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Hiroshima : 70 ans après, l'horreur de la bombe toujours dans les mémoires

Le nuage atomique provoqué par l'explosion à 600 mètres d'altitude, au dessus du centre ville d'Hiroshima, de la bombe nucléaire américaine le 6 août 1945
Le nuage atomique provoqué par l'explosion à 600 mètres d'altitude, au dessus du centre ville d'Hiroshima, de la bombe nucléaire américaine le 6 août 1945
(Photo : AP)

La bombe atomique larguée par l'armée américaine au dessus de la ville d'Hiroshima, le 6 août 1945 à 8h16 du matin, a tué instantanément près de 100 000 personnes. 70 ans après, cette blessure profonde pour le Japon et pour l'humanité dans son ensemble, n'est toujours pas refermée.

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"Le ciel était parfaitement bleu, et ce fut comme un flash de dix mille soleils qui le déchirait" : ainsi les témoignages des survivants du bombardement d'Hiroshima du 6 août 1945 se succèdent et se ressemblent.

"Leurs visages étaient complètement brûlés, leurs orbites vides, et le fluide de leurs yeux fondus coulait sur leurs joues"
Ces récits retracent toute l'horreur de ce "premier pas" de l'humanité dans l'ère nucléaire : les victimes aux visages brûlées, les arbres déracinés, projetés dans les airs par le souffle de la bombe. Les souvenirs de ceux qui ont réchappé à l'explosion de la première bombe nucléaire larguée par les Etats-Unis d'Amérique en ce sinistre jour, défient l'imagination.

Deux rescapés du bombardement assis dans une banque à moitié détruite et reconvertie en hôpital de fortune, près du centre d'Hiroshima, deux mois après l'explosion : le 6 octobre 1945. 
Deux rescapés du bombardement assis dans une banque à moitié détruite et reconvertie en hôpital de fortune, près du centre d'Hiroshima, deux mois après l'explosion : le 6 octobre 1945. 
(Photo : AP)


Le journaliste américain John Hersey fut l'un des premiers à se rendre sur place et son reportage reste dans toutes les mémoires, stupéfiant récit d'un "massacre technologique depuis les airs" aux multiples conséquences encore présentes aujourd'hui :

"Un nuage de poussière commença à s’élever au-dessus de la ville, noircissant le ciel comme une sorte de crépuscule. Des soldats sortirent d’une tranchée, du sang ruisselant de leurs têtes, de leurs poitrines et de leurs dos. Ils étaient silencieux et étourdis. C’était une vision de cauchemar. Leurs visages étaient complètement brûlés, leurs orbites vides, et le fluide de leurs yeux fondus coulait sur leurs joues. Ils devaient sans doute regarder vers le ciel au moment de l’explosion. Leurs bouches n’étaient plus que blessures enflées et couvertes de pus...
Des maisons étaient en feu. Et des gouttes d’eau de la taille d’une bille commencèrent à pleuvoir. C’étaient des gouttes d’humidité condensée qui tombaient du gigantesque champignon de fumée, de poussière et de fragments de fission qui s’élevait déjà plusieurs kilomètres au-dessus de Hiroshima. Les gouttes étaient trop grosses pour être normales. Quelqu’un se mit à crier : « Les Américains nous bombardent d’essence. Ils veulent nous brûler ! » Mais c’étaient des gouttes d’eau évidemment, et pendant qu’elles tombaient le vent se mit à souffler de plus en plus fort, peut-être en raison du formidable appel d’air provoqué par la ville embrasée. Des arbres immenses furent abattus ; d’autres, moins grands, furent déracinés et projetés dans les airs où tournoyaient, dans une sorte d’entonnoir d’ouragan fou, des restes épars de la cité : tuiles, portes, fenêtres, vêtements, tapis...
" (John Hersey, Hiroshima, 1946)
Cette "date maudite" n'est pas commémorée de manière uniforme dans le monde.  Des milliers de Japonais se réunissent depuis des décennies dans le Parc de la paix d'Hiroshima chaque 6 août, mais ils sont plus de 50 000 à s'y réunir depuis la catastrophe de Fukushima survenue au printemps 2011. Cette commémoration est certainement la plus importante au monde.

Activistes hongrois de l'ONG GreenPeace étendus sur le sol et "jouant les morts" pour dénoncer le bombardement d'Hiroshima, devant le Parlement, le 6 août 2009
Activistes hongrois de l'ONG GreenPeace étendus sur le sol et "jouant les morts" pour dénoncer le bombardement d'Hiroshima, devant le Parlement, le 6 août 2009
(Photo : AP/MTI, Laszlo Beliczay)
Les câbles de Wikileaks révélés cette même année 2009 ont démontré que le président Barack Obama avait demandé au Premier ministre Japonais de pouvoir se rendre à la commémoration d'Hiroshima pour présenter les excuses des Etats-Unis, et s'était vu retourner… une fin de non-recevoir.

Ailleurs dans le monde, des manifestants pour la paix et le désarmement nucléaire viennent, en petit nombre, rappeler par leur présence le "monstrueux événement", suivi trois jours plus tard du largage d'une deuxième bombe nucléaire sur la ville de Nagazaki — bombe encore plus puissante que celle d'Hiroshima —  qui détruisit la vie de 60 à 80 000 personnes.

Hiroshima est une marque indélébile dans l'histoire, celle du pouvoir de destruction sans limites que l'humanité possède depuis lors. L'arme nucléaire a changé la face du monde, et c'est à Hiroshima qu'elle a débuté son règne effrayant, de destruction aveugle, puis ensuite de dissuasion, qui — comme chacun l'espère — conservera cette unique  fonction. Pour finalement disparaître ?

 


Reportage France Culture en 2005, pour les 60 ans du bombardement d'Hiroshima :

"Hiroshima 6 août 1945, 8h15. Le bombardement de la ville est raconté de plusieurs points de vue. Des survivants témoignent de l’horreur, de la destruction et aussi de la vie qui reprend  dans les semaines, les mois et les années suivantes : la mort des proches, le silence et la culpabilité d’être vivant.  La dureté aussi d’une existence passée à se taire."