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Hollande félicité, l'Europe troublée

Le soir même de son élection, dimanche 6 mai 2012, le socialiste François Hollande a été félicité par ses principaux partenaires européens... avec plus ou moins de sincérité. Le plupart de ceux-ci ne l'avaient guère soutenu lors de sa campagne électorale. Lui qui défend l'idée d'un pacte de croissance devra négocier âprement avec les défenseurs d'une austérité à tout prix.

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C'est bien naturel mais cela va mieux en le disant sans trop attendre : poids lourds de l'union européenne, la chancelière allemande Angela Merkel et le premier ministre britannique David Cameroun, se sont empressés de féliciter le nouveau président français dès l'annonce de sa victoire, sur son portable.

« Ils sont impatients de travailler étroitement ensemble et de construire une relation très proche qui existe déjà entre le Royaume Uni et la France », a déclaré le porte-parole de David Cameron. A Berlin, un communiqué publié vers 23 heures le 6 mai au soir indiquait qu'Angela Merkel et François Hollande étaient tous deux « d'accord  sur l'importance des relations étroites entre la France et l'Allemagne et se sont assurés l'un et l'autre d'aspirer à une étroite coopération dans la confiance ». Il est aussi précisé que la chancelière a invité le nouveau président français "à se rendre à Berlin le plus tôt possible après son entrée en fonction". Message entendu : François Hollande a confirmé que sa première visite à l'étranger serait réservée à l'Allemagne. Mais les discussion risquent d'être âpres. Car si la chancelière Angela Merkel assure qu'elle accueillera François Hollande à Berlin "les bras ouverts", elle précise ses lignes rouges ... qui sont exactement à l'opposé du programme du nouveau président français: "le pacte budgétaire n'est pas négociable", a martelé la chancelière conservatrice. "Il n'est pas possible de tout renégocier après chaque élection" car dans ces conditions "l'Europe ne fonctionne plus", a-t-elle lancé, soulignant que ce traité avait été approuvé par 25 pays de l'Union européenne.


Des ex-sarkozistes

Pendant la campagne électorale, ni Cameroun ni Merkel n'avaient accepté de recevoir le candidat Hollande. Tout deux avaient donné leur soutien à son adversaire Nicolas Sarkozy.  Celui-ci soutenait la politique du « tout austérité » pour juguler la crise de la dette, alors que le socialiste François Hollande défendait la mise en oeuvre  d'un pacte de la croissance. Idée qu'il a placée au coeur de son programme et qu'il a de nouveau défendue le soir même de son élection lors de son premier de président : « L'Europe nous regarde… et au moment où les résultats ont été proclamés, je suis sûr que, dans bien des pays européens, ça a été un soulagement, un espoir, l'idée qu'enfin l'austérité pouvait ne plus être une fatalité. »

Des compromis ?

Conscients de leur isolement grandissant et d'une croissance qui tend à ralentir, les responsables allemands commencent à parler d'un « pacte de croissance  pour plus de compétitivité ». Mais contrairement à François Hollande qui envisage surtout de grands projets industriels et environnementaux pour relancer l'économie européenne, ils misent surtout sur des réformes structurelles. Mais des compromis semblent désormais possibles.
David Cameron, lui, continue en revanche d'afficher une certaine fermeté. Vendredi dernier, deux jours avant le second tour de la présidentielle française, il a affirmé qu'il maintiendrait la politique d'austérité qu'il mène depuis son arrivé au pouvoir en mai 2010. Et ce malgré la récession qui frappe son pays depuis janvier et le revers de son parti à des élections municipales partielles.

Le Premier ministre britannique se doit de rassurer la puissante City. Lors de son passage à Londres, en février dernier, François Hollande avait appelé à « plus de réglementation partout », ce qui avait suscité des craintes sur la première place financière européenne.

Réactions en Italie, Pologne et Autriche

Dans le reste de l'Union européenne, les réactions ont dans l'ensemble été plus sincèrement positives. Franchement enthousiaste pour le Premier ministre belge Elio di Rupo, l'un des rares socialistes au pouvoir en Europe et présent à Paris le soir de l'élection. Celui-ci salue "un ami qui devient président de la République", dont les propositions économiques vont selon lui avoir un "impact positif" en Europe.

Plus nuancé mais compréhensif, le libéral italien Mario Monti qui a succédé avec le soutien de Bruxelles à Berlusconi, a émis le désir de "collaborer étroitement avec la France, en particulier dans le cadre européen", dans un message de félicitations adressé par téléphone à François Hollande. Cette collaboration étroite doit avoir pour « objectif une union toujours plus efficace et orientée vers la croissance ». Ne voulant pas trahir son camp, Mario Monti a aussi indiqué que « la discipline du budget public doit rester un élément de l'union économique et monétaire […]. Il est important pour les pays de s'en tenir à une finance publique responsable. »

En Pologne, l'élection de François Hollande a été saluée comme une bonne nouvelle. « La France peut-être désormais plus ouverte à la voix, à la sensibilité et aux besoins d'autres peuples et Etat », a déclaré le conseiller politique du président polonais, le conservateur Bronislaw Komorowski, qui avait reçu le candidat socialiste en mars. 

