Internet : Google Street View (encore) à l'amende

photo Google Street View collecté par Jon Rafman sur son blog 9eyes
photo Google Street View collecté par Jon Rafman sur son blog 9eyes

Fin octobre, le géant d'Internet a été condamné pour violation de la vie privée. Une Canadienne photographiée devant chez elle par Google Street View a eu gain de cause. Cette femme n’est pas la première à s’attaquer à l’entreprise américaine qui prend, souvent par surprise, les passants en photo. Certains ont décidé d'en jouer avec humour. 

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Ce jour-là, cette Montréalaise voulait certainement profiter tranquillement du soleil. Assise sous le porche de sa maison, elle consulte son téléphone portable quand la voiture Google passe dans la rue devant chez elle. Trop tard. C’est dans la boîte ! 

Quelques mois après, en 2009, poussée par la curiosité, la Canadienne cherche sur Internet sa photo, elle découvre son visage flouté, comme toujours, par Google Street View. Mais elle reste trop reconnaissable. Et surtout trop dénudée à son goût. Penchée sur son téléphone, son décolleté laisse, en effet, apparaître la moitié de sa poitrine, ou presque. Outrée, elle entame un bras de fer avec Google, considérant que ces clichés portent atteinte à sa vie privée.  Sa maison et sa voiture étant reconnaissables, elle reste donc identifiable.  

La plaignante dit aussi avoir subit des sarcasmes sur son lieu de travail après la mise en ligne de ces images. En 2011, elle demande à apparaître entièrement floutée ainsi que sa maison et sa plaque d’immatriculation. Elle réclame également 45 000 $ canadiens (près de 32 000€). Google obtempère pour le floutage mais refuse de payer. L’entreprise avance qu’elle reste dans son droit pour prendre cette photo dans un lieu public : la rue.  

Fin octobre 2014, c’est par le juge Alain Breault que la Canadienne obtient gain de cause. Il condamne finalement Google considérant que le perron de la maison de la plaignante fait partie de sa maison, et relève dont d'un espace soumis au droit de la vie privée. La plaignante obtient du géant de l’Internet 2500 $ canadiens (soit plus de 1 700 euros) de dommages et intérêts. 

Une voiture Google chargée de photographier les rues et les habitations / capture d'écran
Une voiture Google chargée de photographier les rues et les habitations / capture d'écran
Amendes en série

Ce n’est pas la première fois que Google est attaqué concernant l’activité de son service Google Street View. Cet été, le géant de l’Internet a dû payer une amende d’un million d’euros à l’organisme de protection des données italien qui l’accusait de faire circuler dans les rues du pays des voitures de captation d’images pas suffisamment reconnaissables. Les passants ne pouvaient apparemment pas clairement identifier la voiture Google et décider s’ils voulaient ou non être photographiés. 

En avril 2013, c’est l’autorité de protection des données de Hambourg qui condamne à son tour Google qui doit payer 145 000 euros. Entre 2008 et 2010, les voitures Google n’ont pas seulement photographié les rues et les habitations en Allemagne. Equipées de capteurs wifi, elles ont collecté pléthore d’informations non chiffrées, en fait des données personnelles comme des emails, des mots de passe et des photos. Scandale de l'autre côté du Rhin...et ailleurs.  

Au travers de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), la France a déjà condamné Google pour les mêmes raisons en 2011. Le géant américain a dû verser 100 000 euros d’amende en présentant ses (sincères ?) excuses « nous sommes profondément désolés d’avoir collecté par erreur des données circulant sur des réseaux Wi-Fi non sécurités », avait alors déclaré (le bien nommé) Peter Fleischer, directeur protection des données personnelles chez Google. 

Le géant américain s’est aussi acquitté d’une amende de 7 millions de dollars auprès de 30 Etats américains après la révélation en 2010 sur cette collecte « accidentelle » d’informations qui aurait concerné plus de 30 pays dans le monde.

