Interview de Marzena Sowa : grève et liberté

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Interview de Marzena Sowa : grève et liberté


Et le souvenir très agréable ?


C’est la longue grève de 1988 remplie d’espoir qui a duré, dans ma ville, onze jours et onze nuits. C’était grandiose. Les rues étaient noires de monde. Même ceux qui ne travaillaient pas à l’usine étaient engagés dans le mouvement. C’était une sensation incroyable. On s’est senti très fort.

C’était presque une quête spirituelle qui dépassait largement les revendications salariales. Et moi, petite fille, j’ai pu ressentir tout ça. J’étais emportée par l’idée de liberté. C’est à cette période que j’ai compris l’importance de Solidarnosc qui était, je pense, à son pic de popularité.


Mais n’avez-vous pas eu peur pendant cette grève ?

Oui bien sûr. J’avais très peur pour mon père qui dormait dans l’usine occupée. Je ne savais pas comment ça se passait à l’intérieur. Est-ce que la milice était intervenue ? Est-ce qu’il arrivait à dormir ? Une nuit en particulier, j’ai eu très peur : les sirènes ont retenti pour nous faire croire que la grève était finie et que la milice avait embarqué les grévistes. Mais on s’est rendu compte que les camionnettes qui quittaient l’usine étaient vides. C’était une fausse alerte. Ce qui a fait monter d’un cran la colère des gens. Mais la grève s’est arrêtée à l’appel de Solidarnosc. Lech Walesa a dit que les autorités étaient prêtes à discuter. Mais les ouvriers étaient inquiets car ils n’avaient aucune garantie. Et surtout, ils ne savaient pas si leur acte de grève allait rester impuni.