Israël-Palestine : Les négociations reprennent dans un climat de méfiance

Réunis autour de la table des négociations Israël et Palestine autour de l'Américain John Kerry /Photo AFP
Réunis autour de la table des négociations Israël et Palestine autour de l'Américain John Kerry /Photo AFP

A la veille de la reprise du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, à Jérusalem, sous l’égide des Etats-Unis, le gouvernement de Benjamin Netanyahou envoie des signes contradictoires : libération de prisonniers palestiniens d’un côté, annonce de nouvelles constructions dans les colonies de l’autre. Gershon Baskin, fondateur de l'IPCRI, milite pour la paix dans la région. Il apporte son éclairage sur le climat actuel des discussions et sur les perspectives d’avenir de ces pourparlers.

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Y-a-t-il une réelle volonté de la part du gouvernement israélien de mener à bien ces négociations ou bien cherche-t-il à apaiser les pressions politiques internationales, notamment américaines ?

A ce stade, difficile à dire. Mais nous devrions être fixés dans les prochains jours. Si les pourparlers ont réellement lieu mercredi et s’ils se poursuivent au delà de cette date, ce sera le signe que Netanayahou prend au sérieux ces négociations et a l’intention d’aller de l’avant. Si tel n’est pas le cas, les discussions pourraient s’interrompre dès la première rencontre et, par exemple, de nouveaux logements pourraient être érigés dans les colonies, comme annoncé dimanche.

Gershon Baskin, fondateur de l'IPCRI
Gershon Baskin, fondateur de l'IPCRI
L’annonce de nouvelles constructions dans les colonies de Cisjordanie et de Jérusalem-Est ne compromet-elle pas d’entrée de jeu la reprise du processus de paix ?

L’annonce de ce plan de construction est une action entreprise par le Foyer Juif (Ndlr : parti ultra nationaliste d’extrême droite) l’aile droitière du gouvernement contre le gouvernement lui-même et contre son Premier ministre, Benjamin Netanyahou. Naftali Bennett et l’actuel ministre du logement, Uri Ariel, tous deux issus du Foyer juif, ont été élus afin que reprenne la construction des logements dans les colonies. Ils agissent donc conformément à leur rôle. Toutefois, faire une déclaration et procéder à la construction de logements sont deux choses distinctes. L’aile droite du Gouvernement peut annoncer demain la construction de 10 000 logements, cela ne veut pas dire pour autant que 10 000 logements vont effectivement être construits !

Netanyahou, quant à lui, a pris, a priori, la décision de geler la construction de logements dans les colonies. Mais, il ne peut l’annoncer publiquement. Il se pourrait même qu’à l’avenir il déclare : "Israël doit bâtir à Jérusalem, Jérusalem est notre capitale, notre territoire souverain, aucun pays dans le monde ne gèlerait la construction du logement dans sa capitale etc." Mais la vraie question est de savoir si, dans les faits, il autorisera, oui ou non, la construction de nouveaux logements durant le déroulement des négociations. Tant qu’Israéliens et Palestiniens se rencontrent et négocient, les pourparlers pourront avancer. Ce qui est important, c’est ce qui se déroule derrière les portes closes et non pas les déclarations politiques faites par les uns et les autres.

Le paradoxe des négociations : un pas en avant, un pas en arrière

13.08.2013Explications de nos partenaires de la RTS
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Un des problèmes de ces négociations ne provient-il pas du manque de confiance entre les deux parties ?

Oui, cela constitue une immense difficulté. En réalité, ce n’est pas tant un problème de manque de confiance, mais de défiance. Chaque partie est convaincue que l’autre est animé par de mauvaises intentions et fera tout pour saboter les négociations.
C’est pourquoi je pense que les négociateurs se doivent de garder le silence durant le déroulement des négociations. Faire des commentaires dans les médias et critiquer l’autre partie ne permet pas d’établir la confiance entre les négociateurs. Or, c’est ce que l’on constate actuellement, chacun rejetant l’échec des négociations sur l’autre. Cela vaut aussi bien pour Saëb Erakat ou Mohammed Chtayyeh, côté palestinien, que pour Tzipi Livni, côté israélien. Dans une lettre envoyée hier au médiateur américain, Martin Indyk, j’ai d’ailleurs salué l’accord auquel il est parvenu avec les deux parties, à savoir : pas de fuites dans les médias sur le contenu des pourparlers tant que les négociations sont en cours. Mais je pense qu’il faut aller plus loin en demandant aux négociateurs de ne pas s’exprimer publiquement, et de laisser parler les porte-paroles des gouvernements. Chaque partie dispose de porte-paroles talentueux capables de faire, le moment venu, des discours officiels. Le rôle des négociateurs est de s’exprimer à l’intérieur des salles closes, pas à l’extérieur.

