Islande : retour à droite

Thorvaldur Orn Krismundsson. AFP

Quatre ans après sa victoire historique, la coalition de gauche est donné perdante des élections législatives du 27/04/13. L’Islande sort de la crise mais les Islandais sont mécontents. Les partis traditionnels de droite semblent devoir tirer leur épingle du jeu.

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Ce pourrait être la fin d’une expérience inédite… La République d’Islande n’avait jamais été gouvernée par la gauche seule depuis sa fondation en 1944. Pourtant, en 2009, déboussolés par la crise financière qui frappait leur pays, les électeurs avaient permis à une coalition formée de « L’Alliance » (sociaux démocrates) et du Mouvement gauche-verts d’accéder au pouvoir.
Mais s’il faut en croire les sondages qui ont précédés les législatives de ce samedi, les Islandais semblent bien décider à revenir à leur traditionnelle alliance de centristes et de conservateurs.
Sur le papier, la gauche n’a pas failli. L’effondrement du système bancaire en 2008 avait entrainé une grave crise économique, la couronne s’était retrouvée dévaluée de 45 %, mais le gouvernement de 2009 semble avoir redressé la barre. En 2012, la croissance a atteint 1 ,6 %, le nombre de chômeurs est redescendu à moins de 5 % de la population active et même la balance commerciale est devenue bénéficiaire.
Pourtant, les Islandais ne sont pas impressionnés : leur niveau de vie n’est pas revenu au niveau de 2007, ils souffrent de l’inflation (9 % en 2010, 5 % en février 2013) et, surtout, sont surendettés. Beaucoup d’entre eux avaient souscrit un prêt immobilier indexé sur l’inflation et ils n’arrivent plus à le rembourser, ou sinon au prix de grands sacrifices. Sous l’impulsion du FMI qui a prêté 1,6 milliards d’Euros à Reykjavik, le gouvernement s’en est tenu à un strict effort budgétaire : baisse des dépenses, augmentation des impôts. Pas de quoi se rendre populaire.



La peur de l’Europe

Le conservateur Bjarni Benediktsson (Parti de l'indépendance) vote à Reykjavik, le 27 avril 2013. )
Le conservateur Bjarni Benediktsson (Parti de l'indépendance) vote à Reykjavik, le 27 avril 2013. )


Les Islandais veulent changer et ils se tournent à nouveau vers les deux partis de gouvernement traditionnels : le Parti du Progrès (centriste) et le Parti de l’Indépendance (conservateur), oublieux du fait que ces formations ont présidé à la libéralisation du secteur financier aujourd’hui dénoncée.
Pour réussir ce retour au pouvoir, les deux partis ont aussi surfé sur la vague anti-UE qui mobilise beaucoup d’Islandais. L’adhésion, c’est le projet du parti social-démocrate mais il semble qu’il peine à convaincre des citoyens attachés à l’indépendance de leur petite patrie. Les négociations d’adhésion ont déjà commencé avec Bruxelles, mais elles pourraient très vite tourner court.
Les deux partis ont aussi rajeuni leurs cadres. Le Parti du Progrès est désormais dirigé par un homme de 38 ans, Sigmundur David Gunnlaugsonn que l’on présente comme le futur premier ministre. D’autres sondages donnent favori Bjarni Benediktsson, 43 ans, président du parti de l’Indépendance. Traditionnellement, le parti arrivé en tête des suffrages choisit le Premier Ministre qui va ensuite négocier une coalition. L’arrivée au pouvoir d’un de ces deux hommes sera un renouvellement de générations puisque le Premier Ministre sortant, Johanna Sigurdardottir, a fait ses adieux à la politique à l’âge de 70 ans. Les sociaux-démocrates avec 13 % des intentions de vote risquent une défaite historique. L’apathie de la campagne et des électeurs potentiels laissent aussi présager une abstention importante.

Les résultats définitifs confirment la victoire des partis de droite

28.04.2013
Le Parti de l'Indépendance est arrivé en tête avec 26,7 % des voix, devançant légèrement le Parti du progrès (24,3%).
Les deux partis obtiennent chacun le même nombre de sièges au Parlement : 19, ce qui annonce une coalition.
Le chef du Parti de l'Indépendance, Bjarni Benediktsson a revendiqué le poste de Premier Ministre.
C'est une importante défaite pour la coalition de gauche au pouvoir. L'Alliance (sociaux-démocrates) perd plus de la moitié de sa représentation avec 9 députés ( 12,9 % des voix).
Le Mouvement gauche-verts en obtient 7 (10,9 % des suffrages).
Deux partis font leur entrée au Parlement : Avenir radieux (pro-UE) a remporté 6 sièges avec 8,2% des voix. Et le Parti pirate (libertaire) est le premier de son genre que les électeurs amènent dans une Parlement national, avec 3 députés pour 5,1 % des voix.


Chiffres clés

Croissance du PIB :+1,6 % en 2012 ; -3% en 2010 ; -6,8% 2009 ; +1% en 2008 ; +6% en 2007.

PIB par habitant : 33 143 Euros en 2012.

Chômage : 4,7 % en fev. 2013 ; 8,6 % en 2010 ; 8% en 2009 ; 1,6 en 2008 ; 1% en 2007.

Taux d'inflation : 5,2 % en 2012 ; 5,9 % en 2010 ; 12% en 2009 ; 12,4% en 2008 ; 5% en 2007.

Chronologie

Septembre 2008 : crise financière mondiale

Octobre 2008 : nationalisation des trois premières banques du pays
début des manifestations devant le parlement

Novembre 2008 : demande d’une aide de 2 milliards d’euros au FMI

Janvier 20009 : heurts entre la population et la police lors des manifestations devant le parlement

26 janvier 2009 : le gouvernement démissionne

Avril 2009 : élection d’une coalition de centre gauche au parlement

Juillet 2009 : demande d’adhésion à l’Union européenne

Juillet 2010 : ouvertures des négociations d’adhésion à ‘l’union européenne

Novembre 2010 : élection d’une assemblée constituante de 25 citoyens

Juillet 2011 : dépôt du projet de nouvelle constitution au parlement

Septembre 2011 : le premier insister poursuivi en justice pour négligence dans la gestion de latries

Fin 2011 : le pays a renoué avec la croissance 3,1% fin 2011

Février 2012 : l’agence de notation Fitch relève la note de l'Islande, considéré comme un emprunteur fiable

Février 2012 :
l’ancien directeur d’une des trois banques en faillite mis en examen pour fraude et manipulation du marché

Avril 2012 : l’ex premier ministre reconnu coupable d’un seul chef d’accusation sur quatre et non sanctionné.