Groupe Etat islamique : quels territoires et quelles forces armées ?

Ce 28 décembre : un militaire irakien brandit le drapeau national. La ville de Ramadi a été reprise par les forces irakiennes alors qu'elle était aux mains du Groupe Etat islamique depuis mai 2015. (AP Photo)

Malgré les annonces de victoires militaires de la coalition menée par les Etats-Unis, le groupe Etat islamique continue à maintenir son emprise en Syrie, en Irak, en Libye, et même… en Afghanistan. Bilan territorial et militaire du "Califat islamique", cette entité djihadiste mouvante et pourtant très organisée.

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Quelle est la taille du "Califat islamique", ce proto-Etat qui occupe une partie de l'Irak, de la Syrie et d'une petite enclave  libyenne ? La carte ci-dessous donne un aperçu des territoires contrôlés par l'EI (en noir), à cheval sur la Syrie et l'Irak ainsi que de l'enclave libyenne, et des pays où son influence est importante (passer le curseur sur chaque partie colorée pour obtenir des informations) :

Un proto-Etat de la taille du Royaume-Uni ?

En Libye, une partie de la région de la ville de Syrte, située à plus de 400 km de Tripoli, est sous contrôle de l'Etat islamique. Le port de Derna, à l'est du pays a été repris aux djihadistes de l'EI en juin, mais ceux-ci continuent leurs attaques depuis Al Fatayeh, à une vingtaine de kilomètres, dans les montagnes.

Le port de Derna en Libye, bien que repris à l'Etat islamique est encore sous les assauts des djihadistes

Sur les territoires irakiens et syriens, le Califat islamique autoproclamé s'est étendu en l'espace d'un an et demi d'une poignée de villes à un territoire aussi grand que le Royaume-Uni, si l'on regarde son implantation de façon globale. En gris, la zone contrôlée par l'EI sur les territoires syriens et irakiens : 

Légende :
(Wikipedia) Carte actualisée de la guerre d'Irak et de la guerre civile syrienne.

L'emprise administrative et militaire du groupe Etat islamique, dirigé par le calife

Al-Baghdadi s'étend potentiellement sur un territoire d'une superficie égale à celle du Royaume-Uni, soit 230 000 km2. Il est malgré tout difficile d'envisager cette zone comme un territoire homogène, qui pourrait être cartographié de la même manière qu'un Etat classique. Une carte plus précise datant de mai 2015 montre le "territoire gruyère" de l'EI, là où le groupe djihadiste est implanté et maîtrise l'espace géographique, social, économique et politique :

L'EI s'est aussi implanté depuis quelques mois en Afghanistan, dans la province de Nangarhar, d'où il a chassé — ou indifféremment recruté — les talibans présents dans cette zone. Cette récente expansion du groupe djihadiste en Afghanistan — où plusieurs groupes islamistes tels le bataillon al-Tawheed et la Brigade de l'Islam leur ont déjà prêté allégeance — laisse envisager une volonté du Califat autoproclamé à s'étendre au delà de la Syrie et de l'Irak, dans des pays proches.

Sous-traitance administrative et combattants étrangers


Le "système" de gouvernance du Califat islamique est basé sur une délégation administrative qui se met en place après avoir fait régner la terreur sur le lieu conquis. Ce sont la plupart du temps des personnalités locales de confession sunnite à qui sont confiées l'obligation de faire régner l'ordre par la "loi islamique" du Califat et de collecter les impôts. La "charte" établie par l'Etat islamique en Irak et au Levant (ainsi nommé à l'époque), en 2014 est d'une clarté effrayante (extraits, wikipedia) :

L'article 5 propose aux mécréants (opposants à l'islam) : « l'exécution, la crucifixion, l'amputation des bras ou (et) des jambes, ou l'exil ». L'alcool, le tabac et les drogues sont interdits (article 8). Les manifestations publiques, considérées comme contraires à l'islam sont interdites (articles 10). L'EIIL promet également la destruction des statues édifiées avant l'avènement de l'islam (article 13). Les femmes ne peuvent sortir que vêtues d'un niqab et accompagnées d'un membre de leurs familles (article 14). De plus l'EIIL rétablit également le statut de dhimmi pour les chrétiens de Mossoul, ces derniers doivent notamment payer un impôt spécial de 250 dollars par mois.

En Irak, de nombreux ex-soldats et ex-officiers de l'armée de Saddam Hussein se sont ralliés aux djihadistes du Califat, ainsi que des personnels des administrations publiques : les territoires conquis sont réellement administrés, avec un professionnalisme que n'envierait en rien celui de l'Etat irakien.

Les troupes de combattants djihadistes du Califat islamique de départ sont composées pour une bonne part d'anciens soldats sunnites irakiens s'étant rebellés contre la politique discriminatoire du Premier ministre chiite Nouri Al-Maliki, soutenu par l'administration américaine. Mais de nombreuses combattants provenant des groupes de combattants islamistes luttant contre l'armée régulière syrienne ont aussi rejoint les rangs du Califat. Des combattants étrangers ont renforcé les troupes dès 2013, avec une intensification de ces ralliements en 2014 et 2015. Les infographies de l'agence de conseil en sécurité "Soufan Group" indiquent les différentes provenance des contingents du groupe Etat islamique dans le monde. L'Europe, avec plus de 5000 djihadistes, est un pourvoyeur conséquent de recrues étrangères pour l'Etat islamique :

© The Soufan Group : 3700 combattants djihadistes européens sur 5000 proviennent de 4 pays : La France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la Belgique

Le plus grand nombre de recrues, par pays, provient de Tunisie, d'Arabie saoudite, de Russie, Turquie et Jordanie :
 

© The Soufan Group


Au final, la progression des combattant étrangers ralliant le groupe Etat islamique est importante, avec en tête, les pays du Moyen-Orient et du Maghreb.
 

Les spécialistes militaires estiment que le groupe Etat islamique est doté d'une armée de 100 000 à 125 000 hommes, dont 50 000 soldats.