Ir7al, le cri de la jeunesse arabe - carnet de route #4

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Dans les rues de Tunis

De cette histoire, nous en rions beaucoup entre nous. Sous la dictature de Ben Ali, Nicolas était arrivé à Tunis en voiture solaire...!


Son équipe avait était encadrée par l'agence tunisienne de communication extérieure (ACTE), celle-là même qui a offert des vacances à Gérard Longuet, ministre français de la Défense.


L'ACTE est une agence de promotion du pays, rattachée directement à la présidence de la République : son rôle est d'encadrer les journalistes étrangers pour leur sécurité et pour contrôler leur travail.


La voiture solaire avait été un casse-tête pour l'agence. Vous imaginez, une voiture qui possède une autonomie réduite et qui peut donc s'arrêter n'importe où, n'importe quand...



La place et l’Avenue 7 novembre rebaptisées place 14 janvier 2011 et avenue Mohamed Bouazizi.

« Cette agence était capable d'ordonner à tous les policiers tunisiens de ne pas arrêter une voiture solaire », rigole Karim Fathallah, un Tunisien de 30 ans. A l'époque, ce professeur d'informatique avait reçu l'équipe chez lui. Avec ses amis, il nous a invité à boire un verre sur une terrasse.

 
L'ancien siège du RCD, le tout puissant parti de Ben Ali a été saccagé durant la révolution. Il est aujourd'hui gardé par l'armée.

En ce promenant à Tunis, particulièrement sur l'avenue Habib Bourguiba, on s'imagine mal qu'une révolution a débuté ici et que la place était noire de monde jusqu'au 14 janvier 2011.


Les militaires et leurs blindés se sont postés aux endroits stratégiques de la ville, comme devant l'ancien siège du rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Ben Ali ou le Ministère de l'Intérieur.


Les affiches du dictateur ont été remplacées par de grandes publicités. Les vendeurs de jasmin et à la sauvette (interdits sous l'ancien régime) se sont multipliés dans les ruelles du centre.


Nous sommes tous déjà allés en Tunisie lorsqu'elle était sous sa chape de plomb.
Et le vrai changement, c'est que nous pouvons parler politique ouvertement et librement sur les terrasses. Une chose qui n'était pas possible il y a encore six mois.
La réflexion paraît basique. C'est la première chose que nous remarquons dans le pays et ce n'est pas rien.


« Dans les facultés, c'était le seul endroit où on pouvait parler politique, explique Karim qui enseigne à l'université, à Bizerte. Sous Ben Ali, les manifestations avaient lieu à l'intérieur de l'université et étaient réprimées ».


Chose nouvelle aussi, depuis la révolution, Karim n'a jamais autant lu sur son pays. Il a enfin plaisir à s'y intéresser.

La littérature sur la révolution et la politique tunisienne est désormais abondante dans les vitrines des librairies de la capitale.

« Sous la dictature, nous n'aurions pas pu avoir cette conversation», explique ce vendeur à qui nous achetons une carte SIM. Des petites choses de la vie rappellent encore le régime, à commencer par les billets de banque que nous utilisons pour le payer. « Certaines taxes sont toujours présentes. Avec un crédit de recharge de 5 dinars, vous devez payer une taxe supplémentaire de 6%. »


Mohammed Guinoubi, étudiant en informatique de 21 ans que nous avons rencontré via les réseaux sociaux : « Même chez nous, nous chuchotions. On disait que les murs avaient des oreilles ».






Il participe depuis deux semaines au sitting sur la place des droits de l'Homme. Ils sont une petite centaine à demander que les objectifs de la révolution soient honorés, que le système Ben Ali soit épuré.


La mobilisation n'est pas très forte. Ils étaient plusieurs centaines de milliers lors des rassemblements à la Kasbah pour demander le départ du gouvernement Gannouchi.



Le sitting sur la place des Droits de l'Homme à Tunis. Les jeunes demandent la réalisation des objectifs de la révolution et la fin de la corruption.

La tâche est immense, tant le clan Ben Ali a su instaurer la corruption dans tous les rouages du système. Il y a aussi les crimes du régime qui ne doivent pas rester impunis. Les familles des martyrs à consoler et à réconcilier et surtout... des élections législatives à préparer. « Sous Ben Ali, tout le monde comprenait la politique et ne disait rien. Aujourd'hui, tout le monde parle mais personne ne la comprend», conclut Walid, avocat croisé sur la terrasse d'un café.