Ice Bucket Challenge, le défi pour la bonne cause

Bill Gates, le fondateur de Microsoft, relevant le défi du seau d'eau glacée
Bill Gates, le fondateur de Microsoft, relevant le défi du seau d'eau glacée

La vague Ice Bucket Challenge, qui consiste à se verser de l’eau glacée sur la tête, déferle sur le net. Une nouvelle manière de récolter des dons, pour une cause caritative. Ces derniers temps, les vidéos des challenges nourrissent les réseaux sociaux et s'exportent à travers le monde entier. Avant ça, d'autres défis ont fait le buzz, mais pas pour les mêmes raisons... Tour d’horizon. 

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Bill Gates, Georges Bush, la présentatrice américaine Oprah Winfrey ou encore le chanteur Justin Bieber… tous ont relevé le défi ! Le but ? se verser un seau d’eau glacée sur la tête et donner 10 dollars à l’association américaine ALS qui lutte contre la maladie de Charcot (maladie des neurones moteurs). Si le défi n’est pas relevé au bout de 24h, il faut verser 100 dollars à l’association. Chaque personne doit en désigner trois autres pour exécuter le challenge, et ainsi de suite. 

L’organisme caritatif ALS a déjà récolté plus de 70 millions de dollars (soit 53 millions d'euros) de dons entre le 29 juillet et fin août contre 2,5 millions de dollars (environ 1,9 millions d'euros)  sur la même période l’an dernier. Un des pionniers du mouvement s'appelle Pete Frates, un ancien athlète atteint, lui-même de la maladie neurodégénérative de Charcot. 

L'ex président américain Georges W.Bush relève le défi


Phénomène mondial 

Débuté aux Etats-Unis, ce défi s’est étendu au monde entier. Dans de nombreux pays, des personnalités se sont prises au jeu. Matteo Renzi, le président du Conseil italien a mouillé la chemise pour le compte d’une association qui lutte contre la maladie de Charcot. Il a ensuite appelé le joueur de football Roberto Baggio ainsi que les directeurs de journaux italiens à faire de même. 

Le joueur de football italien Marco Matterazzi a, lui, désigné Zinedine Zidane qui lui avait donné un coup de tête lors du Mondial de football en 2006. 

En France, si le phénomène est un peu plus frileux, certaines personnalités se sont prêtées au jeu. C’est le cas de Johnny Halliday, de Didier Deschamps ou encore du présentateur français Nagui.

En Inde, le riz a remplacé l'eau et la glace : c'est le « Rice Bucket Challenge ». Pour y participer, il suffit d'offrir un seau de riz à une personne qui est dans le besoin. Une version qui évite le "gaspillage" selon l'initiatrice du mouvement en Inde, Manju Lathu Kalanidhi. 
Les règles du Rice Bucket Challenge publiées sur la page Facebook
Les règles du Rice Bucket Challenge publiées sur la page Facebook

En Côte d’Ivoire, la bloggeuse Edith Brou (voir notre article), elle, a créé le défi #moussercontreEbola. Pour faire face à l’épidémie qui sévit en Afrique, elle veut inciter les gens à faire plus attention à leur hygiène. Elle a donc calqué le concept du Ice Bucket Challenge et l’a modelé à sa manière. Le principe est le même, il faut toujours se verser un seau d’eau sur la tête mais l’argent est remplacé par des lotions désinfectantes. Si le défi est relevé, il faut offrir une lotion à chaque personne nominée. A l’inverse, il faut donner plusieurs lotions aux personnes désignées pour prendre le relais. 

Les Palestiniens aussi se sont emparés du concept pour en faire un outil de lutte. Ils ont lancés sur Twitter et Facebook le « Rubble Bucket Challenge ». Le défi ressemble à l’original, seule différence : il n’y a pas d’eau glacée « trop précieuse » mais des gravats à la place. L’objectif est de sensibiliser l’opinion internationale sur la guerre à Gaza. « Ce défi est lancé à toutes les personnes qui compatissent avec le peuple palestinien. Nous ne demandons pas une aide matérielle, nous demandons la solidarité » explique le journaliste Ayman al-Alul, initiateur du défi palestinien dans une vidéo youtube.

