Hollande au Brésil : deux jours pour vendre la France

Le président français François Hollande et la présidente brésilienne Dilma Roussef en 2012 à l'Elysée / Photo AFP
Le président français François Hollande et la présidente brésilienne Dilma Roussef en 2012 à l'Elysée / Photo AFP

Dans une Europe en crise, et alors que la France peine à s’imposer en Chine, l’Amérique Latine est au centre d’une attention particulière. Explications à l’occasion de la visite de François Hollande au Brésil, les 12 et 13 décembre 2013.

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La France peut-elle trouver de la croissance et de l’emploi en Amérique latine ? Au Quai d’Orsay, on vante l’ampleur des efforts réalisés en direction du continent sous la présidence Hollande, tant sur le plan politique qu’économique : près de 35 ministres se sont rendus en Amérique du Sud en un an, « presque autant que pendant tout le mandat précédent ». Et pour marquer l’importance de ce voyage présidentiel, ce sont huit ministres (dont certains seront également de la visite en Guyane) et une quarantaine de chefs d’entreprises, qui ont été invités à bord de l’avion présidentiel. François Hollande s’entretiendra également, pour la troisième fois en seulement dix-huit mois, avec Dilma Roussef, son homologue brésilienne.

Pour souligner l’attention actuelle portée à l’Amérique latine, un diplomate rappelait, en amont de la visite, le nombre important de présidents latino-américains – six au total – reçus par François Hollande depuis son entrée en fonction à l’Élysée. Annoncée comme « courte mais dense », cette étape brésilienne vise un doublement du montant des échanges commerciaux entre la France et la première puissance d’Amérique latine d’ici 2020.


Entreprises au Brésil / Photo AFP
Entreprises au Brésil / Photo AFP
Un objectif réaliste ?

« Entre cinq et six cents entreprises françaises sont implantées au Brésil. En dix ans, le montant des échanges franco-brésiliens a déjà doublé », se félicite Benoit d'Iribarne, président de la Chambre de Commerce Franco-Brésilienne (CCFB), tout en soulignant la bonne résistance des entreprises françaises face à la décélération de l’économie brésilienne depuis 2011. « Ce n’est pas l’eldorado ; il y a, par exemple, des difficultés dans le secteur industriel. Mais dans le commerce et les services, il y a encore des places à prendre. D’autant que les entreprises françaises bénéficient plutôt d’une image positive : nous sommes perçus comme moins arrogants ou rigides que nos amis d’Europe du Nord ou d’Amérique du Nord », s’enthousiasme le responsable de la CCFB.

Consolider les échanges commerciaux entre la France et le Brésil / Photo AFP
Consolider les échanges commerciaux entre la France et le Brésil / Photo AFP
Questions d'exportations

La signature de trois grands contrats en matière d’énergie et de télécommunications civiles et militaires (voir encadré) renforce le bilan commercial positif de la France avec le Brésil, déjà excédentaire de 405 millions d’euros en 2012. Mais à y regarder de plus près, le bilan des exportations françaises paraît moins flamboyant, une fois dissipé l’effet d’annonce lié à ces accords. « Depuis vingt ou trente ans, la France a clairement perdu du terrain au Brésil, remarque Pierre Salama, un économiste spécialiste de l’Amérique latine. A l’image, d’ailleurs, du déclin de sa position dans le commerce international. En moyenne, ces dernières années, le montant des exportations françaises reste deux fois inférieur à celui que l’Allemagne réalise habituellement au Brésil ». En effet, l’ensemble des ventes françaises vers le Brésil ne représente que 1 % des exportations totales françaises en 2012, le Brésil figurant en 20ème position dans la liste des principaux acheteurs de produits fabriqués France. Un classement plutôt insuffisant à l’aune d’un partenariat stratégique entre les deux pays impulsé en 2008.

Aéroport de Brasilia / Photo AFP
Aéroport de Brasilia / Photo AFP
Beaucoup d’investissements, peu d’exportations

Par ailleurs, les capitaux français – la France est le 5ème investisseur au Brésil -  génèrent aujourd’hui 500 000 emplois dans la plus grande puissance d’Amérique latine. Tandis que la douzaine d’entreprises brésiliennes implantées en France ne représentaient que 1200 emplois dans l’Hexagone en 2012. D’où la volonté exprimée par la France, « d’attirer aussi des investissements brésiliens en retour », au moment où les capitaux entrants issus des pays émergents – Chine et Inde en tête – sont en progression, et représentaient déjà 8% des investissements étrangers en France en 2012.

Opération séduction

Lors d’une rencontre prévue vendredi matin avec le patronat brésilien à Sao Paulo, François Hollande devrait donc troquer son costume de VRP pour celui de conseiller en investissement, en vantant l’attractivité d’une France affutée par les crédits d’impôts 'recherche et compétitivité'. A-t-il une chance de séduire des investisseurs ? « Pour le moment, les grandes entreprises brésiliennes concentrent leurs investissements dans le Mercosur, car les marchés sont assez semblables, estime Sherban Leonardo Cretoiu, économiste et coordinateur d’un rapport annuel sur les multinationales brésiliennes pour la Fondation Dom Cabral. Mais il n’y a pas de résistance ou de doutes sur l'attractivité de la France. L’équation est simplement délicate, car investir en France, c’est à la fois se confronter à un faible taux de croissance européen et entrer sur un marché ultra-compétitif ». Tout aussi sceptique, Pierre Salama estime que « le Brésil dispose de quelques fleurons qui peuvent exporter des capitaux, mais ils le font surtout sur des secteurs comme les matières premières. En réalité, si l’on devait attendre que le Brésil nous aide à créer de l’emploi, ce serait plus par le développement des exportations que par des investissements brésiliens en France ».

Un sommet du Mercosur en 2012 / Photo AFP
Un sommet du Mercosur en 2012 / Photo AFP
Pour faciliter l’intensification de leurs relations économiques, les deux dirigeants sociaux-démocrates souhaitent ouvrir des discussions entre l’Union européenne et le Mercosur. Un chantier qui s’avère titanesque, tant les différends idéologiques entre pays bolivariens, libéraux et sociaux-démocrates au sein de la zone Mercosur sont importants. Sans oublier la position du Brésil sur les subventions agricoles, qui demande l’abolition pure et simple de politique agricole commune – et qui pourrait également être un casus belli pour la France.

Toujours est-il qu’un échec des négociations avec le Mercosur ne mettrait pas réellement en danger les flux commerciaux franco-brésiliens. « Si les capitaines d’industries font preuve de plus d’initiatives et compte tenue du fait que le commerce mondial croît de plus en plus rapidement, un doublement des flux commerciaux est un objectif accessible, même si la situation économique du Brésil reste très incertaine », estime l’économiste Pierre Salama.

3 gros contrats remportés par des entreprises Françaises au Brésil

Trois grandes entreprises françaises ont signé d’importants contrats au Brésil. C’est Areva qui remporte le plus gros contrat pour la construction d’un troisième réacteur nucléaire dans la centrale d’Angra, pour un montant de 1,25 milliards d’euros.

Thalès et Arianespace remportent quand à eux un appel d’offre concernant la construction et le lancement d’un satellite de télécommunications brésilien civil et militaire, pour un montant de 400 millions d’euros.

Enfin Total se positionne en partenariat avec Pétrobras, sur le forage et l’exploitation d’un puits de pétrole off-shore à Libra, au large de Rio de Janeiro.