Imaginaires francophones - d'Afrique du Sud

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La révélation de la police burkinabé

Par Liesl Louw-Vaudran, Institut d’études de sécurité, African.org – Afrique du Sud

On est à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Décembre 1996. C’est la première fois que je mets les pieds dans un pays de l’Afrique francophone. Je suis venue pour un Sommet France/Afrique (depuis – et c’est symboliquement important - rebaptisé Sommet Afrique France).
Venant de l’aéroport, à un grand carrefour près de la présidence – toujours un lieu de grande importance dans la plupart de nos pays – j’entends deux policiers se parler en français ! J’étais bouleversée, moi, Sud-africaine, venant de Paris, où je travaillais a l’époque.

Je me souviens de ce moment et de mon bouleversement.
Je me suis rendue compte que le français était vraiment une langue pratiquée en Afrique et pas seulement par les membres de la Diaspora vivant en France ou en Belgique. Dans ma réalité de Sud-africaine, la langue ‘coloniale’, la langue des ‘blancs’, n’est jamais vraiment pratiquée dans la rue. On parle Zulu, Xhosa, Sotho etc. et la langue ‘officielle’ est réservée pour les “autres” sphères, le commerce, les institutions, les médias etc. Le parler est ici lourdement politique.
Mais voici qu’à Ouagadougou je découvrais une autre réalité. Le français comme ‘lingua franca’ en Afrique : un vrai moyen de communication, pratiqué par tout le monde, apparemment sans complexe.

Cette réalité, qui m’est apparue une après-midi poussiéreuse au Burkina Faso, a presque dirigé toute ma vie depuis.
J’ai multiplié les voyages en Afrique francophone et je me suis même installée à Dakar pour plusieurs années en 2000.
Bien sûr, dans beaucoup de pays, la langue nationale domine, comme le Wolof au Sénégal, le Bambara au Mali et le Lingala et le Swahili en RDC. Mais partout, sauf peut-être dans certaines zones rurales, le français est compris par tout le monde.
Aujourd’hui le français m’ouvre des portes en permanence – que ce soit dans ma vie professionnelle ou privée. C’est une langue qui me connecte avec un autre monde, la civilisation française, mais surtout avec le reste de l’Afrique.

J’hésite à dire que le français est une langue “Africaine”, comme le disent certains. C’est une langue de l’Afrique et je pense sincèrement qu’on ne pourra jamais tout à fait comprendre l’Afrique dans sa diversité sans le français.

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En Afrique du Sud, pays néerlandophone et anglophone, les francophones ne sont que 100 000.
La francophonie est très limitée en Afrique du Sud (48 millions d'habitants), les descendants des huguenots ont tous oublié leur langue d’origine depuis longtemps. Dans ce pays multilingue, le français n’est pas une langue qui s’apprend en priorité. Il se maintient parmi les immigrés provenant de l’Afrique francophone, de Madagascar, de Maurice ou de la Réunion.