Cette affaire de wifi ne pouvait que renforcer l’attention particulière portée par l’Allemagne sur les services de Google. Le pays s’est montré méfiant dès le lancement de Google Street View en 2010. Les particuliers allemands avaient alors obtenu de pouvoir interdire la publication sur Internet des photos de leur domicile. 200 000 ménages avaient refusé de voir la photo de leur maison livrée en pâture sur la toile. Google a été contraint de flouter autant de bâtiments dans une vingtaine de villes alors photographiées.

Un exemple de maison floutée dans le village de Parum en Allemagne ©Google Street View
Un exemple de maison floutée dans le village de Parum en Allemagne ©Google Street View
Souriez, vous êtes photographiés

Alors si vous ne souhaitez pas être pris par surprise en photo dans la rue par Google, il est possible de savoir à l’avance quelles villes et quand elles vont être parcourues par les voitures surmontées de neuf caméras. 

L’Afrique, le Proche et Moyen Orient restent encore vierges d’images Google Street View. (voir la carte ci-dessous). Mais peut-être plus pour si longtemps. Le Bhoutan, pays très fermé a ainsi laissé Google réaliser des vues panoramiques sur son territoire.

Sur cette carte fournie par Google, les pays en bleu couverts par Google Street View
Sur cette carte fournie par Google, les pays en bleu couverts par Google Street View
En déambulant dans les villes du monde entier via Internet, on peut parfois se demander si d’autres personnes - comme cette Canadienne - ne pourraient pas porter plainte pour atteinte à la vie privée. Qu’en est-il de ces femmes très dévêtues dans la rue au Brésil qui semblent être des prostituées ? Même avec le visage flouté, elles restent très reconnaissables.  

A Sao Paulo au Brésil en 2011 ©Google Street View
A Sao Paulo au Brésil en 2011 ©Google Street View
Insolite

En voyant arriver les voitures Google, certains enfants et adultes ont parfois des gestes irrévérencieux et répondent par un doigt d’honneur ou un postérieur dénudé. Certains vont jusqu’à monter, semble-t-il, une fausse agression comme ci-dessous au 115 Dysdale Street à Londres

En naviguant d’avant en arrière dans la rue, on voit les trois comparses se mettre en place sur le trottoir avant que la voiture Google arrive. Les deux femmes spectatrices n’interviennent pas mais prennent tout de même la scène en photo ou vidéo. L’une d’elle semble avoir le sourire aux lèvres. De l’autre côté de la rue, un homme debout ne bouge pas non plus, un autre jeune homme se contorsionne sur la barrière et un vélo passe. Cela ressemble fort à une mise en scène. 

115 Drysdale Street à Londres ©Google Street View
115 Drysdale Street à Londres ©Google Street View
Google Street View est connu pour les clichés insolites qui restent sur la plateforme et qu'un site canadien répertorie grâce aux contributions des internautes. 

On peut ainsi tomber sur un accident de car d’enfants sur l’avenue São Sebastião à Goias au Brésil, prise en 2011, où l’on voit même de l’autre côté de la rue une équipe de télévision en train d’interviewer quelqu’un. 

Un accident de car à Sao Paulo ©Google Street View
Un accident de car à Sao Paulo ©Google Street View
Des singes dans le parc Jigokudani Monkey au Japon.

Dans un parc de singes au Japon ©Google Street View
Dans un parc de singes au Japon ©Google Street View
Un couple qui s’embrasse comme ici en Pologne  en septembre 2011 : 

Un couple qui s'embrasse sur un trottoir en Pologne ©Google Street View
Un couple qui s'embrasse sur un trottoir en Pologne ©Google Street View
Le Canadien Jon Rafman a trouvé moult images incongrues, drôles et souvent magnifiques qu’ils postent sur son blog intitulé 9 Eyes (yeux). Il en a fait même une forme d’art. Ses clichés glanés au fil de ses pérégrinations sur Google Steet View ont même été exposés dans une galerie à New York. L’art à portée d’un clic.