Iran : Hassan Rohani investi président

Hassan Rohani vient de prendre officiellement ses fonctions. Prestation de serment devant le Guide suprême d’abord, puis au Majlis, le Parlement iranien, ce dimanche en présence de dignitaires étrangers, une première en Iran. Elu en juin dernier, ce religieux âgé de 64 ans succède à Mahmoud Ahmadinejad pour devenir le septième président de la République islamique d’Iran.

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Jusqu’ici tout semble lui sourire. Candidat à l’élection présidentielle face à sept adversaires dont six conservateurs et ultra-conservateurs du régime, il n’était guère donné gagnant. D’autant plus que l’un de ses proches alliés et mentor, l’ex-président Ali Akbar Hachémi Rafsanjani venait de se faire refuser le droit de se présenter au scrutin.
Et pourtant la campagne éclair du mois de juin lui a été plus que favorable. Très vite, ce centriste pragmatique a rassemblé autour de lui modérés et réformateurs du pays. Fort du soutien de son mentor Hachémi Rafsanjani, il a également profité de l’aide de l’ex-président réformateur Mohammad Khatami. Le seul candidat réformateur en lice, Mohammad Reza Aref, s’est ainsi désisté pour lui assurer un meilleur score.
Le 14 Juin dernier, Hassan Rohani a donc réuni plus de 18 millions de votes soit 50,68 % des voix. Un score honorable, et nécessaire pour rétablir la crédibilité du processus électoral iranien après la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinéjad en 2009, les manifestations géantes et la violente répression qui ont suivi l’annonce des résultats.
Célébrée par les Iraniens et accueillie avec soulagement en Occident, sa victoire –celle de « la modération sur l’extrémisme » selon ses propres mots- peut permettre à l’Iran de tourner la page après les huit de présidence tumultueuse de Mahmoud Ahmadinéjad. Mais le nouveau président arrive au pouvoir à une époque particulièrement difficile pour le pays, à la fois sur le plan économique, diplomatique et politique.

Le sauveur de l’économie ?

Mahmoud Ahmadinéjad, président sortant
Mahmoud Ahmadinéjad, président sortant

Les années Ahmadinejad ont coûté cher à l’économie iranienne. Aux problèmes structurels (faible exportation de produits non-pétroliers, dépendance aux importations, chômage endémique), se sont ajouté les effets de la politique économique d’un président critiqué par une bonne partie des économistes et chefs d’entreprises du pays.
Mais le véritable coup dur est venu de l’aggravation des sanctions imposées dès 2011 par l’Union européenne. Jusqu’ici l’embargo américain avait gêné l’économie iranienne sans vraiment l’affaiblir. Mais les sévères sanctions imposées par les 27 l’ont rapidement étranglée, d’autant plus que d’autres partenaires traditionnels de l’Iran, tel le Canada, l’Australie ou le Japon ont aussi limité leurs échanges.
 « Les sanctions ont joué un rôle majeur en réduisant en particulier les devises, ce qui a provoqué une chute du rial et une inflation forte en Iran »,souligne Fereydoun Khavand, économiste et professeur à l’Université Paris V.« Et la situation risque d’empirer. Avec la poursuite des sanctions et leur accentuation, l’Iran ne pourrait exporter que 500 000 barils par jour. »
Avant 2011, le pays exportait plus de 2 millions de barils de brut par an. Désormais ces exportations ont été divisées par deux, tout comme la production automobile du pays. La croissance iranienne est en berne, et l’interdiction bancaire qui frappe les institutions publiques financières a provoqué une chute vertigineuse du taux de change Rial/Dollar. La monnaie nationale iranienne a donc perdu près de 80% de sa valeur, d’où la chute du pouvoir d’achat des Iraniens, alors que le coût des produits de première nécessité continue de grimper. Certains prix ont doublé, d’autres triplé, atteignant parfois des sommes astronomiques pour des ménages de classe moyenne.
C’est dans ce contexte de déliquescence économique et de ras-le-bol social que Hassan Rohani prend la direction du pays. Et le nouveau président sait qu’il n’y a pas de miracle ; l’économie ne pourra se relever tant que les sanctions occidentales seront maintenues.

« Le Cheikh diplomate »

Rohani, pendant la campagne électorale
Rohani, pendant la campagne électorale

Samedi, lors de sa prise de fonction, Hassan Rohani a promis que son gouvernement allait « œuvrer pour sauver l’économie, relancer l’entente constructive avec le monde » et « lever les sanctions oppressives » imposées à l’Iran. Mais pourra-t-il sortir les négociations nucléaires de l’impasse ?
Ami de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, révolutionnaire de la première heure, le nouveau président iranien est un homme issu du sérail avec plus de trente ans d’expérience politique au sein de la République islamique. Proche du Guide suprême Ali Khamenei avec lequel il entretient d’excellentes relations, il siège depuis 1989 au sein du Conseil suprême de la sécurité nationale (CSSN).
C’est ainsi qu’il a négocié le dossier nucléaire entre 2003 à 2005 sous la présidence du réformateur Mohammad Khatami, ce qui lui a valu le surnom de « Cheikh diplomate ». Il avait alors dirigé les discussions avec la troïka européenne (France, Grande-Bretagne et Allemagne). A l’époque il avait accepté de suspendre l’enrichissement d’uranium et d’autoriser des visites des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Pour certains diplomates occidentaux, son élection signifie donc une reprise des négociations nucléaires sous de bons auspices. Washington a ainsi assuré Téhéran de « sa bonne volonté » si l’Iran est « sérieux ». De leur côté, les dirigeants européens multiplient les déclarations conciliantes…
L’arrivée au pouvoir de Rohani peut-il mettre fin au bras de fer autour du nucléaire iranien ? Peut-être, mais le dossier nucléaire reste avant tout l’apanage du Guide suprême. Le président iranien ne pourra rien négocier sans l’aval de l’ayatollah Khamenei et pour l’heure il reste engagé sur la même voie que son prédécesseur : maintenir le droit de l’Iran à avoir un programme nucléaire civil et dénoncer les sanctions. Or, dans de telles conditions et après dix ans de négociations dans l’impasse, la reprise de dialogue risque d’être laborieuse…

Marge de manoeuvres

Au bazar de Téhéran
Au bazar de Téhéran

Même si le « cheikh diplomate » y parvient, la levée éventuelle des sanctions et l’amélioration des conditions économiques pourra soulager la population, satisfaire le Guide suprême et les religieux conservateurs, et par là même donner du souffle et de l’élan à la présidence Rohani. Mais pour une partie des Iraniens, cela ne suffira pas.
Durant sa campagne présidentielle, Hassan Rohani a multiplié les promesses en direction du camp réformateur et des électeurs iraniens : davantage de libertés publiques, davantage de droits aux femmes, fin de l’ingérence de l’Etat islamique dans la sphère privée, et libération des prisonniers politiques. A commencer par les ex-candidats à la présidentielle de 2009 et leaders du Mouvement vert, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, tous deux en résidence surveillée depuis plus de trois ans.
Pourra-t-il réaliser ses promesses? Tout dépend de sa volonté politique –une fois le temps de la campagne électorale passé-, de sa marge de manœuvre auprès du Guide suprême et de sa capacité à gérer les différentes factions, alliances et mouvances du régime iranien.

En images : un gouvernement technique

04.08.2013Par Karine Barzegar
En images : un gouvernement technique

Les présidents iraniens depuis la révolution islamique de 1979

4 février 1980 – 21 juin 1981 :
Abolhassan Bani Sadr, destitué puis exilé

2 août 1981 – 30 août 1981 :  
Mohammad Ali Rajai, assassiné

13 octobre 1981 – 17 août 1989 :
Ali Khamenei, président puis Guide suprême
 
17 août 1989 – 3 août 1997 :
Ali Akbar Hachémi Rafsanjani, le président pragmatique
 
4 août 1997 – 3 août 2005 :
Mohammad Khatami, le président réformateur

3 août 2005 – 3 août 2013 :
Mahmoud Ahmadinejad, le président controversé

3 août 2013: Hassan Rohani, élu président le 14 juin