Carte de Jérusalem et de sa région et emplacement des nouveaux logements autorisés (afp.com)
Carte de Jérusalem et de sa région et emplacement des nouveaux logements autorisés (afp.com)
Est-il possible de parvenir à un accord de paix d’ici à neuf mois, comme le souhaite John Kerry,  le secrétaire d'État américain ?

Oui, car ce n’est pas la première fois que les deux parties se rencontrent. Elles négocient depuis des années. Et, à dire vrai, tous les sujets sensibles ont déjà été abordés et négociés auparavant. Nous savons quelles sont les solutions. Nous savons à quoi ressemble un accord entre israéliens et palestiniens. Il s’agit maintenant de mettre en œuvre les décisions, pas d’arriver avec de nouvelles idées. Les idées ont déjà été exprimées. Si les parties prenantes veulent réellement parvenir à un accord, cela est possible et pourrait même s’effectuer en six mois et non neuf. Mais la place laissée aux négociations est très étroite. Et jusqu’à présent, les principaux obstacles à un accord ont été les difficultés politiques internes rencontrées par les deux parties (démission d’Ehoud Olmert, suite à des affaires de corruption, légitimité des leaders de l’Autorité palestinienne basés à Ramallah à négocier au nom de l’ensemble de la population, alors qu’ils n’avaient pas le contrôle de Gaza etc.) Par ailleurs, arriver à un accord de paix ne se résume pas à la rédaction et à la signature d’un bout de papier. L’accord est un plan de route qui aide à créer les bases d’une nouvelle relation entre deux Etats, entre deux populations.


“La libération des prisonniers passe mal dans la société israélienne“


D’après Gershon Baskin, la libération prévue d’une centaine de prisonniers palestiniens passe mal dans l’ensemble de la société israélienne. "Cette décision est difficile à accepter car ces personnes sont libérées non pas en échange de soldats israéliens détenus à Gaza, ou en raison de la conclusion d’un accord de paix, mais pour entamer des pourparlers."

Cependant, la libération des prisonniers arrêtés pour le meurtre d’Israéliens avant 1994 (Ndlr : date de fin du processus d’Oslo) est un préalable à la relance des négociations de paix. "Le parlement israélien a voté cette décision, l’a soutenue, elle sera donc appliquée, et ce malgré de virulentes critiques, notamment de l’extrême droite. Cela se fera en raison de la relation qu’Israël entretient avec les Etats-Unis mais aussi, et surtout, car il est dans l’intérêt stratégique de l’Etat d’Israël de négocier avec l’Autorité palestinienne."

Autre problème, Netanyahou a récemment déclaré qu’en raison de la dangerosité de certains prisonniers, un transfert vers l’étranger n’était pas exclu, provoquant l’ire des dirigeants de l’Autorité palestinienne. "Si le Premier ministre apporte la preuve concrète aux Américains et aux Palestiniens que telle ou telle personne présente un véritable risque stratégique pour la sécurité d’Israël, certains pourraient alors être envoyés à Gaza ou à l’étranger mais ce ne sera pas le cas des 26 qui vont être libérés," estime Gershon Baskin.

La question des prisonniers est l'un des sujets les plus complexes à résoudre. A terme, souligne ce dernier, "si l’on souhaite réellement obtenir la paix, il faudra octroyer l’amnistie à tous ceux qui se sont battus contre la paix. Ce n’est pas une chose aisée à admettre mais c’est une étape de construction de la paix et cela participe de l’élaboration d’une relation nouvelle."



Gaza, le Hamas et les négociations


Le Hamas, qui contrôle la Bande Gaza, ne reconnaît pas l’Etat d’Israël. Hostile à toute discussion, il ne sera pas présent à la table des négociations. Pourtant, selon M. Baskin, il est essentiel que, dans le futur accord, Gaza fasse partie intégrante de l’Etat palestinien, et ce "même si le régime du Hamas ne reconnaît pas l’accord".
D’après ce spécialiste, si les négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne aboutissent deux évènements pourraient survenir : "Premièrement, des divisions s’opéreront au sein même du Hamas entre opposants et partisans de l’accord de paix. Deuxièmement, la population gazaouie pourrait se soulever contre ceux qui s’opposent à la paix."