importants alloués à la lutte contre la grippe A/H1N1, stocks de vaccins déjà commandés avant même la fin des tests cliniques...

Danger réel ou principe de précaution ? Problème médical ou problème politique ?

La polémique enfle alors que la gravité de la pandémie reste pour le moment en-deçà des prévisions.

La France face aux vaccins inutilisés : qu'en faire ?

La France face aux vaccins inutilisés : qu'en faire ?
La France avait acheté 94 millions de doses pour vacciner sa population. Or, seulement 5 millions de personnes se sont rendus dans les centres de vaccination. Que faire du surplus ? Les attaques contre le gouvernement se multiplient, même si la ministre de la Santé Roselyne Bachelot suggère de revendre les inutilisés aux pays insuffisamment pourvus.

Récit de Jean Baptiste Urbain, 2'11

“Les ministres sont aussi ignorants et trouillards que le commun des mortels (...) et très proches des industriels“

Questions au docteur Martin Winckler, chercheur à l'Université de Montréal et écrivain






Comme on l'a entendu sur le net ou ailleurs, la grippe A pourrait-elle être une "invention "de l'industrie pharmaceutique ?


Le virus A/H1N1 est connu depuis longtemps mais le variant actuel est - un peu - différent des souches antérieures. Sa contagiosité est grande, même si cette grippe guérit plus vite et fait moins de morts, comme on l'a vu en Amérique du sud. Donc ce n'est pas une invention de l'industrie. Mais l'industrie joue sur la peur et propose ses solutions : le Tamiflu et un ou deux autres antiviraux, et surtout la course effrénée à la fabrication de vaccins, qui est une mine d'or quand les gouvernants passent des commandes faramineuses. Or, comme les "experts" des épidémies sont le plus souvent inféodés à l'industrie, ils peuvent influer facilement sur les gouvernants en soufflant un vent de panique. On nous a déjà fait le coup avec le SRAS il y a 5 ans, la grippe aviaire il y a trois ans, et déjà avec ce même virus A/H1N1 en 1976 aux USA - mais l'emballement n'avait pas dépassé les frontières américaines à l'époque.

Le Secrétaire d'Etat américain au commerce Gary Locke présente le 19 août 2009 un rapport sur les recommandations aux employés et aux hommes d'affaires pour se préparer à affronter l'épidémie de grippe A (AFP)
Le Secrétaire d'Etat américain au commerce Gary Locke présente le 19 août 2009 un rapport sur les recommandations aux employés et aux hommes d'affaires pour se préparer à affronter l'épidémie de grippe A (AFP)
Au vu de la situation mondiale actuelle, peut-on parler d'un emballement des pouvoirs publics ? En clair, les gouvernements en font-ils trop au nom du sacro-saint principe de précaution ? L'argent des fonds "grippe A" mis en place dans plusieurs pays européens et aux Etats-Unis est-il jeté par les fenêtres ?

Oui. Oui. Oui aux trois questions. On pouvait être circonspect au printemps quand les premiers cas ont été observés au Mexique, mais aujourd'hui après une vague épidémique modérée dans les pays de l'hémisphère sud, on est en droit de dire que la vague de grippe au Nord ne sera pas catastrophique. Les habitants du Sud sont en moins bonne santé que ceux du Nord, alors il n'y a aucune raison que l'épidémie soit pire chez nous. Mais on entretient l'angoisse en disant "Ah la la, si le virus mute..." Mais il mute tout le temps, le virus ! Et il n'a pas de raison de muter en pire comme ça d'un seul coup, entre l'hémisphère nord et l'hémisphère sud. Mais la peur est une arme puissante qui se soucie peu de rationalité. Et les ministres sont aussi ignorants et trouillards que le commun des mortels (et en plus, ils ont peur pour leur portefeuille) et comme ils sont très proches des industriels... et des médecins qui travaillent pour eux... Savez-vous que Sanofi-Aventis a décidé d'ouvrir une usine de fabrication de vaccins au Mexique quelques semaines avant que les premiers cas de grippe "porcine" n'aient été décrits et que la panique ne commence ?

Peut-on aussi parler d'un emballement médiatique ?

A partir du moment où les seuls experts consultés et consultables sont ceux qui font du catastrophisme, les médias suivent s'ils ne posent pas les bonnes questions. Mais on assiste à un retour de bâton dans les pays où les journalistes posent des questions appropriées et donnent la parole à des scientifiques non inféodés au pouvoir ou à l'industrie. Le pays le plus irrationnel en ce moment, à mon humble avis, c'est la France, où malheureusement, les journalistes scientifiques ne posent pas les questions de bon sens que j'entends poser en Angleterre, au Canada ou aux Etats-Unis. C'est tout le propos du blog que j'ai écrit sur passeportsanté.net. Il fallait tout reprendre depuis le début et expliquer pourquoi l'inquiétude est injustifiée.

