Imaginaires francophones - d'Israël

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Une part de moi-même

Par Lior Papirblat, journaliste, chef d’information du site Ynet

Je connais le français depuis toujours. Je n’ai pas toujours parlé français, je n’ai même pas toujours voulu parler français, mais j’ai toujours su que cette langue faisait partie de moi-même. Je suis né il y a 28 ans en Israël d’un père israélien et d’une mère française, j’ai pris l’avion à l’âge d’un mois pour mon 1er rendez-vous avec mes grands-parents, Gilbert et Micheline. Je n’ai pas eu le temps de m’habituer au monde que je découvrais déjà un monde nouveau.

Le français m’a enveloppé de partout : les mots, les mouvements, les sons. Le français était partout. Même à la maison en Israël, mes parents parlaient français entre eux. Les débuts furent difficiles : j’ai grandi à Tel-Aviv, tout le monde parle hébreu, et je ne voulais absolument pas parler français. Je voulais être comme tout le monde. Quand ma mère me disait « bonjour », je répondais « chalom ».

Mes grands-parents ont voulu se mettre à l’hébreu, mais je me suis très vite rendu compte que si je voulais obtenir quelque chose d’eux, il fallait que je fasse un effort et que je le demande en français. Je dois avoir encore dans mes tiroirs un petit calepin fait par mon père, avec des pages à carreaux qui commencent à jaunir, plein de mots en hébreu avec leur traduction en français et leur phonétique en hébreu. Âgé de six ans, j’essayais avec mon père, de choisir les mots qui m’aideraient à comprendre le monde.

J’avais pour rêve de partir en France après mon service militaire au sein de Tsahal. Je suis parti, bien décidé à améliorer mon français. J’ai pris des cours privés, j’avais « le Bescherelle » (la bible de la grammaire française, ndlr) dans mon sac. J’essayais pendant mes trajets en métro de faire la différence entre accent aigu et accent grave, j’écoutais tout ce qui se disait, et lisais tous les panneaux publicitaires dans les rues et dans les stations de bus.

J’ai beaucoup parlé et cela a occasionné des moments assez drôles. Comme étranger, j’avais le privilège de pouvoir tutoyer tout le monde ; et on m’a aussi pardonné mes fautes, bien que ça ne m’ait jamais dérangé qu’on me corrige, c’est comme ça qu’on apprend. Un des moments inoubliables reste celui où j’essayais d’expliquer à des amis la période des attentats en Israël. Le sujet n’était vraiment pas drôle, et pourtant tout le monde s’est mis à rire ! Je ne comprenais pas pourquoi et en fait j’avais tout raconté en argot sans le savoir.

Aujourd’hui, j’utilise le français pratiquement tous les jours : au travail, je suis en rapport constant avec les infos françaises ; à la maison, je regarde la télé française (TV5Monde), bien que je ne comprenne pas toutes les blagues de Laurent Ruquier ; je reste en contact avec mes amis parisiens par internet ; et surtout j’essaye, en Israël, dès que je le peux, de combler mes lacunes en français…


Pays non membre de la Francophonie qui compte près d'un million et demi de francophones, soit 15% de la population.

Beaucoup considèrent que l'État hébreu devrait rejoindre l'OIF. Mais son adhésion doit être approuvée à l'unanimité par les États membres de l'OIF, ce qui constitue un obstacle majeur.