Inondations au Pakistan : pourquoi les dons n'arrivent pas ?

Depuis un mois, le bilan des inondations au Pakistan n'en finit pas de s'alourdir : plus de 20 millions de sinistrés, 1600 morts, 6 millions de sans-abris...

Et pourtant, les associations humanitaires récoltent très peu d'argent et la mobilisation internationale tarde. Pourquoi ce désintérêt ?

Le point de vue du Secours islamique France, seule ONG française à avoir collecté autant de dons que lors du séisme en Haïti en janvier.

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«Que la générosité arrive chez nous ou ailleurs, qu'importe, l'essentiel c'est qu'elle arrive »

Karine Bensaadi, directrice exécutrice adjointe du Secours Islamique France

Combien avez-vous récolté jusqu'ici pour le Pakistan ?

Nous avons lancé un appel aux dons le 5 août, très rapidement après la catastrophe. Le retour des dons est équivalent à celui de la campagne lancée pour le séisme en Haïti en janvier dernier. Nous avons débloqué le budget de la première phase d'urgence - budget de 200 000 euros. Nous avons depuis dépassé ce montant.

Vous êtes donc l'ONG française qui a réuni le plus de dons...

Je n'ai pas fait de comparatif. Mais que la générosité arrive chez nous ou ailleurs, qu'importe, l'essentiel c'est qu'elle arrive. Nous avons fait une campagne d'affichage, actuellement dans le métro et le RER à Paris, sur laquelle notre slogan est "La souffrance n'a ni origine ni religion ni genre et la solidarité non plus". C'est le message à faire passer, il n'est pas question de comparer Haïti et le Pakistan par exemple. Un enfant est un enfant, on ne regarde pas sa couleur ni ce que font ses parents, on veut simplement l'aider.

La communauté musulmane se mobilise-t-elle davantage ?

Concernant notre ONG, nous étions déjà présents sur le terrain au Pakistan, notamment dans la vallée de Swat, avant les inondations. Nos donateurs savent donc que nous travaillons là-bas et ça a du contribuer. En parallèle, le mois de Ramadan a débuté le 11 août, quelques jours après le lancement de notre appel en faveur du Pakistan. On a énormément de donateurs musulmans ou de culture musulmane et pour ces personnes-là le Ramadan est le mois de la générosité et du partage. Mais encore une fois, si l'urgence était aujourd'hui en Haïti et pas au Pakistan, je pense qu'on aurait eu la même réaction de la part de nos donateurs.

L'affiche du Secours Islamique France dans le métro parisien (août 2010)
L'affiche du Secours Islamique France dans le métro parisien (août 2010)
Pourquoi les dons des particuliers tardent à venir dans les autres ONG ?

C'est vrai que le Pakistan jouit d'une mauvaise image. Mais on ne donne pas pour un pays parce qu'on y part en vacances ! On ne donne pas pour un pays parce qu'il est politiquement correct ! On donne parce que des gens sont dans le besoin. Ils ont les pieds dans l'eau, à peine à manger, pas d'eau potable dans de nombreux endroits et au niveau sanitaire, c'est catastrophique !
C'est une simple relation d'humanité selon moi. C'est dommage qu'on soit obligé de se poser ce genre de questions. Il faut passer au-delà des enjeux.

A-t-on encore besoin aujourd'hui de dons de particuliers ?

La générosité du public est primordiale, vu l'ampleur de la catastrophe. D'après les informations qui nous viennent du terrain, c'est pire que le tsunami de 2004 ! Le Pakistan aura certainement besoin de milliards de dollars au final. Notre aide ne sera pas énorme, mais c'est toujours un signal fort donné aux sinistrés, qu'on ne les a pas oubliés.
Et puis la différence entre une ONG et un organisme comme l'ONU, c'est que nous nous allons intervenir sur une zone très ciblée, parfois délaissée car les Nations-Unies ne peuvent pas être partout. Ainsi on essaie d'être complémentaires sur le terrain.

À votre avis, les nouvelles inondations de ce week-end vont-elles réveiller les consciences ?

Si les gens se réveillent maintenant, tant mieux ! Il n'est pas trop tard pour donner. Avec une telle catastrophe, l'aide va s'échelonner dans le temps. Au début, on nous avait parlé de 3 millions de sinistrés, aujourd'hui on en est à plus de 20 millions ! Après la phase d'urgence, il y aura une phase de réhabilitation, puis une phase où l'on mettra en place des projets à plus long terme pour que la population retrouve son autonomie. Tout prendra des mois.
Il faut aussi que les médias parlent aussi plus du côté «humanitaire» de la situation. Jusqu'ici on a surtout entendu des choses sur les enjeux politiques.


Les dons de particuliers sont faibles

France
Secours Islamique France : plus de 200 000 euros
Croix-Rouge : 95 000 euros
Action contre la faim : 26 183 euros
Médecins du monde : 16 000 euros
Secours populaire : 10 000 euros

International
Care International : 1,2 million de dollars

Ils ont dit

Cette catastrophe est un «tsunami au ralenti» dont «la puissance de destruction va s'amplifier avec le temps » - Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU.

«Nous devons penser au coût de la reconstruction» - Shah Mehmood Qureshi, ministre pakistanais des Affaires étrangères. Il estime les pertes matérielles à 43 milliards de dollars.

La communauté internationale commence à se mobiliser

500 millions de dollars ont été réunis, mais les besoins sont supérieurs.

Etats-Unis : 88 millions de dollars
Grande-Bretagne : 34,7 millions de dollars
Australie : 26,6 millions de dollars
Commission européenne : 18,6 millions de dollars

À cela s'ajoute l'aide bilatérale : les dons des ONG, d'institutions ou compagnies privées et de pays donateurs comme l'Arabie Saoudite avec 100 millions de dollars.

Les promesses de dons se chiffrent actuellement à 325 millions de dollars.