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Haïti : un sénateur élu expulsé vers les Etats-Unis

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Commentaire de Baptiste Charbonnel

Guy Philippe vient d'être arrêté et transféré aux Etats-Unis, où il fait l'objet d'un mandat d'arrêt pour trafic de drogue et blanchiment d'argent depuis douze ans.

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Visé par un mandat d'arrêt émis en 2005 par un tribunal fédéral américain, Guy Philippe a été arrêté jeudi près de Port-au-Prince par des policiers de la brigade haïtienne de lutte contre le trafic de stupéfiants (BLTS). Il a été transféré par avion aux Etats-Unis dans la foulée, où il a comparu devant un juge fédéral américain dès vendredi. 

Guy Philippe "est à Miami pour répondre de chefs d'accusation fédéraux" devant un tribunal de Floride, avait indiqué dans la matinée Sarah Schall, une porte-parole du ministère américain de la Justice (DoJ). Le DOJ a fait savoir dans un communiqué en fin d'après-midi que Guy Philippe avait été inculpé en 2005 de trois chefs d'accusation, dont complot pour importer des stupéfiants, blanchiment d'argent et transactions financières portant sur des biens issus d'une activité illégale.

Lors de sa comparution devant le juge fédéral Barry Garber, du Southern District de Floride, il a été maintenu en détention sans possibilité de libération sous condition dans l'attente d'une audience d'inculpation le 13 janvier. Son avocat a d'ores et déjà annoncé que l'élu haïtien plaidera "non coupable".

Selon l'acte d'accusation, évoqué par le ministère, il est soupçonné de s'être entendu avec des complices entre 1997 et 2001 pour importer plus de 5 kilos de cocaïne aux Etats-Unis, et de s'être livré avec eux, entre 1999 et avril 2003, à des opérations de blanchiment d'argent pour dissimuler leur participation à des activités criminelles, dont du trafic de drogues. Guy Philippe a toujours nié être impliqué dans un quelconque trafic de drogues.

Personnage controversé

Personnage controversé, il a été élu en novembre sénateur du département de la Grande Anse. Guy Philippe est proche du nouveau président élu Jovenel Moïse, qui doit entrer en fonctions le 7 février.

Récemment élu sénateur en Haïti, cet homme de 48 ans n'est autre que le chef militaire qui, en 2004, chassait du pouvoir le président Jean-Bertrand Aristide. Elu sénateur en novembre, il ne bénéficiait pas encore d'une immunité car sa prestation de serment devait intervenir lundi prochain.

Il s'était fait connaître en 2004 pour avoir mené une rébellion armée ayant abouti au départ précipité à l'étranger du président Jean-Bertrand Aristide. Ce dernier était également contesté lors de grandes manifestations.

De plus, le bureau des affaires criminelles de la police nationale d'Haïti a conclu en juillet que le candidat à son premier mandat électoral était le cerveau d'une attaque perpétrée en mai contre le commissariat de la ville des Cayes (sud). Ce qu'il a nié.

Un message au nouveau Parlement ?

L'arrestation de M. Philippe avait provoqué jeudi soir la colère d'élus, qui ont dénoncé un acte illégal. Mais, s'il était protégé de toute poursuite pendant la campagne électorale, ce n'était plus le cas jeudi.

Le Centre pour la recherche économique et politique (CEPR), groupe de réflexion basé à Washington, a estimé en citant une source proche du gouvernement haïtien que les Etats-Unis voulaient peut-être "envoyer un message" au nouveau Parlement, qui comprend d'autres personnalités accusées de corruption et de trafic de drogue.

"D'autres parlementaires, à la Chambre des députés ou au Sénat, ont des passés douteux", a ainsi relevé Pierre Espérance, directeur du Réseau national de défense des droits humains à Port-au-Prince. "Haïti est un petit pays, tout le monde connaît les délinquants, les bandits, tous ceux qui jouissent de l'impunité et de la corruption, et malheureusement la justice protège les trafiquants de drogue mais pas la société".