Iran : que s'est-il passé au Grand bazar ?

De nombreux commerces étaient encore fermés ce jeudi 4 octobre dans le Grand Bazar de Téhéran. Des échauffourées ont éclaté mercredi entre des protestataires et la police venue arrêter des revendeurs illégaux de devises. Le rial iranien a atteint en début de semaine son plus bas niveau historique. Le pouvoir fustige les sanctions économiques internationales que le pays subit. Récit et analyse.

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Les faits

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Entretien avec Slimane Zeghidour, éditorialiste à TV5monde.

Propos recueillis par Léa Baron
Qui sont les manifestants ayant participé aux échauffourées mercredi 3 octobre à Téhéran ?

Étant donné les difficultés pour travailler sur place, la quasi impossibilité de la presse étrangère indépendante pour parler avec les gens, on peut dire que ce sont les même jeunes qui n’ont pas de débouchés professionnels une fois qu’ils ont eu leur diplôme sont dans la rue.  Ce sont ces jeunes instruits, branchés comme on dit sur les pulsations du monde extérieur qui protestent. Téhéran est la capitale de la classe moyenne.

Le marché de l’emploi est complètement amorphe car l’économie iranienne est une économie de type soviétique, très étatisée, extrêmement bureaucratique avec un personnel pléthorique.

Il y a un libéralisme qui n’est pas très développé. Il n’y a pas seulement l’effondrement de la monnaie nationale iranienne. Il y a un surenchérissement des prix. Le poulet par exemple est devenu un produit de luxe en Iran.

Pourquoi est-ce particulièrement significatif que les protestations aient eu lieu dans le Grand Bazar ?

Le Grand Bazar à Téhéran est le cœur de l'économie iranienne. Les bazaris constituent une caste très influente en Iran avec un pouvoir économique et politique important. Ils ont par exemple participé à la chute du Shah d'Iran.

Aujourd'hui encore des magasins du Grand bazar de Téhéran étaient fermés. La mobilisation peut-elle se poursuivre ?

Cela pourrait se développer mais disons que ce n'est pas le meilleur moment pour une opposition de sortir dans la rue et d’apparaître comme une cinquième colonne. En tous cas, elle ne manquera pas d’être désignée par le régime comme étant au service de puissances extérieures.

Du point de vue des médias israéliens et américains, le régime est sous la menace d’une attaque israélienne ou américaine, qu’elle soit réelle ou que ce soit de l’intox.
Le fait qu’il y ait cette épée de Damoclès au dessus du pays qui peut être attaqué de l’extérieur fait que ce n’est pas le meilleur moment pour l'opposition intérieure qui n'en peut plus.

Pourrait-on penser étant donné le contexte tendu entre l'Iran, Israël et les États-Unis que les manifestations soient orchestrées par des puissances extérieures ?

Non. Et ce serait la pire chose qui puisse arriver à l’opposition iranienne que de donner l’impression qu’elle a des soutiens extérieurs. Cela  donnerait l’impression qu’elle est au service des puissances prêtes à attaquer l’Iran ou qui l'envisagent.

Il y a de véritables raisons de mécontentement : la répression, l’intransigeance du régime, la cherté des produits alimentaires de base, les transports publics et les services sociaux qui sont complètement laminés. Les gens reprochent au pouvoir d’avoir fait de l’Iran un État paria et de l’avoir marginalisé. Il y a suffisamment de motifs internes pour descendre dans la rue tous les jours.

Y a-t-il eu des échos de ces échauffourées dans la presse israélienne ?

Un journal israélien de droite pro Netanyahou Israël Ha Yom titre aujourd’hui : "la place Tahrir de Téhéran". Le journal assimile cela à la place Tahrir du Caire en Égypte investie par les manifestants qui ont fini par avoir la tête de leur président Moubarak. C'est donner une importance à l'événement qu'il n'a pas. Ceci étant dit, es puissances extérieures sont à l’affut de la moindre brèche et ces manifestations peuvent en être une.