Israël : après la guerre, l'heure des comptes

Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien © AFP
Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien © AFP

Une semaine après l’accord sur le cessez-le-feu à Gaza, Israël fait le bilan économique de la guerre : entre deux et  trois milliards d’euros dépensés. Face à la situation, le gouvernement israélien a décidé de réduire de 2% le budget de tous ses ministères, excepté la Défense. 

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2% de budget en moins pour chaque ministère, à l’exception de la Défense. C'est la nouvelle décision du gouvernement israélien après la guerre couteuse menée contre le Hamas, à Gaza. L'annonce intervient une semaine après l’acceptation du cessez-le-feu entre les deux belligérants, après 50 jours d’affrontements. Pour Jacques Bendelac, économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem, le gouvernement israélien a choisi la solution de facilité : « couper dans les budgets c'est facile, rapide, propre ». Selon lui, il existait d’autres solutions « socialement et économiquement plus justes » comme relever les recettes fiscales. « On pourrait augmenter les taux d'imposition sur les revenus les plus élevés, ou annuler beaucoup de niches fiscales qui existent en Israël. Cela aurait permis de faire rentrer un peu d'argent », précise l’économiste. Avant d’ajouter : « Le problème, c'est qu'augmenter la fiscalité ce n'est pas très bien vu et pas très populaire, surtout auprès des grandes entreprises ».
 
Cette cure d'austérité permettrait de dégager environ 425 millions d'euros. Une somme qui devrait rembourser une partie de l'effort de guerre, "la plus longue depuis la guerre d'indépendance de 1948", selon le ministre des Finances Yaïr Lapid. 

Shai Piron, ministre israélien de l'Education. Capture d'écran
Shai Piron, ministre israélien de l'Education. Capture d'écran
Education, Santé, Affaires sociales : les ministères les plus affectés 
 
Le ministère de l’Education devrait réduire son budget de 480 millions de shekels (soit 100 millions d’euros), il est une des principales victimes de ces rigueurs budgétaires. Avec l’Education, deux autres ministères sont également frappés par cette cure d'austérité. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, a demandé un effort de 13 millions d'euros aux Affaires sociales et 9 millions d'euros à la Santé. Une annonce qui a fait bondir le ministre des Affaires sociales, Meïr Cohen : « Vous voulez qu’on les trouve où ces 62 millions de shekels (13 millions d’euros, ndlr) ? Qu’on les prenne à ceux qui sont obligés de laisser leurs enfants partir à l’école le ventre vide ? », a-t-il déclaré à la veille de la rentrée scolaire à la radio militaire. 
 
Comment ces décisions sont-elles perçues par l'opinion publique ? « Cela a fait polémique durant 24h. Le gouvernement nous a dit : " nous sortons d'une guerre, il faut bien la payer, et il n'y a pas d'autres solution". Il a convaincu l'opinion publique », assure Jacques Bendelac. Et d'ajouter : « Il ne faut pas oublier qu'Israël est en situation de guerre depuis 60 ans, c'est un débat que l'on connait tous les ans, en période de paix comme de guerre. Cela ne surprend plus ». 

Une guerre couteuse 
 
Selon les chiffres avancés, la guerre contre le Hamas aurait coûté entre 2 et 3,5 milliards d’euros à Israël. Une somme répartie entre les dépenses militaires (environ 2 milliards d’euros), la baisse de production (environ 1 milliard d’euros) ainsi que les dégâts matériels civils (200 millions d’euros), selon un article de Jacques Bendelac, économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem. Les précédentes opérations israéliennes à Gaza, Plomb durci (2008-2009) et Pilier de défense (2012) avaient coûté moins cher à l'Etat hébreu. Selon Courrier international"Plomb durci a duré vingt-deux jours et a coûté 753 millions d'euros". Pilier de défense, initiée en novembre 2012 aurait, elle aussi coûté "des millions de shekels" (monnaie israélienne : 1 shekel = 0,20 euros, ndlr)
 
Pour ce genre d'opération,"il faut distinguer le coût de la défense et le coût civil", explique Jacques Bendelac. Pour Bordure protectrice, la dernière opération israélienne à Gaza, "le coût de la défense est plus cher que les précédentes opérations car le conflit à duré plus longtemps et que les armements coûtent plus cher", précise-t-il.
 
La guerre a Gaza a coûté cher et a également fait perdre de l'argent à certains secteurs comme le tourisme. C'est la première fois qu'une opération israélienne contre Gaza se déroule en plein été. Hors, durant cette saison, le tourisme est très développé. Cette année, "le nombre de touristes étrangers a été divisé par deux", assure Jacques Bendelac. Fin juillet, au vu de la situation à Gaza, certaines compagnies aériennes avaient même décidé de suspendre pendant plusieurs jours la desserte de l'aéroport Ben Gourion en Israël. Des ralentissements de production et dans le commerce se sont également fait ressentir mais, "en général, dans un conflit comme celui-là, les pertes de production sont récupérées en trois ou quatre mois", affirme Jacques Bendelac. 

Réunion hebdomadaire du gouvernement israélien © AFP
Réunion hebdomadaire du gouvernement israélien © AFP
S’ajoute aux questions budgétaires, celle des réformes sociales. Les chantiers à venir vont-ils être maintenus ? Selon Jacques Bendelac, avant le conflit à Gaza, le gouvernement israélien s’apprêtait à adopter deux réformes : 0% de TVA sur le logement neuf et le plan de lutte anti-pauvreté recommandé par la commission Elalouf. Le premier coûterait environ 600 millions d’euros et le second 1,7 milliards d’euros. Ce qui n’est « pas négligeable pour le budget de l’Etat. Le gouvernement devra choisir ses priorités et en dégager le financement correspondant, sans alourdir encore le niveau de la dette publique », affirme le spécialiste dans son article. Si les coupes budgétaires se maintiennent, "je crains que ces grands chantiers (0% de TVA sur le logement neuf et le plan de lutte anti-pauvreté, ndlr), importants pour le gouvernement, soient remis à plus tard puisque cela coûte de l'argent". 
 
Le gouvernement israélien doit se prononcer dans le prochains jours sur le budget de 2015, qui ne s'annonce pas meilleur que celui de l'année 2014.