Le journaliste palestinien Ayman Aloul dans sa vidéo
Le journaliste palestinien Ayman Aloul dans sa vidéo

Défis absurdes 

Tous les challenges sur internet ne sont pas des exemples à suivre, bien au contraire. Au début de l’année 2014, certains phénomènes prennent de l’ampleur à l’instar de la "neknomination". Le principe est simple mais surtout dangereux. Lorsque l’on est nominé, le but est de boire plusieurs verres d’alcool avant de désigner trois autres personnes qui devront ensuite faire de même. En cas de forfait, les personnes nominées doivent offrir un déjeuner au restaurant à leur challenger. Ce jeu serait à l'origine de plusieurs morts en Grande-Bretagne et en Irlande. 

Dans un autre registre, mais tout aussi dangereux, le "Fire Challenge" (défi du feu). Il s'agit de s'enduire de produit inflammable, de mettre le feu à son corps et de l'éteindre le plus rapidement possible, le tout étant filmé. Une pratique qui a évidemment fait des victimes, gravement brûlées. 

Et pour aller encore plus loin dans l'absurdité, certains américains se sont essayés au Cinnamon Challenge (défi de la cannelle). Celui-ci consiste à ingurgiter de la cannelle en poudre, une potion loin d'être magique puisqu'elle provoque un étouffement immédiat et très dangereux. Une américaine, sous le pseudonyme de GloZell s'y est essayée et a manqué de s'étouffer. Sa vidéo youtube, assez choquante d'ailleurs, a été visionnée près de 40 millions de fois. Loin d'avoir été refroidie, la jeune femme continue ses défis saugrenus sous les yeux de millions de personnes à travers le monde. 
Mouvements éphémères ou véritables phénomènes de société, ces défis peuvent incarner le meilleur...comme le pire. 

Trois questions à Valérie Gorin, assistante de recherche au département de sociologie à l'Université de Genève (Suisse)

On peut relever deux sortes de défis : ceux pour la bonne cause et d'autres plus absurdes. Que révèlent-ils de la société d'aujourd'hui ? 

Les phénomènes comme le Ice Bucket Challenge sont liés à la question de la bonne conscience. On s'investit pour une cause. Même si on le fait sous la forme d'un jeu, il y a l'idée qu'on est le "bon samaritain".  

Les choses plus absurdes correspondent plus à la question du défi, du jeu, et de l'action sportive. Cela rejoint des phénomènes qui datent de quelques années, comme les fameux Jackass (émission de télévision américaine où des jeunes adultes exécutent des cascades et autres défis, ndlr). L'idée est juste de s'amuser entre copains et de relever des défis absurdes ou difficiles.  


Pourquoi ces défis sur internet ont-ils autant de succès ? 

Ils répondent à deux aspects qui sont importants, actuellement, pour les individus qui vivent dans l'espace occidental. Le besoin de divertissement qui a été accentué par Facebook et le phénomène de l'hyper-visibilité. Les défis sous forme de jeux ont toujours existé, mais le fait de se mettre en scène devant les autres, grâce aux réseaux sociaux notamment, a décuplé le phénomène. C'est une forme de mini héroïsation.

La participation des stars est une association d'intérêts qui marchent très bien dans le marketing humanitaire ou social. C'est un mariage entre l'hyper-visibilité due aux réseaux sociaux et la "diplomatie par la célébrité". Pour les stars, c'est une manière de travailler leur image et pour les causes humanitaires ou sociales, l'engagement d'une célébrité leur assure une meilleure visibilité.  

Mais selon moi, c'est un phénomène de mode. Je ne pense pas du tout que ce genre d'action va fidéliser le public, cela a un effet spontané, divertissant, ludique. Les gens vont se souvenir du jeu et pas de la maladie.


Ces challenges créent-il plus de lien social ?

Il y a une forme de communauté virtuelle qui existe mais cela ne récrée pas forcément plus de lien entre les individus. 
En Côte d'Ivoire, par exemple, j'ai des doutes sur la réussite du défi #moussercontreebola. Le public occidental s'occupe souvent assez peu de choses qui se passent loin de chez lui. Internet suffit-il à susciter du lien entre ces différents groupes de personnes très distantes qui vivent dans des réalités très différentes ? Je suis dubitative. Et cela montre que ce lien social virtuel n'est pas si fort qu'il en à l'air.