Haïti : des policiers québécois mis en cause pour inconduite sexuelle

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©RadioCanada

L'information révélée par Radio Canada fait beaucoup de bruit depuis mercredi. Plusieurs policiers québécois auraient eu des relations sexuelles avec des Haïtiennes, au cours de leur mission sous mandat de l'ONU dans ce pays. Selon nos confrères, des enfants seraient nés de ces relations.

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C'est une des règles de l'ONU :  il est interdit à son personnel d'avoir des relations sexuelles avec des résidents des pays au cours de leur mission sur place.

Selon les révélations de Radio Canada, trois policiers au total seraient en cause.  Deux agents de la police de la Ville de Montréal ont eu des enfants pendant qu'ils participaient à la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH).

L'un d'entre eux a eu un enfant avec sa femme de ménage haïtienne en 2013. Dénoncé par un collègue, le policier a écopé d'une suspension de neuf jours. Il est aujourd'hui à la retraite et selon Radio-Canada, il «aiderait la mère de son enfant en Haïti».

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Un enfant serait aussi né d'une autre relation entre un policier et une résidente haïtienne en 2012.  Celle-ci aurait porté plainte. Le policier a écopé d'une suspension de cinq jours. Un troisième policier, cette fois-ci de la Sûreté du Québec serait dans l'attente d'une audience disciplinaire à la suite d'un comportement sexuel inapproprié. Selon Radio-Canada, il aurait eu des relations sexuelles avec plusieurs femmes. Ce serait l'une d'entre elle qui l'aurait dénoncé.

Lutter contre l'impunité


Cette affaire a eu des échos jusqu'aux Nations unies à New York, qui depuis plusieurs années doit faire face à plusieurs scandales sexuels au sein de ses troupes déployées à travers le monde. Lors d'une réunion du Conseil de sécurité, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, a publiquement évoqué le cas des policiers montréalais, jugeant insuffisante la sanction disciplinaire de 9 jours de suspension appliquée à l'un d'eux.

Radio Canada cite également un ancien policier de la MINUSTAH, resté anonyme. "Ces gens-là quittent le pays et abandonnent des jeunes enfants. C'est malheureux. Les femmes n'ont pas d'argent pour manger, alors elles ne prendront sûrement pas un avocat pour poursuivre le policier qui est parti. Le but de l'opération, c'est d'aider les Haïtiens, pas d'aggraver leur cas."


Depuis 2007, il y a eu 70 allégations d'agressions sexuelles commises par des membres de la MINUSTAH. Aucun de ces agents n'a été traduit devant une cour de justice haïtienne.

Seule exception, en 2012, 4 des 5 soldats uruguayens qui avaient agressé sexuellement un jeune Haïtien ont été condamnés. Johny Jean, 18 ans avait été enlevé et introduit de force à l’intérieur de la base uruguayenne à Port-Salut (sud) où il avait été violé par des militaires des Nations Unies, selon un rapport d’enquête du réseau national de défense des droits humains (Rnddh), paru le 5 septembre 2012. Les agresseurs avaient filmé le viol. Cette vidéo, publiée sur internet, avait soulevé une très vive émotion et provoqué d'importantes manifestations en Haïti. Le chef du bataillon uruguayen de la mission de l'ONU en Haïti avait été démis de ses fonctions.

Une vingtaine d'enfants seraient nés depuis 2010 un peu partout dans le monde, fruits de relations entre des policiers de l'ONU en mission et des résidentes des pays où étaient déployées ces troupes, une quinzaine a vu le jour en Haïti. L'ONU étudierait actuellement le projet de créer un fonds spécial pour venir en aide aux victimes en Haïti et ailleurs dans le monde.