Une femme reçoit une injection du vaccin contre la grippe A/H1N1 lors d'un test à l'université de l'Iowa le 11 août 2009 (AFP)
Une femme reçoit une injection du vaccin contre la grippe A/H1N1 lors d'un test à l'université de l'Iowa le 11 août 2009 (AFP)
Les vaccins, préparés et testés dans la précipitation, pourraient-ils être dangereux ?

Bien sûr. Au Canada, par exemple, les spécialistes freinent des deux pieds et recommandent que les vaccins soient correctement testés avant d'être mis sur le marché. Ne pas le faire dans les règles c'est contrevenir à toutes les règles éthiques qui ont été imposées à l'industrie depuis 30 ans, et faire courir des risques inconsidérés aux personnes vaccinées, qui sont en principe les plus fragiles !

Donc, oui, ça peut être dangereux, d'autant plus que la grippe A/H1N1 n'est pas du tout aussi grave qu'on nous le prédisait - et que certains continuent à le prédire avec des "si le virus mute"... Plus la maladie est grave, plus le risque des vaccins est acceptable. Plus elle est bénigne, et plus les risques des vaccins sont démesurés. A fortiori s'ils sont fabriqués à la hâte !

Tapez "Swine Flu 1976" dans Youtube et vous verrez un numéro de 60 minutes, l'émission d'information américaine de CBS datant de 1979 qui dénonce non seulement l'emballement des pouvoirs publics qui craignaient une épidémie de grippe porcine mais aussi les effets délétères du vaccin fabriqué à la hâte à l'époque et injecté à une grande partie de la population.

Un passager passe devant un détecteur de température à son arrivée à l'aéroport de Beyrouth le 20 août 2009.(AFP)
Un passager passe devant un détecteur de température à son arrivée à l'aéroport de Beyrouth le 20 août 2009.(AFP)
En cas de développement inquiétant de la pandémie, quel pays est vraiment prêt ? Et quel pays pourrait être décimé ?

Aucun. Il n'y a pas et il n'y aura pas de développement inquiétant de la pandémie. Si le virus avait été si agressif que ça, on l'aurait constaté dans l'hémisphère sud, où la population est en bien moins bonne santé qu'au Nord. Or, le nombre de morts dans le monde recensé par l'OMS est à l'heure actuelle inférieur à 2000, pour un nombre de personnes infectées qui doit être bien supérieur à 200 000 car les cas ne sont plus confirmés biologiquement. C'est très peu en regard de ce qui est observé chaque année après une épidémie "normale".

Parler de population "décimée", c'est à mon avis complètement faux et indécent, en regard de la morbidité du paludisme, du sida, de l'hépatite B en Afrique par exemple. La grippe n'aura jamais cette morbidité là. Elle l'a eu en 1918 dans une population mondiale extrêmement fragile. Mais cette population là a disparu. Si nous sommes 6 milliards et demi (ndlr : sur terre) c'est parce que nous sommes beaucoup plus solides qu'en 1918. Et la grippe n'est pas du tout la maladie la plus inquiétante aujourd'hui pour les populations les plus menacées.

De plus, comme le virus est très contagieux même en période estivale, on a de nombreux cas déjà en Amérique du Nord ou en Europe. Plus ces cas seront nombreux (et bénins) et plus les patients atteints, qui seront désormais immunisés, vont protéger les autres pendant l'hiver, car ils ne transmettront pas le virus. Il n'est donc pas exclu que la "pandémie" soit encore moins importante dans l'hémisphère nord, cet hiver, que dans l'hémisphère sud, puisque le virus s'y trouve déjà et immunise déjà un nombre croissant de personnes !!!!


Propos recueillis par Laure Constantinesco
24 août 2009

“Il faut vacciner les groupes à risques et les personnels de santé“

“Il faut vacciner les groupes à risques et les personnels de santé“
L'avis du professeur Olivier Lortholary, chef de service maladies infectieuses à l'hôpital Necker à Paris.

5 novembre 2009 - 7'41

Quel budget pour quelle maladie ?

Les moyens alloués par les pays pour lutter contre les grands fléaux

FONDS DÉPENSÉS OU COLLECTÉS
FONDS NÉCESSAIRES
BILAN MONDIAL DES DÉCÈS
SIDA
9,5 milliards d'euros dépensés en 2008

17,4 milliards d'euros nécessaires pour 2010
2 millions de morts en 2008
TUBERCULOSE 2,09 milliards d'euros collectés pour 2009
2,8 milliards d'euros pour soigner tous les malades en 2010
1,7 millions de morts en 2006
PALUDISME 1,04 milliards d'euros dépensés en 2007
4,2 milliards d'euros par an pendant plusieurs années pour éradiquer la maladie
2,5 millions de morts par an
GRIPPE A
Etats-Unis : 6,07 milliards d'euros

Royaume-Uni : plus d'1 milliard d'euros

France : 1 milliard d'euros
?
1799 morts (au 21 août 2009)

Source : OMS, ONUSIDA, Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme