Irak : qui intervient contre l’Etat islamique ?

Des combattants kurdes près du Kurdistan irakien ©AFP
Des combattants kurdes près du Kurdistan irakien ©AFP

Le sommet de l’OTAN s’ouvre ce 4 septembre pour deux jours à Newport au Pays de Galles. L'avancée des djihadistes de l’Etat islamique en Irak devrait être abordée en marge de cette rencontre internationale. Certaines puissances occidentales, les États-Unis en tête, ont fini par s’engager sur le plan militaire et/ou humanitaire. Une coalition des pays occidentaux et des pays du Golfe est-elle désormais possible ?

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Pendant de longues semaines de conquête du territoire irakien qui s’est accélérée depuis le 9 juin dernier, l’Etat islamique (EI) n’a pas rencontré immédiatement de résistance des forces militaires nationales ou internationales.

L’exécution d’un deuxième journaliste américain, Steven Sotloff, cette semaine, et la menace de meurtre d’un troisième otage pourraient-elles pousser davantage de puissances étrangères à intervenir dans la lutte contre l’EI en Irak ? La réponse pourrait être donnée après la tenue du sommet de l’OTAN au Pays de Galles les 4 et 5 septembre. Avant ce sommet, de nombreuses réunions ont déjà eu lieu, des déclarations provenant des puissances occidentales se sont multipliées quant à une action sur le territoire irakien.

Du côté européen, l’Union s’est dit déterminée à « combattre l’Etat islamique » dans un communiqué publié mercredi 3 septembre. Reste à savoir comment exactement.

L’Europe en action ?

Livraison de matériel humanitaire français sur l'aéroport d'Erbil au Kurdistan irakien ©AFP
Livraison de matériel humanitaire français sur l'aéroport d'Erbil au Kurdistan irakien ©AFP


La France a ainsi été parmi les premiers pays à décider, le 13 août, d’acheminer rapidement des armes aux Kurdes (lire notre article sur le Kurdistan) alors que la situation du pays s’aggravait considérablement sur les plans politique, militaire et humanitaire. Si toutes les armes n’ont, à ce jour, pas été livrées, une partie est déjà parvenue aux peshmergas (nom donné aux combattants kurdes). 

Mercredi 3 septembre, François Hollande a souligné dans un communiqué « l’importance d’une réponse politique, humanitaire et si nécessaire militaire dans le respect du droit international ».

Avant d’en venir à un soutien armé aux Kurdes, la France a déjà effectué, depuis le 10 août, des largages d’aide humanitaire dans les zones assiégées ou récemment reprises à l’EI dans le nord de l’Irak. « La France continuera à apporter son aide à la population irakienne menacée par la violence et le terrorisme », lit-on dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères français. Une aide humanitaire coordonnée ces derniers jours avec les Australiens, les Américains, et les Anglais.

L’Angleterre se retrouve au centre de l’attention médiatique et diplomatique depuis la révélation des origines anglaises du bourreau masqué de l’Etat islamique qui a exécuté le journaliste américain James Foley. Il apparaît aux côtés de l’otage tué dans une vidéo diffusée le 20 août. L’exécuteur pourrait être originaire de Londres ou du sud de l’Angleterre, selon les révélations de certains médias britanniques.

Désormais, c’est la vie de l’humanitaire britannique David Cawthorne Haines qui est en danger.  Menacé de mort par, semblerait-il, le même bourreau aux accents anglais qui a décapité le deuxième journaliste américain Steven Sotloff dans une vidéo mise en ligne le 2 septembre. Autant d’actes et d’informations qui pourraient pousser les Anglais à davantage s’investir sur le dossier EI d’autant plus que 500 ressortissants britanniques auraient rejoint les djihadistes irakiens et syriens de l’Etat islamique. Le gouvernement britannique a, pour l’instant, pris des mesures visant à empêcher le retour des djihadistes anglais sur son sol. Mais pour l’instant, aucune décision n’a été prise à Londres où « toutes les options disponibles » pour protéger l’otage anglais sont examinées.

Jusqu’à présent, l’Angleterre a apporté une aide humanitaire, des armes et des munitions aux peshmergas qui luttent contre les djihadistes de l’Etat islamique. Mais les dernières exécutions des otages américains pourraient changer la donne. Le chef de la diplomatie anglaise, Philip Hammond, a annoncé, mercredi 3 septembre, que Londres n’excluait pas de mener des bombardements aériens sur les troupes djihadistes comme le font déjà les Etats-Unis.

En Europe toujours, Berlin a annoncé cette semaine envoyer, pour le première fois, des armes aux Kurdes. Une aide qui se justifie, pour la chancelière Angela Merkel, par la menace que l’Etat islamique fait peser sur « l’Europe et l’Allemagne » alors que 400 citoyens allemands se trouvent en Syrie et en Irak.
 

Retour militaire américain

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry à Erbil le 24 juin ©AFP
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry à Erbil le 24 juin ©AFP


Jusqu’à présent, ce sont uniquement les États-Unis qui sont en action sur le terrain. Depuis le 8 août, Washington a décidé de renouer avec leur engagement militaire en Irak  pour la première fois depuis leur retrait fin 2011. Plus de 800 soldats sont désormais déployés sur le terrain après l’annonce par Barack Obama, le 2 septembre, de l’envoi de 350 militaires supplémentaires à Bagdad. Une décision prises quelques heures après la diffusion d’une vidéo de l’exécution du deuxième journaliste américain Steven Sotloff.

Le rôle de ces troupes américaines ? Protéger le personnel diplomatique américain, conseiller l’armée irakienne et mener des frappes aériennes qui viennent appuyer la contre-offensive menée par les soldats irakiens, les forces kurdes et les miliciens chiites. Ces derniers ont notamment repris des mains des djihadistes le barrage de Mossoul (lire notre article), ainsi que de deux villes dont Armeli, cité turcomane chiite où les Américains ont mené quatre raids.

Fin août, le porte-parole du Pentagone déclarait que ces frappes américaines coûtaient à Washington « environ 7,5 millions de dollars par jour ».
 

Et l’ONU ?

Conseil de sécurité de l'ONU ©AFP
Conseil de sécurité de l'ONU ©AFP


Les Nations unies qui ont dénoncé cette semaine un « nettoyage ethnique et religieux », « des crimes de guerre » et « des crimes contre l’humanité » ont déjà livré « 45 tonnes de produits de première nécessité ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU a également décidé d’envoyer une dizaine d’enquêteurs sur le terrain pour rapporter des preuves de exactions commises par les forces de l’Etat islamique contre différentes communautés religieuses et ethniques irakiennes.
 

Vers une coalition arabe ?

Une réunion du Conseil de Coopération du Golfe en Arabie saoudite ©AFP
Une réunion du Conseil de Coopération du Golfe en Arabie saoudite ©AFP


Alors que le secrétaire d’Etat américain John Kerry doit bientôt se rendre au Moyen-Orient, et que s’ouvre le sommet de l’OTAN en Angleterre, les entretiens et les échanges se sont intensifiés, ces dernières semaines, entre les pays du Golfe qui voient aussi l’Etat islamique comme une menace (lire notre entretien avec Myriam Benraad).

Une rencontre a récemment eu lieu entre le prince saoudien Al-Fayçal, ministre des Affaires étrangères et son homologue vice-ministre iranien Hossein Amir Abdollahian. Un entretien à ce niveau est une première entre les deux puissances, depuis l’élection du président iranien Hassan Rohani en 2013.

Pourrait-on voir se profiler une coalition entre pays du Golfe et des alliances avec les pays occidentaux pour contrer la progression de l’EI ? Les rapprochements restent compliqués car de nombreux dossiers en cours dans la région suscitent des divisions : situation en Syrie, négociations sur le nucléaire iranien, la stabilité du Liban, la présence américaine dans la région… De plus, une crise diplomatique se poursuit depuis six mois entre le Qatar d’un côté et l’Arabie saoudite, les Émirats et Bahreïn, de l’autre.

Samedi 6 septembre  doit se tenir, à Jeddah dans l’ouest de l’Arabie saoudite, une réunion des ministres des affaires étrangères du Qatar, Bahreïn, Émirats, Koweït, Oman et Arabie Saoudite qui forment le Conseil de Coopération du Golfe (CCG).

L’Iran pourrait participer à cette réunion alors que la puissance chiite est toujours en pleines négociations internationales sur le nucléaire et habituellement farouchement opposé à l’Arabie saoudite sunnite. Du bon déroulement ou non de cette réunion du CCG pourra découler, peut-être, une coalition arabe contre l’EI.