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Inde : 30 ans après, les victimes de Bhopal réclament justice

Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, une fuite de gaz toxique venant de l'usine Union Carbide de Bhopal faisait des milliers de morts. Ce fut le pire accident industriel de l'histoire. Trente ans plus tard, le site n'a toujours pas été nettoyé et aucune enquête n'a été menée en bonne et due forme. Les victimes continuent de souffrir de problèmes de santé sans recevoir les soins médicaux nécessaires, et attendent encore une indemnisation à la hauteur de leurs souffrances.

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Bhopal, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984

Retour en images sur la catastrophe

Bhopal, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984
La nuit du 2 au 3 décembre 1984, un réservoir de l’usine de pesticides de la multinationale Union Carbide à Bhopal, au centre de l’Inde explose. Un nuage toxique se répand sur la ville, empoisonnant mortellement sa population.




30 ans après, les victimes interpellent le gouvernement Modi

02.12.2014Liliane Charrier, avec AFP
Lundi 10 novembre 2014, une centaine de femmes et d'enfants brandissant des panneaux "justice pour Bhopal" se rassemblaient à New Delhi, tandis qu'un groupe de manifestants entamaient une grève de la faim. Près de trente ans auparavant, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, quelque 40 tonnes de gaz toxique s'échappaient de l'usine du groupe Union Carbide. Bilan : entre 8000 et 10 000 morts au cours des trois premiers jours, mais des centaines de milliers de personnes ont été contaminées par la suite, qui continuent à souffrir de problèmes respiratoires et de l'estomac, d'infections des poumons ou de cancers.

"Je me rappelle me couvrant le visage et celui de mes enfants avant de les prendre avec moi et de courir", raconte une mère de famille qui a perdu l'un de ses six enfants dans la catastrophe. "Je me souviens de gens fuyant de chez eux pour essayer d'échapper au gaz, des enfants morts dans les rues", dit Premlata Chaudhary, 67 ans, qui vit dans un village situé à moins d'un kilomètre de l'usine. A l'instar de Chaudhary,  qui a obtenu une indemnisation de 25 000 roupies (406 dollars), 15 ans après l'accident, quelque 33 000 survivants ont été indemnisés, mais les associations affirment que plus de 500 000 personnes ont été victimes du nuage toxique.

En 2010, la justice indienne condamne huit dirigeants de l'usine à deux ans de prison et une amende. En 2012, le gouvernement a introduit une requête auprès de la Cour suprême pour obtenir une meilleure indemnisation d'Union Carbide, repris par l'Américain Dow Chemical après la tragédie. L'accord signé par le gouvernement en 1989 s'était conclu par le versement de 470 millions de dollars d'indemnisation, en échange de l'abandon de poursuites pénales.
                 
Selon l'un des animateurs du mouvement de grève de la faim, Satinath Sarangi, plusieurs victimes négligées vont jeûner indéfiniment dans l'espoir d'attirer l'attention du Premier ministre, Narendra Modi, sur le calvaire vécu par les victimes et leurs descendants depuis 1984 : "Nous sommes venus ici avec l'espoir que le gouvernement conduit par M. Modi va corriger les erreurs du précédent gouvernement et s'assurer que les victimes du gaz obtiendront une meilleure indemnisation", a-t-il déclaré à la foule. Sarangi a aussi mis en garde le gouvernement, élu en mai 2015 sur la promesse d'une relance de l'économie, contre toute tentation de négliger les atteintes à l'environnement dans l'espoir d'attirer les investissements étrangers.

De Bhopal la réelle à Khaufpur l'imaginaire, le même drame

Photo Jean-François Talivez
Photo Jean-François Talivez
Cette nuit-là, le roman de l'Anglo-Indien Indra Sinha, est inspiré d'une catastrophe bien réelle : l'explosion dans la ville indienne de Bhopal, en 1984, d'une usine de pesticides - le plus grand désastre industriel à ce jour.

Indra Sinha transpose le drame en imaginant le destin, dans une ville imaginaire jumelle de Bhopal, d'Animal, jeune homme lourdement handicapé suite à la catastrophe. Condamné à marcher à genoux, il est sauvé par son sens de l'humour cru et cynique et son intelligence.

Premier geste pour les survivants de Bhopal

Premier geste pour les survivants de Bhopal
En 1994, Indra Sinha, alors publicitaire à Londres, rencontre un survivant de Bhopal qui lui demande de créer une campagne publicitaire afin de ramener des fonds.

Animal raconte Khaufpur

Animal raconte Khaufpur
Indra Sinha nous parle de son livre, une fiction inspirée du drame de Bhopal, et de son personnage principal Animal.

Bhopal aujourd'hui

Bhopal aujourd'hui
25 ans après, rien n'a vraiment changé pour les habitants de la ville sinistrée.

25 ans après, toujours pas de justice

25 ans après, toujours pas de justice
En 1989, devant le tribunal, les Américains de Union Carbide obtiennent gain de gause en n'étant condamnés à verser que 470 millions de dollars, sur les 15 milliards demandés à l'origine par l'État indien. Aujourd'hui l'usine laissée en l'état continue de faire des victimes.



Le livre d'Indra Sinha

Cette nuit-là
Editions Albin Michel