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Guerre civile, armes chimiques, raids israéliens, un avenir de plus en plus incertain en Syrie

Jean-Paul Chagnollaud
Jean-Paul Chagnollaud

Le conflit syrien est-il en train de prendre un nouveau tournant ? Les tensions s'accentuent dans la région après que des raids israéliens aient détruit plusieurs positions militaires syriennes près de Damas les 3 et 5 mai 2013. Les attaques visaient des cargaisons d'armes iraniennes à destination du mouvement chiite libanais Hezbollah. Elles auraient tué 42 soldats syriens.

Par ailleurs, les soupçons d'utilisation d'armes chimiques se portent à présent sur les rebelles après avoir visé le régime de Bachar Al-Assad. C'est ce qu'a a affirmé Clara del Ponte, membre de la commission d'enquête indépendante de l'Onu sur les violences en Syrie.

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Le raid israélien - les faits

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“Les rebelles syriens auraient utiliser du gaz sarin“ affirme Carla Del Ponte, aussitôt démentie

06.05.2013
“Les rebelles syriens auraient utiliser du gaz sarin“ affirme Carla Del Ponte, aussitôt démentie

Un avenir imprévisible, selon Jean-Paul Chagnollaud

06.05.2013Propos recueillis par Fanny Bonjean.
Jean-Paul Chagnollaud, spécialiste du Proche-Orient et directeur de la revue Confluences méditerranée, tente d'évaluer le poids de ces derniers développements, raids israéliens et soupçons d'armes chimiques.

Quel est l'impact du raid israélien sur le conflit syrien ?

Je ne pense pas que les attaques israéliennes puissent fondamentalement infléchir le rapport de force aujourd'hui, si ce n'est peut-être dans l'affaiblissement du régime syrien sur le plan militaire. Mais paradoxalement, elles peuvent contribuer à aider le régime de Bachar Al-Assad sur un plan politique. Il a ainsi un argument de plus pour dire que c'est un complot international dont Israël fait partie. D'ailleurs les réactions de l'opposition syrienne sont des réactions syriennes : c'est une attaque d'Israël contre la Syrie. S'il y a un point sur lequel l'opposition et le régime pourraient être d'accord, c'est pour se rassembler contre Israël. Ca montre également à quel point la tragédie syrienne a des répercutions sur la région et est en train de la déstabiliser.

Un élargissement du conflit à la région est-il à craindre ?


C'est très difficile de répondre mais je ne pense pas que ce soit le début d'une escalade qui produirait un conflit ouvert, parce que s'il y avait un affrontement direct entre Israël et la Syrie, le régime de Bachar Al-Assad aurait tout à y perdre. Il peut utiliser une attaque ponctuelle, aussi grave soit-elle, dans son argumentaire, mais s'il y avait une vraie confrontation, il est évident que le régime syrien serait perdant. Il n'a pas les moyens de battre militairement Israël, il ne les a jamais eu.

On sait que le Hezbollah se bat aux côtés de l'armée syrienne, est-ce que vous pensez que l'Iran pourrait entrer en jeu ?


L'Iran n'a aucun intérêt à entrer dans un jeu comme ça. L'Iran joue toujours de manière indirecte mais il n'a jamais intérêt à une confrontation frontale. D'autant plus qu'il y a d'autres questions fondamentales pour le pays, comme celle du nucléaire.

La dernière attaque israélienne n'aurait pas visée des armes iraniennes à destination du Hezbollah libanais, mais un centre de production d'armes chimiques en Syrie. Est-ce qu'Israël prend là pied dans le conflit en estimant que la "ligne rouge" (des armes chimiques) a été dépassée ?

Les Israéliens sont d'abord préoccupés par leur propre sécurité. Je ne pense pas qu'ils aient le moindre intérêt à servir de relai aux Etats-Unis et aux Européens qui par ailleurs, sur cette affaire, sont dans une confusion assez remarquable. Les Américains font un pas en avant, deux pas en arrière ; les Européens font un demi pas en avant et dix pas en arrière.

Le soupçon d'utilisation d'armes chimiques par les rebelles va-t-il changer la posture de la Communauté internationale sur le conflit ?


Pour l'instant ça ne va rien changer. Ça va simplement accroître les hésitations déjà très fortes pour une intervention en Syrie. Et aujourd'hui on ne peut pas imaginer une intervention militaire occidentale : l'Onu est bloquée avec le conseil de sécurité or il ne peut pas y avoir d'intervention sans une légitimité onusienne. Mais une intervention indirecte peut être envisagée.

La Russie agit-elle de son côté ?

La Russie agit beaucoup. Elle est extrêmement présente à travers ses conseillers militaires, ses livraisons d'armes. Elle livre des hélicoptères, des missiles antimissiles... pour aider les Syriens s'il y avait une attaque extérieure.

Il faudrait selon vous que la communauté internationale agisse ?

La communauté internationale et en particulier les États-Unis, l'Europe, sont devant une alternative simple. Ils craignent d'intervenir, notamment par livraison d'armes, et pour des raisons qu'on peut comprendre. Mais ne pas intervenir, il faut bien voir que ça a des conséquences extrêmement lourdes à la fois pour les Syriens eux-mêmes, pour la stabilité de la région, et pour les intérêts des États-Unis et de l'Europe. Le plus dangereux aujourd'hui peut-être est de ne pas intervenir.