Haïti : l'opposition rejette l'élection validée

Scènes de contestation des résultats officiels de l'élection présidentielle à Port-au-Prince le 3 janvier 2017.<br />
<sub>(AP Photo/Dieu Nalio Chery) </sub>
Scènes de contestation des résultats officiels de l'élection présidentielle à Port-au-Prince le 3 janvier 2017.
(AP Photo/Dieu Nalio Chery)

Précipitamment saluée par la communauté internationale, validée mardi soir par le Conseil électoral provisoire, la victoire de Jovenel Moïse à l'élection présidentielle haïtienne reste sur place contestée par … la plupart de ses concurrents qui dénoncent un "coup d'Etat électoral".

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C'est devenu un classique : les préférences des chancelleries sont rarement celles de la rue haïtienne. Précipitamment saluée par une communauté internationale qui avait pourtant boudé le scrutin, validée mardi soir par le Conseil électoral provisoire, la victoire de Jovenel Moïse à l'élection présidentielle de Haïti reste sur place contestée par … la plupart de ses concurrents qui dénoncent un "coup d'Etat électoral".

"Fanmi Lavalas n'acceptera pas ce coup d'Etat électoral", indiquait ainsi un communiqué du parti de Maryse Narcisse, arrivée quatrième du scrutin. "Notre organisation ne reconnaîtra aucun résultat du CEP tant que la vérification qui devait être faite ne sera pas poursuivie comme il le faut et comme le décret électoral l'exige".

Jude Célestin, arrivé deuxième, et Moïse Jean-Charle, classé troisième, avaient également déjà contesté, tout comme Mme Narcisse, les résultats préliminaires du scrutin tenu le 20 novembre.

Le tribunal électoral avait exigé la vérification de 12% des procès verbaux issus des bureaux de vote, mais après plus d'une semaine d'analyse, les juges ont conclu qu'il n'y avait "pas eu de fraudes massives".

Cela n'empêche pas les trois contestataires de refuser ce verdict, arguant que les opérations de vérifications n'ont pas été réalisées correctement.

A l'instar de Maryse Narcisse, Moïse Jean-Charles refuse de reconnaître la victoire de Jovenel Moïse et appelle directement à la mobilisation citoyenne.

"Ou bien on bouge et on revendique nos droits ou bien on accepte ce coup d'Etat électoral, on reste assis chez nous et on abandonne le pays à des marchands: il faut faire un choix", a déclaré mercredi le candidat sur les ondes d'une radio privée de la capitale. "Quand la loi se pose contre le peuple, le peuple est obligé d'être hors-la-loi", a encore lancé Moïse Jean-Charles, refusant d'expliquer le sens de ces propos.

Jude Célestin, lui, n'avait pas encore réagi mercredi, au lendemain de l'annonce officielle des résultats.

Ce refus de reconnaître leurs défaites contraste avec les messages de félicitations émis par la communauté internationale pour saluer la fin de cet interminable processus électoral entamé en octobre 2015.

La France a félicité "chaleureusement" mercredi le nouveau président haïtien Jovenel Moïse et a assuré le pays de son soutien.

"Je félicite chaleureusement M. Jovenel Moïse", a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, qui s'est rendu à Haïti en décembre.

"Je souhaite que ces résultats définitifs permettent à Haïti de sortir de la crise institutionnelle et de se consacrer pleinement aux défis qui pèsent sur la vie quotidienne de la population", a-t-il ajouté dans un communiqué.


L'Organisation des Etats américains "se félicite de la conclusion d'un processus électoral qui, bien qu'ayant été long et complexe, a permis au pays de poursuivre la voie du renforcement démocratique", indique un communiqué diffusé mercredi.

Devant les contestations renouvelées des candidats vaincus, la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU en Haïti, avec le groupe d'ambassadeurs accrédités dans le pays ("Core group"), "encourage tous les acteurs à respecter les résultats définitifs et à travailler de manière constructive à l'achèvement pacifique du cycle électoral".

Jovenel Moïse doit prendre le pouvoir le 7 février.