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[Infographie] Syrie : une situation humanitaire alarmante

Le 15 mars 2013, cela fera deux ans que la guerre civile a débuté en Syrie. La situation humanitaire est aujourd'hui alarmante. 

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Bassma Kodmani : “s'il n'y a pas d'action décisive pour changer les dynamiques sur le terrain nous allons vers un scénario très sombre“

La politologue syrienne, fondatrice de l'association “Initiative pour une nouvelle Syrie“, répond à nos questions

11.03.2013Propos recueillis par Pascal Hérard
Bassma Kodmani, universitaire syrienne, fut cofondatrice, puis porte-parole du bureau exécutif du Conseil National Syrien, avant de s'en éloigner. Politologue, elle est aussi la directrice de l’Arab Reform Initiative. En septembre 2012, elle participe à la création de l'association "Initiative pour une nouvelle Syrie" dont l'action est dédiée à l'assistance humanitaire et à des projets pour favoriser une transition réussie.

La situation  est tragique et semble bloquée en Syrie : est-il possible de sortir de cette impasse ?

Bassma Kodmani : Nous n'avons pas de perspective politique dans les jours ou semaines à venir, rien ne se précise en termes de changement de position, ni du régime ou des pays qui le soutiennent, à savoir la Russie et l'Iran. Des propositions ouvertes mais sans aucun engagement ne sont pas possibles après deux ans de violence. Il faut aujourd'hui un plan de paix sérieux, avec les Nations-Unies au centre de celui-ci.

Les différentes oppositions politiques  sont-elles en mesure d'assurer une transition dans le cas où le régime tomberait ?

B.K :
Je pense qu'il y a aujourd'hui une coalition de l'opposition qui n'a pas tellement besoin de renforcer sa cohésion, les partis la constituant sont à peu près sur la même ligne politique, les objectifs sont les mêmes. En revanche, il n'y a pas encore assez de relations coordonnées et organisées avec les éléments de l'armée libre. Mais du côté de l'armée libre les choses progressent puisqu'il y a désormais un état major de l'armée libre. Avec ces deux structure de commandement, il devient un peu plus facile de coordonner. Mais le processus d'intégration de tous ces éléments ensemble est encore en cours de construction, cela prendra du temps. La chute du régime doit permettre la constitution d'un gouvernement provisoire qui doit commencer à agir sur le terrain. La grande difficulté aujourd'hui, c'est de devoir agir depuis l'extérieur de la Syrie.

Est-ce que l'Europe a un rôle à jouer ?

B.K : Oui, tout à fait, le rôle de l'Europe, particulièrement la France et l'Angleterre, est déterminant. Surtout depuis que les Etats-Unis se sont mis un peu en retrait. Cela se traduit par un soutien politique important, il y a de très grande attentes du côté du renforcement des capacités des forces révolutionnaires sur le terrain : donner à la population les moyens de se défendre elle-même. On envisage toutes les options : intervention avec des zones d'exclusions aériennes, couloirs humanitaires, mise à disposition d'armes anti-chars et anti-aériennes.

Quel espoir de voir la situation s'améliorer en Syrie ?

B.K : La situation est extrêmement préoccupante, et si il n'y a pas d'action décisive pour changer les dynamiques sur le terrain nous allons vers un scénario très sombre, de dérive, qui mène à l'inconnu. On ne peut pas en dire plus à ce niveau là. Mais il y a donc nécessité d'action décisive politique, diplomatique ou militaire.