Pour le chancelier autrichien, Werner Faymann, socio-démocrate, l'élection de François hollande représente « une grande chance de prendre des décisions dans l'Union européenne qui ne soient pas seulement des mesures d'économie mais aussi de tirer les conséquences de la crise.» L'arrivé d'un président socialiste à la tête de la France pourrait aussi faire avancer « les discussions en direction d'une taxe sur les transactions financières», a-t-il ajouté, dont les revenus pourraient être investis dans l'éducation et la lutte contre le chômage. Mais le chancelier ne s'attend pas à un changement radical : « les mesures d'économie sont inévitables dans le contexte actuel».

L'élection de Hollande fait bouger les lignes politiques en Europe

07.05.2012AFP
L'arrivée au pouvoir de François Hollande amorce un début de rééquilibrage en faveur de la gauche en Europe et de la priorité donnée à la croissance face à l'Allemagne d'Angela Merkel, qui entend toutefois veiller au grain sur la discipline budgétaire. Après les défaites de Gordon Brown en Grande-Bretagne, de José Luis Zapatero en Espagne, de José Socrates au Portugal et l'éviction de Georges Papandréou en Grèce, dont le parti a été étrillé dimanche lors des élections législatives, la victoire de François Hollande met un peu de baume au coeur de la gauche européenne.
Sur les vingt-sept pays du bloc, tout juste une dizaine comptent des socialistes au pouvoir. Et parfois seulement en coalition.
Les responsables socialistes en Europe n'ont pas perdu de temps, sitôt le résultat de l'élection présidentielle française connue, pour appeler à un changement de cap dans la politique économique du continent, tel le Premier ministre belge, Elio Di Rupo, qui a demandé "une stratégie ambitieuse de relance".
Le président élu français peut se targuer d'une première victoire: la question de la croissance, occultée jusqu'alors par les programmes de rigueur budgétaire imposés par la crise de la dette, s'est imposée au centre du débat.
Une initiative européenne en ce sens, déjà dans les tuyaux et financée par des fonds de l'UE, est en préparation en vue d'un sommet européen fin juin. La campagne de Hollande a permis de débloquer les dossiers en suspens et l'Allemagne y est prête.
"Les lignes bougent, chez Mario Monti (chef du gouvernement italien), Mario Draghi (le président de la Banque centrale européenne) ou même Merkel", estime Dominique David, directeur de l'Institut français des relations internationales.
Ce volet complémentaire de croissance suffira-t-il toutefois à François Hollande pour accepter de ratifier le pacte de discipline budgétaire renforcée exigé par la chancelière allemande? Ou voudra-t-il ouvrir d'autres chantiers tabous à Berlin comme le statut de la Banque centrale européenne ou les euro-obligations?
Une chose semble acquise: "il n'y aura pas de renégociation du traité" budgétaire, estime Dominique David. Ce qui donne aux tensions de la campagne électorale sur le sujet entre l'Allemagne et le camp Hollande des allures de jeu de rôles.
François Hollande a laissé penser jusqu'au bout qu'il voulait renégocier, pour entretenir l'ambiguité, alors qu'en privé son entourage a très tôt siginifié que le contenu du texte pouvait être difficilement rouvert.
Le chef du gouvernement italien Mario Monti a proposé ses services pour jouer les bons offices. "L'Italie occupe une bonne position pour aider la France et l'Allemagne à trouver un nouvel équilibre si la question se pose", vient-il de promettre.
L'homme est loué d'une part par Angela Merkel pour avoir mis en place une difficile politique de réformes dans son pays. Mais de l'autre il plaide pour une lecture plus souple des règles européennes de discipline budgétaire, qui sied à François Hollande.
M. Hollande est attendu en Europe sur un autre dossier urgent, le montant et le contenu du futur budget pluri-annuel de l'Union européenne (2014-20) qui doit être décidé en principe cette année, avec de premières discussions sérieuses fin juin.
Le socialiste s'est montré peu disert sur le sujet. Reprendra-t-il à son compte la ligne dure de son prédécesseur Nicolas Sarkozy qui exigeait un gel du budget et de la contribution française, tout en refusant qu'on touche aux subventions agricoles? Ou se montrera-t-il plus souple?
Les partenaires de la France sont également impatients de savoir si le futur chef de l'Etat marquera une rupture de méthode sur les dossiers européens.
Là où Nicolas Sarkozy avait opté pour une gestion inter-gouvernementale offensive de l'Europe, résumée au couple "Merkozy", François Hollande a laissé entendre au cours de la campagne qu'il entendait se montrer plus respectueux du rôle des institutions européennes.
Il a aussi repris à son compte de nombreuses propositions de l'exécutif européen sur la croissance, comme les grands emprunts.
"François Hollande est un héritier de Jacques Delors et un allié objectif de la Commission. Pour cette raison on peut s'attendre à ce que la Commission ne cherche pas l'affrontement immédiat avec lui, y compris sur les questions budgétaires", pronostique un diplomate de haut rang.
De fait, l'exécutif européen a adressé des signaux conciliants à François Hollande en promettant ce week-end que le pacte de stabilité ne serait pas appliqué de manière "stupide".