Hong Kong : l'inquiétude des entrepreneurs

Le chef de l'exécutif hongkongais exige la fin immédiate des manifestations mais les militants pro-démocratie jurent d'occuper le cœur de la ville tant que Pékin ne leur accordera pas les réformes politiques promises. En attendant, les entrepreneurs redoutent que les manifestations ne détériorent la compétitivité de la place

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Démocratie et compétitivité

Thermomètre de la confiance des milieux d’affaires, l’indice de la bourse de Hongkong a reculé de 1,9% lundi. «C’est peu, réagit Kui-Wai Li, professeur d’économie à la City University de Hongkong. Cela montre que les investisseurs restent optimistes. Si le mouvement devait durer, il en irait autrement. Pour le tourisme d’abord. Pour l’image de place stable et compétitive ensuite.»

Avec un PIB par habitant presque égal à celui de la France, Hongkong figure parmi les cinq pays les plus compétitifs au monde, sans oublier que sa place financière est la plus grande de la région. Les milieux économiques redoutent que l’occupation de Central, le Wall Street de Hongkong, ne mettent en péril ce statut.

Conviés à Pékin il y a dix jours, 70 tycoons, dont Li Ka-shing, l’homme le plus riche d’Asie, ont répété devant Xi Jinping leur soutien aux réformes électorales décidées le mois dernier. Le président chinois a utilisé cette rencontre – une convocation, disent les démocrates – pour montrer aux Hongkongais la voie à suivre. Ronnie Chan, magnat de l’immobilier, faisait partie de cette délégation. En juin, il déclarait dans nos colonnes qu’«Occupy Central ne peut que faire de l’ombre à Hong­kong, et réjouir notre concurrent Singapour, pourtant bien moins démocratique».

Des tycoons mal-aimés

Les entrepreneurs expriment une autre inquiétude. Car les démocrates souhaitent aussi revoir la composition du parlement, le Legco. Ils redoutent que les sièges qui leur sont réservés ne leur soient retirés. Et avec, leur influence pour préserver les qualités «pro-business» de Hongkong.

«Les milieux d’affaires sont mal pris, analyse Jean-Philippe Béja, sinologue français établi à Hongkong. Leurs affaires en Chine les obligent à appuyer Pékin, cependant ils savent que si la région perd en autonomie, les proches de Xi Jinping en profiteront, mais pas eux.»

Même si Hongkong maintient sa croissance, les tycoons sont critiqués par une partie de la population. Elle leur reproche de s’enrichir dans l’immobilier alors que la montée des prix restreint l’accès à la propriété pour la classe moyenne. Le gouvernement prend des mesures pour calmer le marché, mais elles tardent à produire leur effet.