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Hong Kong : guérilla technologique entre Pékin et manifestants

Manifestation lumineuse à l'aide de smartphones à Hong Kong lors de la troisième nuit d'Occupy Central (Photo : AFP)
Manifestation lumineuse à l'aide de smartphones à Hong Kong lors de la troisième nuit d'Occupy Central (Photo : AFP)

Les manifestations à Hong Kong ne faiblissent pas avec, comme conséquence, une intensification de la censure. Craignant la contamination du mouvement Occupy Central en dehors de Hong Kong, Pékin tenterait d'étouffer les capacités techniques des manifestants pro-démocratie sur place. Une nouvelle forme de guérilla technologique a-t-elle débuté ?

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A Hong Kong, les étudiants se regroupent à heures dites, organisent des réapprovisionnements de vivres, racontent les événements sur des blogs avec leurs smartphones. Les manifestants d'Occupy Central sont jeunes, connectés et réactifs. Le pouvoir chinois le sait et a déjà censuré les réseaux sociaux Twitter et Facebook, ainsi que Youtube et, depuis dimanche dernier, Instagram. Accéder à Internet ou passer des appels depuis un mobile est toujours possible à Hong Kong, mais de plus en plus difficile du fait de la surcharge des connexions.

Parades techniques

Face aux interdictions et limitations techniques du pouvoir, des parades sont possibles, que les manifestants hongkongais ont rapidement mises en œuvre. L'une d'elles est l'application pour smartphones FireChat, développée par une startup française basée en Californie, Open Garden. 100 000 nouveaux comptes FireChat ont été créés au cours de la journée de dimanche dernier. FireChat permet de communiquer sans passer par les opérateurs télécoms ou fournisseurs d'accès, mais au contraire en utilisant les téléphones des autres utilisateurs. Le principe est celui de la topologie "mesh" ("réseau maillé" en français) : un réseau autonome est créé de téléphone à téléphone via les connexions wifi ou bluetooth de chaque appareil. Pas de surveillance possible (aucun opérateur ne centralise les communications), pas d'engorgement (l'application distribue intelligemment et dynamiquement l'information). Face à cet "ruse technologique", qui permet aux manifestants pro-démocraties de s'organiser sans contrôle possible de la part des autorités, Pékin semble impuissant… mais n'a pas dit son dernier mot.

Utilisation de FireChat par les manifestants d'Occupy Central

03.10.2014Par Sophie Roussi
Utilisation de FireChat par les manifestants d'Occupy Central


Un ver technologique gouvernemental ?

Fenêtre de téléchargement de la fausse application que le groupe Code4HK n'a jamais développée (capture d'écran)
Fenêtre de téléchargement de la fausse application que le groupe Code4HK n'a jamais développée (capture d'écran)
Une structure de jeunes programmeurs indépendants aide techniquement les manifestants. Son nom est Code4HK : "Code pour Hong Kong". L'équipe de développeurs propose des applications de cartographie d'Occupy Central, de gestion des rumeurs, des manifestations, de création de blogs, d'envois automatiques de photos vers des sites, etc…  C'est par le biais d'Instagram, qu'une "app" pour smartphone censée aider à organiser le mouvement Occupy Central et soi-disant développée par Code4HK a été proposée aux manifestants au début des événements. Cette application était en réalité un ver informatique qui récupérait tous les contacts, sms, données de géolocalisation de ses utilisateurs, et renvoyait le tout vers un serveur en Corée du Sud. Ce programme n'était pas le fruit du groupe Code4HK, dont les membres ont remonté la trace jusqu'au serveur source. Celui-ci est paramétré avec du "chinois simplifié" selon le outh China Morning Post, la langue utilisée principalement sur le continent. Aucune autre preuve de l'implication du gouvernement central chinois dans cette affaire n'existe concrètement, mais les indices sont troublants.

L'information est le nœud de la "guerre" qui gronde à Hong Kong entre les manifestants et le pouvoir politique chinois, et la technologie en est la pièce maîtresse. Si les choses ne s'apaisent pas, il ne restera plus beaucoup de choix aux autorités pour censurer les étudiants. Le brouillage des téléphones est envisagé, mais comment justifier un arrêt des communications de la téléphonie mobile dans une ville de 7 millions d'habitants, et qui plus est l'une des places financières les plus importantes de la planète ? En attendant la suite des événements, les images très impressionnantes filmées depuis le drone d'un habitant viennent marquer les esprits : le citoyen du XXIème siècle possède des capacités techniques comme jamais dans l'histoire humaine.

Le drone d'un internaute filme les manifestants (publié sur Facebook le week-end dernier)


Observatoire international de la démocratie participative

L'Observatoire international de la démocratie participative est un espace ouvert à toutes les villes du monde, à tous les organismes, organisations et centres de recherche souhaitant connaître, échanger et mettre en œuvre des expériences en matière de démocratie participative au local, et ce, pour approfondir la démocratie dans le gouvernement des villes.