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Irak : le groupe Etat islamique est-il vaincu ? 

Sujet EI vaincu Irak
Commentaire Sophie Golstein

En 2014, les djihadistes proclamaient le califat et s'emparaient d'un tiers du territoire irakien. Trois ans plus tard, la victoire est-elle acquise ? C'est en tout cas ce qu'annonce le Premier ministre irakien Haider al-Abadi.

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Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a annoncé la victoire sur le groupe jihadiste État islamique (EI) qui avait menacé en 2014 l'existence même de l’État irakien en s'emparant du tiers de son territoire.

En Irak et en Syrie, le groupe Etat islamique s'était établi en le nord, avec une capitale syrienne à Raqqa et une autre en Irak, à Mossoul.
En Irak et en Syrie, le groupe Etat islamique s'était établi en le nord, avec une capitale syrienne à Raqqa et une autre en Irak, à Mossoul.

Dans un discours solennel prononcé samedi devant le ministère de la Défense à Bagdad en présence de représentants de tous les corps d'armée, M. Abadi a annoncé que la prochaine bataille serait la lutte contre la corruption, véritable cancer qui obère le développement du pays.

Dimanche a été déclaré jour férié pour "célébrer la victoire", selon un communiqué officiel."C'est une victoire et une fête pour tous les Irakiens, mais en dépit de cette victoire finale, nous devons rester sur le qui-vive", a dit le Premier ministre, qui est aussi le commandant en chef des forces armées.

La défaite militaire de l'EI en Irak, facilitée par l'appui crucial de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, marque un tournant dans la lutte lancée il y a trois ans pour en finir avec cette organisation jihadiste responsable de massacres, d'exactions et d'attentats.

Cependant, pour l'expert des mouvements jihadistes, Hicham al-Hachemi, "si l'EI ne contrôle plus à proprement parler un centimètre carré du territoire irakien, il possède encore des caches et des dépôts d'armes" en Irak. Preuve en est, le jour même, les forces progouvernementales ont annoncé avoir tué dix kamikazes de l'EI qui se cachaient dans un tunnel près de Kirkouk, dans le nord de l'Irak.

Et dans la Syrie voisine, les jihadistes de l'EI sont revenus dans la province d'Idleb (nord-ouest), près de quatre ans après en avoir été évincés, a annoncé une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). L'EI a pourtant perdu la majeure partie du territoire conquis en Syrie et son "califat" autoproclamé en 2014 est désormais en lambeaux.

"Nous les avons vaincus"

"Nos forces contrôlent complètement la frontière irako-syrienne et j'annonce donc la fin de la guerre contre Daech", un acronyme en arabe de l'EI, avait déclaré plus tôt M. Abadi lors d'une conférence à Bagdad. "Nous avons gagné par notre unité et notre détermination. Nous les avons vaincus en peu de temps", a-t-il ajouté.

Le chef du commandement conjoint des opérations (JOC, qui coordonne la lutte anti-EI en Irak), le général Abdel Amir Yarallah, a annoncé de son côté que les forces irakiennes contrôlaient "toute la frontière avec la Syrie entre le point de passage d'Al-Walid et celui de Rabia", distants de 435 km.

Les Etats-Unis, par la voix de la porte-parole du département d'Etat Heather Nauert, ont salué la fin de l'"ignoble occupation" de l'Irak par l'EI. "L'annonce des Irakiens indique (...) que les populations vivant dans ces régions ont été libérées du contrôle brutal de l'EI", a-t-elle indiqué dans un communiqué, soulignant cependant que cela ne signifiait pas que "la guerre contre le terrorisme, et même contre l'EI, en Irak soit terminée".

Dans un tweet plus tôt, la coalition internationale avait adressé ses "félicitations" à Bagdad pour "la libération de tous les territoires peuplés tenus par Daech en Irak", laissant ainsi entendre que l'EI maintiendrait des caches dans des zones non peuplées.

L'EI peut continuer à nuire

L'EI s'était emparé en 2014 lors d'une offensive éclair du tiers de l'Irak, mettant la main sur la quasi-totalité des régions sunnites dans l'ouest, le centre et le nord du pays. En prenant le contrôle d'un territoire aussi vaste que l'Italie, à cheval sur la Syrie et l'Irak, l'EI avait proclamé un "califat" avec ses deux capitales Mossoul en Irak et Raqa en Syrie.

L'armée irakienne avait battu en retraite face au rouleau compresseur des jihadistes et devant l'imminence du danger, la principale figure spirituelle de la communauté chiite en Irak, l'ayatollah Ali Sistani, avait lancé un appel à la mobilisation générale.

Remises sur pied, les forces irakiennes, aidées par la coalition internationale, avaient lancé progressivement la contre-offensive en reprenant en 2016 Fallouja et Ramadi dans l'ouest mais surtout Mossoul, la deuxième ville du pays, en juillet dernier.

Cependant, selon les experts, l'EI garde une capacité de nuisance et peut encore faire couler le sang en retournant à la clandestinité et en menant des attentats spectaculaires.

En outre, pour en finir totalement avec l'EI, l'armée irakienne a annoncé son intention de nettoyer à une date non précisée le Wadi Houran, une vallée située dans la province occidentale d'Al-Anbar. L'EI est toujours présent dans ce relief accidenté, où il a établi des caches et dispose de dépôts d'armes.