Irak : le groupe Etat islamique s'attaque à la culture

irak destruction oeuvre
Récit de Rémy Vincent.

Le groupe Etat islamique s'en prend au patrimoine culturel irakien en détruisant, dans le musée de Mossoul, des pièces d'art datant de plusieurs millénaires. Un Etat doit-il protéger ses oeuvres d'art ? Quel rôle peut jouer l'ONU ?

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Des sculptures jonchent le sol du musée de Mossoul en Irak. Par terre, en morceaux, gisent des statues, des frises et d'autres trésors pré-islamiques datant de plusieurs siècles avant l'ère chrétienne. 

Ce triste spectacle apparaît dans une vidéo communiquée, ce jeudi  26 février, par le groupe Etat islamique, auteur de ces destructions d'un patrimoine culturel irakien important. Sur les images, on voit des membres du groupe djihadiste faire tomber des statues de leurs piédestaux dans le musée, en détruire certaines à la masse pour les réduire en miettes.

Dans la vidéo, l'un des djihadistes déclare : "Fidèles musulmans, ces sculptures derrière moi sont des idoles pour les peuples d'autrefois qui les adoraient au lieu d'adorer Dieu. "

Patrimoine mondial

Selon des experts, il s'agirait de pièces originales, de reconstitutions et de copie provenant de la ville antique d'Hatra, à 100km au sud-ouest de Mossoul, un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO

"La collection du Musée de Mossoul couvre toute la gamme de la civilisation dans la région, avec des sculptures remarquables de villes royales comme Nimrud, Ninive, et Hatra", explique à l'AFP Thomas Campbell, directeur du Metropolitan Museum de New York.

Sur d'autres plans de la vidéo, les djihadistes perforent un taureau ailé assyrien en granit sur le site archéologique de la porte de Nergal à Mossoul. La deuxième ville du pays est contrôlée par les djihadistes depuis l'été dernier. 

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©capture d'écran

Ces destructions rappellent celles des bouddhas de Bamiyan par les Talibans  afghans en 2001 ou la démolition des mausolées de Tombouctou par les islamistes touaregs d'Ansar Dine en 2012 (voir encadré ci-contre).

Dans le monde, les réactions n'ont pas tardé, à commencer par celle d'Irina Bokova, directrice générale de l'UNESCO : "Cette attaque est bien plus qu'une tragédie culturelle – elle relève d’une question de sécurité dans la mesure où elle alimente le sectarisme, l'extrémisme violent et le conflit en Irak. Il s’agit en outre d’une violation directe de la récente résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (2199) qui condamne la destruction du patrimoine culturel et adopte des mesures juridiquement contraignantes pour lutter contre le trafic illicite des antiquités et des objets culturels de l'Irak et la Syrie." Irina Bokova a appelé à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité. 

Ils veulent détruire tout ce qui est humanité

François Hollande

Le président François Hollande a estimé vendredi 27 février que "ce que veulent faire les terroristes, c'est détruire tout ce qui est humanité." Il a ajouté "Quand on veut anéantir le patrimoine, on veut anéantir tous ceux et toutes celles qui portent un message de culture."

De son côté, Jack Lang, président du l'Institut du monde arabe à Paris a qualifié les djihadistes de "fanatiques hitlériens". "Leur modèle c'est le fascisme hitlérien qui s'est employé à brûler les livres et à organiser des cérémonies d'autodafés." Et tout en souligner que "ce totalitarisme est pleinement étranger à l'islam des lumières", il a appelé à combattre ces actes. 

Protéger son patrimoine 

L'Etat est-il responsable de la sauvegarde de son patrimoine culturel ? Outre la résolution prise par le Conseil de sécurité contre la destruction et le trafic du patrimoine irakien et syrien, comment protéger les oeuvres d'art ? Trois questions à Christian Manhart, chef de la section musées à l'UNESCO, qui nous livrait ses réponses déjà en avril 2012. Voici ses explications. 

Un Etat est-il obligé de protéger son patrimoine culturel ?

Un Etat est obligé de protéger son patrimoine dans le cadre de la convention du patrimoine mondial de l’UNESCO pour tous ses sites inscrits. Pour les autres États, il n’y a pas d’obligations légales vis à vis de la communauté internationale ou de l’UNESCO. Cela dépend de la législation de chaque Etat.

Si ses œuvres n’ont pas de statut de patrimoine mondial, l’Etat peut décider de les vendre, de les donner ou de les échanger. L’UNESCO n’a aucun mot à dire.

Dans un cas grave, l’UNESCO peut exercer une pression morale en rappelant l’importance de ce patrimoine mais cela n’a rien de légalement contraignant.

Que se passe-t-il si un Etat qui a des sites inscrits ne fait cependant pas le nécessaire pour protéger son patrimoine ?

En général, nous sommes avertis par des individus, souvent des conservateurs du site.Le centre du patrimoine mondial fait une évaluation puis le comité du patrimoine mondial se rassemble. Les 21 pays membres élus du comité décident d’envoyer une mission d’évaluation dans les cas graves. Cette mission se rend sur le site pour voir quel est le problème et comment le résoudre. Si le problème est réel, si c’est la faute du gouvernement, l’UNESCO menace le pays de rayer ses sites de la liste du patrimoine mondial.

Deux fois des sites ont été rayés : le premier le parc naturel d'oryx à Oman et le site de la vallée de l'Elbe à Dresde en Allemagne. Ces États n’ont pas respecté les obligations de la convention. 

Qu’en est-il du patrimoine culturel dans un pays en proie à un conflit ?

Les bouddhas de Bamiyan en Afghanistan par exemple ont été dynamités par les Talibans en 2001. L’Afghanistan avait ratifié la convention du patrimoine mondial dans les années 70 sans inscrire de sites sur la liste. Donc, il n’y avait aucune protection. L’UNESCO a fait une pression morale en écrivant au Mollah Omar. L’UNESCO a fait pression sur les religieux en envoyant une mission de treize dignitaires pour discuter avec le Mollah pendant quatre heures sans résultat. Ni L’UNESCO, ni l’ONU n’a pu éviter la destruction. Dans ces cas-là, l’UNESCO n’a pas une force militaire pour intervenir.