Israël/ Palestine: neuf mois de négociation, en vain

Mahmoud Abbas (à gauche) et Benjamin Netanyahou (à droite) © AFP
Mahmoud Abbas (à gauche) et Benjamin Netanyahou (à droite) © AFP

Alors que l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) de Mahmoud Abbas et le Hamas viennent de signer un accord de réconciliation, Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, annonce qu'il suspend les négociations de paix entamées depuis neuf fois avec la Palestine. La situation inquiète les Etats-Unis qui ont mis beaucoup d'énergie dans ces pourparlers, en vain. Décryptage avec Alain Gresh, directeur adjoint du monde diplomatique et spécialiste du Proche-Orient.

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Pourquoi l'autorité palestinienne et le Hamas ont-ils signé un accord de réconciliation ?

Tout d'abord, il est encore difficile de dire s'il va durer, dans la mesure ou ce n'est pas la première fois que les deux factions palestiniennes signent des accords. Ils l'ont fait à plusieurs reprises sans que cela ne soit jamais appliqué. Ensuite, il y a plusieurs raisons à cet accord.

L'échec vers lequel s'acheminait les négociations israélo-palestiniennes ne laisse pas beaucoup de choix à Mahmoud Abbas. Il est affaiblit par cet échec car il avait tout misé sur ces négociations. Comme elles n'aboutissent à rien, il a intérêt, pour asseoir sa popularité, d'essayer de s'arranger avec le Hamas. D'autant que cette revendication d'unité palestinienne est très forte chez les Palestiniens eux-mêmes.

Le Hamas a quasiment les mêmes problèmes. Il est dans une situation difficile depuis la chute du président Morsi en Egypte. Il est soumis à un double blocus israélien et égyptien donc il peut profiter de cet accord.

Ismail Haniya, premier ministre du Hamas à Gaza ( à gauche) et Khaled Meshaal, chef du mouvement Hamas © AFP
Ismail Haniya, premier ministre du Hamas à Gaza ( à gauche) et Khaled Meshaal, chef du mouvement Hamas © AFP
Ce nouvel accord a-t-il des chances d'aboutir ?

Le Hamas sait que cela n'aboutira pas. En réalité, on a deux pouvoirs qui sont installés avec leurs propres intérêts, leur propre bureaucratie, leurs propres services de sécurité et leur propres ressources. Réussir à fusionner tout cela, ça risque d'être un processus très difficile. Les obstacles à un rapprochement allant au-delà de l'annonce sont nombreux. Les intérêts des deux factions sont très forts donc surmonter tout ça ne sera pas facile.

Pourquoi cet accord survient-il maintenant, à une semaine de l'échéance des pourparlers avec Israël ? 

Il n'y avait aucune chance que ces négociations soient respectées et Mahmoud Abbas l'a compris. Même s'il avait annoncé la nouvelle deux ou trois jours après la date butoir des pourparlers, cela n'aurait rien changé. Mais cet accord est une manière pour Abbas de ne pas se retrouver le 29 avril (date butoir des pourparlers israélo-palestiniens, ndlr) avec rien dans les mains. Aujourd'hui, il a cet accord qui plait à la population palestinienne et cela le renforce sur le plan interne. A l'inverse, un échec public des négociations l'aurait affaiblit.

Israël : population et superficie

Souce: TV5MONDE
Souce: TV5MONDE

Quelles sont les conséquences de cet accord au niveau interne (côté palestinien) et au niveau des relations israélo-palestiniennes ?

Du point de vue interne, il ne faut pas oublier que ce que l'on appelle la Palestine est en fait un territoire occupé et l'essentiel des décisions sont prises par Israël. Donc l'accord pris entre le Hamas et le Fatah peut, à la limite réunifier un certain nombre de services et peut-être la bureaucratie, et encore.

Côté négociations israélo-palestiniennes, depuis plusieurs années déjà, elles n'ont aucune chance d'aboutir. On a le gouvernement le plus à droite de l'Histoire d'Israël. Ce gouvernement ni de la paix, ni d'un Etat palestinien. Mais il a besoin des négociations parce qu'elles font croire que l'on peut aboutir à la paix. L'accord aura seulement des conséquences sur le discours israéliens. Benjamin Netanyahou dit : "mais comment? Il (Mahmoud Abbas, ndlr) choisit le Hamas plutôt que la paix ?". Mais le problème, c'est qu'Israël a, depuis très longtemps, choisi de ne pas faire la paix.

John Kerry et Benjamin Netanyahou à Jérusalem © AFP
John Kerry et Benjamin Netanyahou à Jérusalem © AFP
Et les Etats-Unis dans tout ça ? 

Les Etats-Unis sont ennuyés. Ils ont condamné l'accord Hamas/Fatah mais, en même temps, ils l'ont fait de manière suffisamment modérée pour susciter les critiques de Benjamin Netanyahou qui dit ne pas être satisfait de la manière dont les Américains ont réagit. Les Américains sont exaspérés pas la position israélienne. Ils sont un allié stratégique d'Israël, ils ont mis énormément d'efforts dans ces négociations mais ils savent bien que, c'est Israël qui bloque. A plusieurs reprises, ils ont donné des signes d'exaspération de leur politique mais, en même temps, ils n'ont pas d'alternative. Celle-ci signifierait faire pression sur Israël, mais pour des raisons à la fois internes et internationales, ils ne le feront pas.

Je dois dire que moi-même je suis étonné. Vous m'auriez interrogé neuf mois avant, je vous aurait dit qu'il n'y avait aucune chance que les négociations aboutissent. Donc j'ai du mal à croire que des gens aussi bien informés que John Kerry aient pu croire qu'ils allaient aboutir à quelque chose. Mais ce n'est pas seulement un défaut de connaissance parce qu'ils ont les informations, je pense qu'ils ne comprennent pas ce qui se passe sur le terrain, ni ce qu'est l'occupation, ni le refus des Palestiniens d'accepter une nouvelle forme d'accord provisoire qui maintient l'occupation. Ils ne sont pas sensibles du tout au discours et au point de vue palestinien. Et je pense que ça les rend aveugles quelque part.

Est-ce réellement la fin des négociations israélo-palestiniennes ?

J'ai une formule qui dit: "les accords d'Oslo sont morts mais ils bougent encore". Donc ces négociations bougent encore car tout le monde a intérêt à ce qu'on fasse comme s'il y avait effectivement des négociations. La communauté internationale, les Américains comme les Européens,  ont intérêt à faire croire qu'on négocie parce que si on arrête, il va falloir trouver une autre solution. Or ils n'en ont pas parce que cela signifierait un vrai affrontement avec Israël.

Les Israéliens veulent que les négociations se poursuivent car c'est une manière d'alléger les pressions qui existent sur eux. Pour l'autorité palestinienne, l'aide internationale dépend de la poursuite ou non des négociations. Les Palestiniens ont longtemps été sensibles à cet argument et à cette pression, mais maintenant je pense qu'ils sont arrivés à un tel stade que pour eux, c'était difficile de continuer ces négociations. Mais ce n'est pas impossible qu'elles reprennent.    

Un an de négociations infructueuses

25.04.2014Commentaire : François-Xavier FRELAND
Israël/ Palestine: neuf mois de négociation, en vain