Indonésie : une « réciprocité » qui ne passe pas

Protestations contre Tony Abbott devant l'ambassade d'Australie à Jakarta le 25 février 2015.
Protestations contre Tony Abbott devant l'ambassade d'Australie à Jakarta le 25 février 2015.
©AP Photo/Dita Alangkara

Au nom de l'aide allouée par l'Australie lors du tsunami de 2004, le pays vient de demander à l'Indonésie de faire preuve de « réciprocité » et de gracier ses deux ressortissants condamnés à mort. Tollé parmi la population.

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Dernière chance. Sabine Altaoui, épouse du Français condamné à mort en Indonésie a donné une conférence de presse ce jeudi. Elle a exhorté les autorités à entendre l'ultime recours en justice déposé par son mari dont le recours en révision de la sentence sera examiné en audience le 11 mars.

Corinne Breuzé, ambassadeur de France en Indonésie, souhaite, elle,  que le recours de Serge Altaoui soit examiné « dans des conditions équitables ». Elle a dévoilé que le président François Hollande s'était récemment entretenu avec son homologue indonésien sur cette affaire, sans donner plus de précisions.

#CoinForAustralia

Mais ce  n'est pas le sort du Français qui préoccupe d'abord les médias indonésiens, c'est la proposition du Premier ministre australien. En souvenir de l'aide d'un milliard d'euros versée après le tsunami de 2004, Tony Abbott, le Premier ministre australien a demandé à l’Indonésie de faire preuve de « réciprocité » afin de gracier ses deux ressortissants Andrew Chan et Myuran Sukumaran. En 2006, les deux hommes ont été condamnés à la peine capitale pour trafic de drogues.

Une reconnaissance qui ne passe pas auprès des habitants d’Aceh, province indonésienne de Sumatra, où le tsunami avait fait plus de 170.000 morts. Ils ont lancé sur les réseaux sociaux les tendances #CoinForAbbott, #CoinForAustralia et #KoinUntukAustralia , une sorte d'appel aux dons pour rembourser l’Australie de la somme autrefois allouée. Des milliers d’Acehnais ont immédiatement participé à la collecte. Et en peu de temps, l'initiative populaire s’est propagée au reste du pays.

A Jakarta, la Coalition Pro-Indonésie a même organisé une quête dans les rues de la ville où passants et automobilistes étaient arrêtés pour collecter quelque argent.  Les Indonésiens ont ensuite massivement posté des photos de leurs collectes sur Twitter, ne manquant pas de critiquer Tony Abbott au passage.

Dimanche 22 février, #CoinForAbbott, #CoinForAustralia et #KoinUntukAustralia étaient en tête des tendances sur Twitter.

Des relations diplomatiques tendues

D’après les informations d’Antaranews.com, relayées par l’International Business Time, Andi Sinulingga, coordinateur du mouvement à Jakarta, affirme que la collecte continuera tant que le Premier ministre australien n’aura pas présenté ses excuses en personne.

Le ministère des Affaires étrangères indonésien a fermement réagi à l’appel de Tony Abbott. Il a mis en garde l’Australie, estimant que les « menaces » ne faisaient pas partie du langage diplomatique et que personne n’y réagissait de manière positive.

Joko Widodo, président de l'Indonésie, et Tony Abbott, Premier ministre de l'Australie, le 15 novembre 2014 au sommet du G20 à Brisbane.
Joko Widodo, président de l'Indonésie, et Tony Abbott, Premier ministre de l'Australie, le 15 novembre 2014 au sommet du G20 à Brisbane.
©AP Photo/Rob Griffith,Pool

Selon le Sydney Morning Herald, la ministre des Affaires étrangères australienne, Julie Bishop, aurait téléphoné au vice-président indonésien Jusuf pour clarifier la situation.  Selon elle, la déclaration de Tony Abbott ne va sûrement pas aider les deux Australiens, toujours dans le couloir de la mort.

Le président de l’Indonésie, Joko Widodo, a assuré  que le report de trois semaines à un mois de l’exécution des deux Australiens n’avait rien à voir avec les pressions de leur pays mais qu’il était du a des « raisons techniques ». Elu en octobre 2014, celui qui se fait appeler Jokowi est intransigeant en ce qui concerne la souveraineté de son pays et la lutte contre le trafic de drogue.

En janvier ce partisan de la peine de mort a relancé les exécutions d'Indonésiens et d'étrangers. L'Indonésie se veut souveraine quant aux modalités de ses exécutions.  Ainsi, les condamnés à mort, et leurs familles,  ne sont prévenus de leur exécution par fusillade que 72 heures avant.   

En savoir plus sur Serge Altaoui, le Français condamné à mort en Indonésie

 
2005 : arrestation dans un laboratoire de production d’ectasy en banlieue de Jakarta.
2007 : condamnation à mort par la Cour suprême d’Indonésie.
Janvier 2015 : Joko Widodo rejette sa demande de grâce. François Hollande demande alors au président indonésien de différer son exécution. Laurent Fabius convoque l’ambassadeur d’Indonésie en France pour lui faire part de son « extrême préoccupation » et de la « ferme opposition de la France à la peine de mort ».
24 février 2015 : Joko Widodo confirme son exécution. Sa femme et sa famille arrivent sur place.
26 février 2015 : son épouse appelle Jakarta à entendre le recours en révision de sa sentence. Une audience est prévue le 11 mars.